‹ Œuvres de RacineChapitre 89 sur 197 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

H E R M I O N E , CLEONE

A H ! qu'ai-je fait , Cleone ? Et que viens-tu me :\ dire?

)ue fait Pyrrhus?

Cleone..

Il: efl au comble de fès vceux ^ ,e plus fier des Mortels, &. le plus amoureux* e l'ai vu vers le Temple , où Ion hymen s'apprête, •faner en Conquérant la nouvelle conquête, h d'un œil où brilloient la joye 6ç ion efpoir, i'enyvrer , en marchant , du plaifir de la voir. ndromaque, au travers de mille cris de joye, orte jusqu'aux Autels le fouvenir de Troye :

In-

tcrS A ■ N D KO M'A QjTE

Incapable toujours d'aimer &c de haïr , Sms joye , 6c làns iïiurmure , elle lèmble obéir,

Et l'Ingrat ? Juiqu'au bout il a poulie l'outrag

Mais as-tu bien, Cleone, obièrvé ion vilàge?

Goûte-t-il des plailirs tranquilles 8c parfaits ?

N a-t-il point détourné fes yeux vers le Palais? • Di- moi, ne t'es-tu point preientée à là vue?

L'Ingrat a-t-il rougi , lors qu'il t'a reconnue ?

Son ttouble avoûoit-il Ion infidélité?

A-t-il juiqu'à la fin loûtenu là fierté ? Cleone.

Madame, û ne voit rien. Son falut, 6c là glo

Semblent être avec vous Ibrtis de là mémoire.

Sans longer qui le fuit, Ennemis, ou Sujets ,

Il pourfuit feulement les amoureux projets. .Autour du Fils d'Hector il a rangé là Garde,

Et croit que c'eft lui fèul.que le péril regarde..

Phcenix même en répond , qui l'a conduit exp

Dans un Fort éloigné du Temple & du Palais.

Voilà, dans lès tranfports , le lèul loin qui refte.

Le Perfide ! Il mourra. Mais que t'a dit Orefl

Orefte , avec lès Grecs , dans le Temple eft ent

Hé bien ? à me venger n'eft-il pas préparé ?

Cleone.

Je ne fài.

Tu ne fais? Quoi donc, Orefte enco:

Orefte me trahit?

Cleone.

Orefte vous adore , Mais de mille remords fbn elprit combattu

Cr<

T R A G Z D I r. ao$

>oit tantôt fon amour , 8c tantôt fà vertu. ,J refpecte en Pyrrus l'honneur du diadème. :1 refpecle en Pyrrhus Achille , 8c Pyrrhus même. !l craint la Grèce , il craint l'Univers en courroux, 'lais il fe craint, dit-il, foi-même plus que tous, I] voudroit en Vainqueur vous apporter fà tête. ,e feul nom d'AiTâifm l'épouvante 8c l'arrête, Infin il ell entré, lins lavoir dans fon cceur, 'il en devoit fbrtir coupable , ou Spectateur.

iJon, non, il les verra triompher fins obftacle, 1 1 fè gardera bien de troubler ce fpectacle. ! e fài de quels remorts fon courage eft atteint. Ï£ lâche craint la mort , 8c c'efl tout ce qu'il

craint, l^uoi ? Sans qu'elle employât une feule prière, ' 4a Mère en fa faveur arma la Grèce entière ? . es yeux pour leur querelle , en dix ans de combats, 7irent périr vingt Rois qu'ils ne connoifïbient

pas?

!t moi je ne prétens que la mort d'un Parjure, '-t je charge un Amant du foin de mon injure : 1 peut me conquérir à ce prix , fans danger , e me livre moi-même , 8c ne puis me venger ? Ulons. C'eft à moi feule, à me rendre juftice: ^ue de cris de douleur le Temple retentiflë. )e leur hymen fatal troublons l'événement, lt qu'ils ne foient unis, s'il fe peut , qu'un moment, îe ne choifîrai point dans ce defbrdre extrême, rout me fera Pyrrhus , fut-ce Orefte lui-même. fe mourrai. Mais au moins ma mort me vengera, !c ne mourrai pas feule, 8c quelqu'un me fùivra.

SCE-

Aie AN DR O MA J^ITE.

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