‹ Œuvres de RacineChapitre 71 sur 197 · ORESTE, PYLADE · texte numérisé non relu

ORESTE, PYLADE

MOderez donc, Seigneur , cette fureur extrêrf Je ne vous connois plus. Vous n'êtes pi vous-même.

Souffrez . . .

Non , tes confeils ne font plus de fâifoi Pylade ; je fois las d'écouter la Raiibn. C'eft traîner trop long temps ma vie 6c mon fu]

plice.

Il faut que je l'enlevé , ou bien que je periflè. Le deflèin en eft pris , je le veux achever. Oui je le veux.

Pylade.

Hé bien il la faut enlever, J'y confens. Mais fongez cependant où vous ête Que croira-t-on de vous à voir ce que vous faites Diminuiez. Calmez ce transport inquiet.

Commandez à vos yeux de garder le lècret. Ces Gardes , cette Cour , l'air qui vous environne Tout dépend de Pyrrhus , 8c fur tout Hermione. A les regards fur tout cachez vôtre courroux. O Dieux ! en cet état pourquoi la cherchiez- vous

Ores

TRAGEDIE. i?7

\ie iai-je ? De moi-même étois-je alors le Maître?

ji, fureur m'emportait, 6c je venois peut-êtrevlenacer à la fois T Ingrate ôc fbn Amant.

i!t quel était le fruit de cet emportement ?

1% quelle ame , di-moi , ne fèroit éperdue ■

)u coup dont ma Rarfon vient d'être confondue?

1 époulè , dit il , Hermione demain.

1 veut pour nVhonorer la tenir de ma main.

\h ! plutôt cette main dans le fàng du Barbare. .

j/ous l'accuièz, Seigneur, de ce defïin bizare : Cependant tourmenté de lès propres deflèins, 1 eit peut-être à plaindre , autant que je vous plains.

\Ton , non , je le connois , mon defèfpoir le flate, >ans moi, fans mon amour il dédaignoit llngra-

te.

les charmes jufques-là n'avoient pu le toucher. e Cruel ne la prend que pour me l'arracher. \h Dieux ! c'en étoit fait, Hermione gagnée 5our jamais de ia vûë alloit être éloignée. îon cœur entre lamour 8c le dépit confus ?our fè donner à moi n'attendoit qu'un refus. Ses yeux s'ouvroient , Pylade. Elle écoutait Orefte, Lui parloit , le plaignoit. Un mot eût fait le refte.

Vous le croyez.

Hé quoi ? ce courroux enflammé Contre un Ingrat ....

178 À N D RO M A GTU £.

Jamais il ne fut plus aimé.

Penlèz-vous, quand Pyrrhus vous l'auroit accoi

dée, Qu'un prétexte tout-prêt ne l'eût pas retardée ? M'en croirez-vous ? Lafïe de lès trompeurs attrait Au lieu de l'enlever fuyez-la pour jamais. Quoi ? Vôtre amour fè veut charger d'une Furie Qui vous deteftera , qui toute vôtre vie Regrettant un hymen tout prêt à s'achever , Voudra ....

C'eft pour cela que je veux l'enlever.

Tout lui droit , Pylade ; 6c moi , pour mon partage Je n'emporterois donc qu'une inutile rage ? J'irois loin d'elle encor, tâcher de l'oublier? Non , non , à mes tourmens je veux l'aflbcier. Ceft trop gémir tout fèul. Je fuis las qu'on m

plaigne.

Je prétens qu'à mon tour l'Inhumaine me craigne Et que fes yeux cruels à pleurer condamnez , Me rendent tous les noms que je leur ai donnez.

Pylade.

Voila donc le fuccès qu'aura vôtre Ambailàde. Orefle ravifièur.

Et qu'importe, Pylade?

Quand nos Etats vangez jouiront de mes foins , L'Ingrate de mes pleurs jouïra-t-elle moins ? Et que me fèrvira que la Grèce m'admire , Tandis que je ferai la fable de l'Epire ? Que veux-tu ? Mais s'il faut ne te rien déguifer, Mon innocence enfin commence à me peler. Je ne fài de tout temps quelle injufle puiilànce Laiflè le Crime en paix , Se pourluit l'Innocence. De quelque part fur moi que je tourne les yeux ,

Je ne voi que malheurs qui condamnent les-Dieux. Méritons leur courroux , juftifions leur haine, Et que le fruit du Crime en précède la peine. Mais toi, par quelle erreur veux-tu toujours fur toi. Détourner un courroux qui ne cherche que moi? Aflèz 2c trop long- temps mon amitié t'accable. Evite un malheureux, abandonne un coupable. Cher Pylade , croi- moi , ta pitié te ieduit. . LaifTe-moi des périls dont j'attens tout le fruit. Porte aux Grecs cet Enfant que Pyrrhus m'abandonne.

Va-t-en.

Pylade.

Allons , Seigneur , enlevons Hermione, Au travers des périls un grand cœur fè fait jour. 3ue ne peut l'amitié conduite par l'amour ? Allons de tous vos Grecs encourager le zèle. Nos Vaiffèaux font toutfprêts:& le vent nous appelle. jje fài de ce Palais tous les détours obicurs. Vous voyez que la Mer en vient battre les murs. Et cette nuit fans peine une fecrete voye [ufqu'en vôtre vaifiêau conduira vôtre proye.

f'abufè , cher Ami , de ton trop d'amitié. Mais pardonne à des maux, dont toi fèul as pitié. Excufè un malheureux , qui perd tout ce qu'il aime. 3ue tout le Monde hait , Scqui fe hait lui-même. 3ue ne puis-je à mon tour dans un fort plus heu? reux ....

Pylade.

Diminuiez , Seigneur , c'eft tout ce que je veuxi Gardez qu'avant le coup vôtre deflèin n'éclate. Oubliez jufques-là quHermione eft ingrate. Oubliez vôtre amour. Elle vient, je la voi.

Va-t-en. Répons-moi d'elle, 2c je répons de moi. H 7 SCE-

A N D R O M A gyU JE.

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