‹ Œuvres de RacineChapitre 95 sur 197 · AGR.IPPI.NE, ALBINE · texte numérisé non relu

AGR.IPPI.NE, ALBINE

Uoi ! tandis qne Néron s'abandoiR

ne au fbmmeil , Faut-il que vous veniez, attendre fbiv

réveil ?

Qu'errant dans le Palais fans fuite fë fans efcorte, cû Mère de Cefàr veille feule à fa porte ? Madame-, retournez, dans vôtre appartement.

.bine , il ne faut pas s'éloigner un moment. veux l'attendre ici. Les chagrins qu'il me eau-}

fe , l'occuperont allez tout le temps qu'il repofè,

K 7 Tout

2i3 JB ' R I TA N N IC US.

Tout ce que j'ai prédit n'eft que trop afluré. Contre Britannicus Néron s'eft déclaré.

L'impatient Néron cefle de fè contraindre, Las de fe taire aimer il veut iè faire craindre. Britannicus le gêne , Albine, 8c chaque jour Je jfens que je deviens importune à mon tour.

Albine.

Quoi? vous à qui Néron doit le jour qu'il refpire Qui l'avez, appelle de fi loin à l'Empire ? Vous qui déshéritant le Fils de Claudius , Avez nommé Cefàr l'heureux Domitius?

Tout lui parle , Madame, en faveur d'Agrippint Il vous doit ion amour.

Agrippine,

Il me le doit, Albine^ Tout, s'il eft généreux, lui prefcrit cette loi. Mais tout , s'il eft. ingrat , lui parle contre moi.

Albine.

S'il eft ingrat, Madame! Ah! toute ià conduite Marque dans fon devoir une ame trop inftruite. Depuis trois ans entiers qu'a-t-iJ dit , qu'a-t-

fait, Qui ne promette à Rome un Empereur parfait Rome depuis deux ans par fès foins gouvernée; Au temps de fès Confins croit être retournée, ïl la gouverne en père. Enfin Néron naifîànt A toutes les vertus d' Augufte vieillilîànt» .

Non , non , mon intérêt ne me rend point injuf Il commence , il eft vrai , par où finit Augufte Mais crain , que l'avenir détruisant le pafîè , Il ne fînifie ainfi qu' Augufte a commencé. Il fè déguifè en vain. Je lis fur fon vifàgc Des fiers Domitius 1 humeur trifte, & fàuvage. Il mêle, avec l'orgueil, qu'il a pris dans leur un X-a. fierté des Nerons , qu'il puifà dans mon fiai

To

Toujours la tyrannie a d'heureulès prémices. )e Rome pour un temps Caïus fut les délices : vlais là feinte bonté le tournant en fureur , jes délices de Rome en devinrent l'horreur. }ue m'importe, Iprès tout, que Néron plus fidèle )'une longue vertu laine un jour le modèle ? ki-je mis dans là main le timon de l'Etat , our le conduire au gré du Peuple & du Sénat? j.h ! Que de la Patrie il foit , s'il veut , le Père. liais qu'il longe un peu plus qu'Agrippine eft &

mère. i

m quel nom cependant pouvons-nous appeller l'attentat que le jour vient de nous révéler? I lait , car leur amour ne peut être ignorée , lue de Britannicus Junie eft adorée :

jt ce même Néron , que la vertu conduit, liit enlever Junie au milieu de la nuit. lue veut-il? Eft-ce haine, eft-ce amour qui Finipire ?

herche-t-il lèulement le plaifir de leur nuire? lu plutôt n'eft-ce point que là malignité îinit fur eux l'appui que je leur ai prêté?

ous leur. appui , Madame?

