‹ Œuvres de RacineChapitre 68 sur 197 · A 8 D R O M A 6)JJ E · texte numérisé non relu

A 8 D R O M A 6)JJ E

Je vous entens. Tel eft mon partage funeftc. Le cœur eft pour Pyrrhus , 5c les vœux pour C relie.

Ah! ne fbuhaitez pas le deftin de Pyrrhus, Je vous haïrois trop.

Vous m'en aimeriez plus.

Ah ! que vous me verriez, d'un regard bien coi

traire !

Vous me voulez aimer , 8c je ne puis vous plain Et l'amour fèul alors fè faifànt obeïr , Vous m'aimeriez , Madame , en me voulant hx O Dieux ! tant de refpects , une amitié ii tendre Que de raiibns pour moi , iï vous pouviez m'e:

tendre !

Vous feule pour Pyrrhus difputez aujourd'hui , Peut-être malgré vous , ftns doute malgré lui. Car enfin i] vous hait. Son ame ailleurs épriiè N'a plus . . .

Qui vous a dit, Seigneur, qu'il meméprif Ses regards , £es difcours vous l'ont-ils donc a

pris? Jugez-vous que ma vue infpire des mépris? Qu'elle allume en un cœur des feux ri peu dur

blés ?

Peut-être d'autres yeux me font plus favorables

Pourfuivez. Il .eft beau de m'infiilter ainfi. Cruelle, c'eft donc moi qui vous méprilè ici ? Vos yeux n'ont pas afîèz éprouvé ma confiance Je fuis donc un témoin de leur peu de puifîànce Je les ai méprifèz ? Ah ! qu'ils voudroient bi voir

TRAGEDIE. ro>

Mon Rival, comme moi, méprher leur pouvoir»

^ue m'importe , Seigneur , fà haine , ou & ten-

dreilè ?

Mtez. contre un rebelle armer toute la Grèce. lapportez-lui le prix de {à rébellion, ^u'on faffc de l'Epire un fécond Ilion. \llez. Après cela, direz-vous que je l'aime?

Vladame, faites plus, 8c venez-y vous-même, /oulez-vous demeurer pour otage en ces lieux? /enez dans tous les cœurs faire parler vos yeux, "aifons de nôtre haine une commune attaque.

Vlais , Seigneur , cependant il époufè Andromaque.

rïé, Madame!

Songez quelle honte pour nous, >i d'une Phrygienne il devenoit l'époux.

ït vous le haïïïèz? avouez-le, Madame,

7 Amour n'eit pas un feu qu'on renferme en, une

ame, Tout nous trahit , la voix , le fïlence , les yeux , Et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.

Seigneur , je le voi bien , vôtre ame prévenue Répand fur mes ducours le venin qui la tue, Toujours dans mes raifbns cherche quelque détour, Et croit qu'en moi la haine eft un effort d'amour. Il faut donc m'expliquer. Vous agirez enfuite. /ous iàvez qu'en ces lieux mon devoir m'a conduite.

H z Mon

170 A N D R O M A gTU E.

Mon devoir m'y retient , 8c je n'en puis partir , Que mon Père, ou pyrrhus ne m'en rafle foi tir. De la part de mon Père , allez lui faire entendre Que l'Ennemi des Grecs ne peut être ion Gendr Du Troyen , ou de moi faites-le décider : Qu'il fbnge qui des deux il veut rendre , ou garde Enfin qu'il me renvoyé , ou bien qu'il vous le livn Adieu , s'il y confent, je fuis prête à vous fuivre.

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