‹ Œuvres de RacineChapitre 52 sur 197 · AXIANE, TAXILE · texte numérisé non relu

AXIANE, TAXILE

/APproche, puifïàntRoi, Grand Monarque de l'Inde , on parle ici de toi. On veut en ta faveur combattre ma colère. On dit que tes defirs n'afpirent qu'à me plaire, Que mes rigueurs ne font qu'affermir ton amour. On fait plus , Se l'on veut que je t'aime à mon* tour.

Mais

TRAGEDIE. u?

Mais fàis-tu l'cntrepriic où s'engage ta flame r Sais-tu par quels iècrets on peut toucher mon ame?

Es - tu prêt

T a x i l e. ' Ah! Madame, éprouvez feulement Ce que peut fur mon cœur unelpoirii charmant. Que tàut-il faire?

Il faut , s'il efr. vrai que l'on m'aime , Aimer la Gloire autant que je l'aime moi-même, Ne m'expliquer fes vœux que par mille beaux

faits , Et haïr Alexandre autant que je le hais. Il faut marcher fans crainte au milieu des allar-

mes, Il faut combattre , vaincre , ou périr fous les armes.

Jette, jette les yeux fur Porus & fur toi , Et juge qui des deux étoit digne de moi. Oui, Taxile, mon Cœur douteux en apparence , D'un efolave , &c d'un Roi faifbit la différence. Je l'aimai , je l'adore. Et puis qu'un fort jaloux Lui défend de jouir d'un fpedtacie il doux , C'eft toi que je choifls pour témoin de fà Gloire; Mes pleurs feront toujours revivre fà mémoire. Toujours tu me verras au fort de mon ennui Mettre tout mon plaifir à te parler de lui.

Ainh" je brûle en vain pour une ame glacée? L'image de Porus n'en peut-être effacée} Quand j'irois pour vous plaire affronter le trépas , Je me perdrois , Madame , & ne vous plairois pas, Je ne puis donc. . . .

Tu peux recouvrer mon eftime.

F 4 Dans

n6 ALEXANDRE.

Dans le fàng ennemi tu peux laver ton crime.

L'occafion te rit , Porus dans le tombeau

Rafïèmble fes fbldats autour de ion drapeau.

Son Ombre icule encor fèmble arrêter leur fuite.

Les tiens même, les tiens honteux de ta conduite,

Font lire for leurs fronts justement couroucez

Le repentir du crime où tu les as forcez.

Va féconder l'ardeur du feu qui ks dévore.

Venge nos libertez qui refpirent encore.

De mon Thrône 6c du tien deviens le Défendeur,

Cours , 6c donne à Porus un digne fucceflèur.

Tu ne me répons rien. Je vois fur ton vifàge,

Qu'un fi noble defïèin étonne ton courage.

Je te propofè en vain l'exemple d'un Héros.

Tu veux fèrvir. Va , fers , 6c me laiiîè en repos. T a x I L E.

Madame , c'en eft. trop. Vous oubliez peut-être .

Que fi vous m'y forcez , je puis parler en Maître.

Que je puis me lafler de fournir vos dédains,

Que vous 8c vos Etats , tout eft entre mes mains >

Qu'après tant de reipedb qui vous rendent plus flere,

Je pourrai

Je t'entens. Je fuis ta Prifbnniere : ,

Tu veux peut-être encor captiver mes defirs ;

Que mon cœur en tremblant réponde à tes fbupirs.

Hé bien , dépouille enfin cette douceur contrainte.

Appelle à ton fècours la terreur 6c la crainte ,

Parle en Tyran tout prêt à me perfècuter.

Ma haine ne peut croître, 6c tu peux tout tenter.

Sur tout ne me fais point d'inutiles menaflès.

Ta Sœur vient t'inipirer ce qu'il faut que tu iàfîès.

Adieu.

TRAGEDIE. ïij

Adieu. Si lès conièils & mes vœux en font crûs, Tu m'aideras bien-tôt à rejoindre Porus.

Ah! plutôt

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