A. XI AN E
Et c'eft cette tranquillité '■ Dont je ne puis foufTrir l'indigne fureté. Quoi, lors que mes Sujets mourant dans une plaine, Sur les pas de Pbrus combattent pour leur Reine,, Qu'au prix de tout leur fàng ils lignaient leur foi , Que le cri des mourans vient prefque jufqu'à moi,. On me parle de paix ? 8c le Camp de Taxile Garde dans ce défordre une aiîîette tranquile? On flatte ma douleur d'un calme injurieux, Sur des objets de joye on arrête mes yeux?
Madame, voulez- vous que l'amour de mon Frère Abandonne aux périls une tête fi chère ? Il fait trop les hazards. . . ,
Et pour m'en détourner' Ce généreux Amant me fait emprifonner ? Et tandis que pour moi fon Rival fê hazarde, Sa paiiible valeur me fort ici de garde ?
Que Porus eft heureux ! le moindre éloignement A vôtre impatience cft un cruel tourment. Et fi l'on vous croyoit , le foin qui vous travaille Vous le feroit chercher jufqu'au champ de bataille.
Je ferois plus, Madame. Un mouvement fibeau Me le feroit chercher julques dans le tombeau , Perdre tous mes Etats , oc voir d'un œil tranquile Alexandre en payer le cœur de Cleofile.
Si vous cherchez Porus, pourquoi m'abandonner ? Alexandre en ces lieux pourra le ramener. Permettez que veillant au foin de vôtre tête,
TRAGEDIE* ïo?
|A cet heureux Amant Ton garde fà conquête. .
iVous triomphez , Madame, 6c déjà vôtre cœur Vole vers Alexandre, 6c le nomme Vainqueur. Mais fur la feule foi d'un amour qui vous flate , :Peut-être avant le temps ce grand orgueil éclate. Vous pouffez un peu loin vos vœux précipitez , Et vous croyez trop tôt ce que vous fouhaitez. Oui, oui
Mon Frère vient , 6c nous allons apprendre :Qui de nous deux , Madame, aura pu fè méprendre.
Ah! je n'en doute plus, 6c ce front fatisfait JDit aflèz à mes yeux que Porus eft défait.