‹ Œuvres de RacineChapitre 86 sur 197 · PYRRHUS, HERMIONE, PHOENIX · texte numérisé non relu

PYRRHUS, HERMIONE, PHOENIX

VOus ne m'attendiez, pas, Madame, & je voi bien Que mon abord ici trouble vôtre entretien. Je ne viens point armé d'un indigne artifice;, D'un voile d'équité couvrir mon mjuftice.

1 II fuffit que mon cœur me condamne tout bas, Et je foûtiendrois mal ce que je ne croi pas. J'époufe une Troyenne. Oui, Madame, Se j'avoue Que je vous ai promis k foi- que je lui voue.

r Un autre vous diroit que dans les champs Troyens jNos deux Pères fans nous formèrent ces liens, Et que fans confiilter ni mon choix ni le vôtre, Nous fûmes fans amour engagez l'un à l'autre. Mais c'eft aflèz pour moi que je me fois fournis. Par mes Ambafïàdeurs mon cœur vous fut promis.

Loin de les révoquer , je voulus y fouferire. Je vous vis avec eux arriver en Epire. Et quoique d'un autre œil l'éclat victorieux Eût déjà prévenu le pouvoir de vos yeux j Je ne m'atrêtai point à cette ardeur nouvelle ? Je voulus m'obftiner à vous être fideile.

16 Je

îoi AN D RO M AQUZ.

Je vous reçus en Reine , 8c jufques à ce jour J'ai crû que mes 1er mens me tiendroient lieu d'à-

mour , Mais cet amour l'emporte. Et par un coup fùneftfe Andromaque m'arrache un cœur qu'elle déterre. L'un par l'autre entraînez, nous courons à l'Aute Nous jurer, malgré nous, un amour immortel. Après cela, Madame, éclatez- contre un Traître Qui l'eft avec douleur , 8c qui pourtant veut l'être Pour moi, loin de contraindre un fi jufte courroux Il me fbulagera peut-être autant que vous. Donnez-moi tous les noms defr.inez.aux Parjures Je crains vôtre iilence , 8c non pas vos injures. Et mon cœur fbûlevant mille fècrets témoins, M'en dira d'autant plus que vous m'en dires

moins.

Seigneur , dans cet aveu dépouillé d'artifice, J'aime à voir que du moins vous vous rendi«

juiHce, Et que voulant bien rompre un nœudiîiblemnel> Vous vous abandonniez au crime en criminel. Efl-il jufte après tout, qu'un Conquérant s'abaifli Sous la fèrvile Loi de garder fà promené? Non , non , la perfidie a dequoi vous tenter. Ejt vous ne me cherchez que pour vous en vanter Quoi, fans que ni ferment, ni devoir vous retienne Rechercher une Grecque, Amant d'une Troyennei Me quitter, me reprendre, 8c retourner encor De la Fille d'Helene , à la Veuve d'Hector ? Couronner tour à tour l'Efçlave 8c la Princefîë, Immoler Troyç aux Grecs, au fils d'Hedor la Grèce, Tout cela part d'un cœur toujours maître de foi D'un Héros qui n'eft point efclave de fà foi. Pour plaire à vôtre Epoufè, il vous iàudroit peutêtre Pro^

TRAGEDIE. *cg

°rodiguer les doux noms de Parjure , & de Traître. Vous veniez de mon front obfèrver la pâleur ?our aUer dans lès bras rire de ma douleur, Retirante après fon char vous voulez qu'on me

voye.

tfais, Seigneur , en un jour ce fèroit tropdcjoye.' Lt fans chercher ailleurs des titres empruntez, *Je vous fuffit-il pas de ceux que vous portes, ? )u vieux Père d'Hector la valeur abattue, Uix pieds de la Famille expirante à fà vue, "andis que dans fon fèin vôtre bras enfoncé Cherche un relie de iang que l'âge avoit glacé; )ans des ruiffeaux de lang ,Troye ardente plongée, t >e vôtre propre main Polixene égorgée, lux yeux de tous les Grecs indignez contre vous*' )ue peut-on refufèr à ces généreux coups ? -

P Y r r h u s< ladame , je fài trop à quels exeès de rage a vengeance d'Helene emporta mon courage, e puis me plaindre à vous du fàng que j'ai ver-

fé.

lais enfin je confèns d'oublier le païle. ? rends grâces au Ciel, que vôtre indifférence >ê mes heureux fbûpirs m'apprenne l'innocence don cœur, je* le voi bien, trop prompt à fè gêner, revoit mieux vous connoître , 8c mieux s'examiner, les remords vous faifbient une injure mortelle,' \ faut fe croire aimé , pour fè croire infidelle. i bus ne prétendiez point m'arrêter dans vos fers, ai craint de vous trahir , peut-être je vous fers. «ros cœur n'étoient point raits dépendans l'un

de l'autre, j! 2 fuivois mon devoir , 8c vous cédiez- au vôtre, • .iec ne vous engageait à m'aimer en effet.

I 7 Her-

fto* A NB R O M A j^tTE.

Je ne t'ai point aimé, Cruel, Qu'ai-je donc fait» 'ai dédaigné pour toi les vœux de tous nos Prir

ces.

Je t'ai cherché moi-même au fond de tesProvir

ces.

J'y fuis encor , malgré tes infidélités , Ée malgré tous mes Grecs honteux de mes boi

tez, Je leur ai commandé de cacher mon injure.. J'attendois en fècret le retour d'un Parjure. J'ai crû que tôt ou tard à ton devoir rendu, . Tu me rapporterois un cœur qui m'étoit dû. Je t'aimois inconstant , qu'aurois-je fait fidelle? Et même en ce moment où ta bouche cruelle Vient fi tranquilement m'annoncer le trépas, Ingrat » je doute encor fi je ne t'aime pas. Mais , Seigneur , s'il le faut , fi le Ciel en colère Refèrve à d'autres yeux la gloire de vous plaire, Achevez vôtre hymen, j'yconièns. Mais du moi Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins , Pour la dernière fois je vous parle peut-être, Différez-le d'un jour , demain vous ferez maître Vous ne repondez point ? Perfide , je le voi . Tu comptes les momens que tu perds avec moi Ton cœur impatient de revoir ta Troyenne, Ne fbufrre qu'à regret qu'une autre t'entretienne. Tu lui parles du cœur , tu la cherches des yeux Je ne te retiens plus , fauve toi de ces lieux. Va lui jurer la foi , que tu m'avois jurée. Va profaner des Dieux la Majefté iàcrée. Ces Dieux , ces juites Dieux n'auront pas oublié Que les mêmes fermens avec moi t'ont lié. Porte aux pies des Autels ce cœur qui m'abai

donne.

Va , cours. Mais crains encor d'y trouver Hc

mione. S C 1

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