‹ Œuvres de RacineChapitre 43 sur 197 · AXIANE, PORUS · texte numérisé non relu

AXIANE, PORUS

Ette ibmbre froideur ne m'en dit pourtart rien,

E j\. La-»

Lâche , 6c ce n'eu, point là , pour me le faire croi re,

La démarche d'un Roi qui court à la victoire.

Il n'en faut plus douter. Et nous fommes trahis.

Il im mole à fâ Sœur fà gloire 5c fon pais ;

Et £k haine, Seigneur, qui cherche à vous abattre»

Attend pour éclater que vous alliez combatre. P o r u s.

Madame, en le perdant je perds un foible appui,

Je le connoifîbis trçfp pour m'afliirer fur lui.

Mes yeux fàns-iè troubler ont vu fon inconfiance

Je craignois beaucoup plus fà molle refiftance..

Un Traître , en nous quittant pour complaire à £ Sœur,

Nous affoiblit bien moins qu'un lâche Détenteur. A x I A N i.

Et cependant , Seigneur , qu'allez-vous entreprendre?

Vous, marchez fans compter les forces d'Alexandre.

Et courant prefque feul au devant de leurs coups,

Contre tant d'Ennemis vous n'oppofèz que vous» P o r u s.

Hé quoi ! Voudriez - vous qu'à l'exemple d'un Traître ,

Ma frayeur confpirât à vous donner un Maître ?

Que Porus dans un camp fè laiûant arrêter ,

Refufât le combat qu'il vient de présenter ?

Non, non, je n'en crois rien. Je connois mieux > Madame ,

Le beau feu que la Gloire allume dans vôtre ame,.

C'eft vous , je m'en fbuviens , dont les puiftans appas

Excitoient tous nos Rois, les traînoient aux combats,

Et de qui la fierté refufànt de fè rendre,

Ne

T R A G E D ; J$ JE lof

Ne vouloit pour Amant qu'un Vainqueur d'Alexandre.

I] faut vaincre , 8c j'y cours , bien moins pour

éviter

Le titre de Captif, que pour le mériter. Oui , Madame, je vais dans l'ardeur qui m'entraîne, Victorieux ou mort mériter vôtre chaîne. Et puifque mes foupirs s'éxpliquoient vainement A ce cœur que la Gloire occupe feulement , Je m'en vais par l'éclat qu'une Victoire donne attacher de fi près la Gloire à ma Perfonne , ^ue je pourrai peut-être amener vôtre cœur, De l'amour de la Gloire à l'Amour du vainqueur. A x I A N E.

rîé bien, Seigneur, allez. Taxile aura peut-être Des Sujets dans fon camp plus braves que leur

Maître.

Je vais les exciter par un dernier effort, ^près dans vôtre Camp j'attendrai vôtre fort. iVe vous informez point de l'état de mon ame. Triomphez &: vivez.

Qu'attendez-vous, Madame?

Pourquoi dès ce moment ne puis-je pas fàvoir m mes trifres foupirs ont pu vous émouvoir ? Voulez- vous ( car le fort , adorable Axiane , A. ne vous plus revoir peut-être me condamne) Voulez-vous qu'en mourant, un Prince infortuné Ignore à quelle gloire il étoit deftiné? Parlez.

Axiane.

Que vous-dirai-je?

Ah! divine Princeflè, Si vous fèntiez pour moi quelque heureufè foiblefië,

E f Ce

ïo6 ALEXANDRE.

Ce cœur qui me promet tant d'eftime en ce jour Me pourroit bien encor promettre un peu d'à

mour.

Contre tant de fbupirs peut-il bien fè défendre? Peut-il . . .

Allez, Seigneur, marchez contre Alexandre La Victoire eftavous, û ce fameux Vainqueur Ne fé défend pas mieux contre vous que moi cœur.

Fm du fécond Atië*

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