Arrête, chère Albine.

lài , que j'ai moi lèule avancé leur ruine , ae du Thrône , où le fàng l'a dû faire monter itannicus par moi s'eft vu précipiter, i moi lèule éloigné de l'Hymen d'Oc~tavie , ! Frère de Junie abandonna la vie, anus, fur qui Claude avoit jette les yeux, qui comptoit Augufte au rang de fes ayeux, eron jouit de tout, 8c moi pour recompenlè Ifaut qu'entre eux 8c lui je tienne la balance, un que quelque jour par une .même loi

Brk

i$o B R I T A N N I C US.

Britannicus la tienne entre mon Fils 5c mot. .

Quel deflèin!

Je m'aiTure un po#t dans la tempêt Nerôn m'échappera fi ce frein ne l'arrête,

Mais prendre contre un Fils tant de foins fùpe Eus?

Je le craindrois bien-tôt , s'il ne me craignoit pli

Une injufle frayeur vous allarme peut-être. Mais ii Néron pour vous n'elï plus ce qu'il de

être , Du moins ion changement ne vient pas jufqi

nous, Et ce font des iècrets entre Ceiàr 6c vous. Quelques titres nouveaux que Rome lui défère Néron n'en, reçoit point qu'il ne donne à ià Mer1 Sa prodigue amitié ne fè refèrve rien.

Votre nom eft dans Rome auiîï iàint que le fia A peine parle-t-on de la triite Odiavie. Augufte vôtre ayeul honora moins Livie.

Néron devant ià Mère, a permis le premier Qu'on portât des faiiceaux couronnez de laurie Quels, efiets voulez-vous de ià reconnoiiîànce T

Un peu moins de reipecl:, 8c plus de confiance Tous ces preièns, Albine, irritent mon dépit. Te voi mes honneurs croître , 8c tomber mon c:

dit.

Non , non , le temps n'eft plus que Néron jeu

encore Me renvoyoit les vœux d'une Cour qui l'adore Lors qu'il & repofoit fur moi de tout l'Etat ,

«ie mon ordre au Palais afîèmbloit le Sénat, . que derrière un voile , inviiîble , 8c prefènte itois de ce grand Ccrps l'Ame toute puifîànte». j;s volontez de Rome alors mal aflliré , kron de fà grandeur n'etoit point enyvré.

Îjour, ce trifte jour frappe encor ma mémoire, i Néron fut lui-même ébloui de là gloire , uand les Amtaflàde.urs de tant de Rois divers 4nrent le reconnoître au nom de l'Univers. m fon Thrône avec lui j'allois prendre ma place. Ignore quel confèil prépara ma difgrace : foi qu'il en ibit , Néron , d'auflï loin qu'il me

vit, I fïa fur fon vifàge éclater fen dépit. hn, cceur même en conçut un malheureux augure.

Ingrat d'un faux refpett colorant fbn injure, |leva par avance, 8c courant m'embraiîér, n'écarta du Thiône, où je m'allois placer, puis ce coup fatal, le pouvoir d'Agrippine rs fà chute, à grands pas, chaque jour s'ache*

mine, imbre feule m'en refte, 8c l'on n'implore plus e. le nom de Seneque , 8c l'appui de Burrhus.

! fi de ce fbupçon vôtre ame efl: prévenue,

îrquoi nourrifïèz-vous le venin qui vous tue ?

gnez avec Cefàr vous éclairai du moins. A g. r 1 p p 1 N E.

ar ne me voit plus , Albine, fans- témoins.

public , à mon heure , on me donne audience.

reponfe eft dictée , 8c même Ion iîlence. jvoi deux fùrveiilans, fes Maîtres, Scies miens, liider l'un ou l'autre à tous nos entretiens. lis je le pourfuivrai d'autant plus qu'il m'évite, ■ fon defbrdre, Albine, il faut que je profite.

J'en-

2$t 15 R ITANNI C US

J'entens du bruit, on ouvre, allons fubitemen Lui demander raiibn de cet enlèvement.

Surprenons , s'il fe peut, les fecrets de fon ami Mais quoi? DejaBurrhus fort de chez, lui?

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