‹ Œuvres de Roger de ColleryeChapitre 85 sur 134 · PLUSIEURS RONDEAUX · texte numérisé non relu

PLUSIEURS RONDEAUX

i vostre cueur s'adonnoit à aymei- Celuy d'hier, qui en votre salette, Après disner parloit à vous seuUete, Ne trouvères en luy nul goust amer.

Son franc vouUoir ne debvez pas blasmer, A acquérir vostre amour se délecte,

Si votre cueur.

S'il vous plaisoit votre amy le clamer, Ung plus grant bien au monde ne souhaite, Car desconfort, qui les amans deshaite, Ne le sçauroit d'ennuy faire pasmer.

Si vostre cueur.

Du tout vostre, sans plus en enquérir Qui désire votre grâce acquérir.

Rondeaux.

'ay craincle et peur de ne voir ja-

[mais riieure Qu'avecques vous a toujours je demeuri , Mon seul désir où j'ay mys mon entent" Car, si de moy vous estiez mal contente Ne doublez pas que de dueil je n'en meure.

Pensant on vous mon cueur £!;emist et pieure, Puis mon esprit en grantz regretz labeure ; Doublant avoir de vous trop longue allente J'ay craincle et peur.

Touchant m'amour, soyez-en toute senre , Car vous l'avez, de ce je vous asseure ; Mon cueur, mon corps, mon bien, je vous pre- Mais de plaisir et soûlas je m'exempte [sente ; Se bon espoir par vous ne me sequeure, Jay craincle et peur.

De vostre ami, qui u'auroit nulz eniuiytz, Si avec vous il estoit jours et nuyts.

uis qu'à vous suis, ma dame et ma

[maistresse, Soyez à moy, et osiez la tristesse De mon las cueur. que tenez en prison,

Ronde ATX. i

Qui n'est atteint d'aucune mcsprison, D'avoir vers vous prins chemin et adresse.

De convertir ma douleur et destresse Et mon ennuy en soûlas et liesse A vous en est, aussi esse raison, Puisqu'il vous suis.

De bien aimer, ce me seroit simplesse Sans estre aimé; prenez donc hardiesse De me monstrer en ce temps et saison Qu'avecques vous j'auray bonne achoison Par ung désir extraict de gentillesse, Puisqu'à vous suis.

Du tout à vous qui, en place et en voye, Désire fort qu'à son plaisir vous voye.

uant noz deulx cueurs s'accorderont ^M [ensemble

Et que pourront l'ung de l'autre jouyi Et sans danger souvent nous resjouir, Ung tel plaisir vault beaucoup, ce me semble.

Si le vouloir qu'avez au mien ressemble Meilleur propos je ne désire à ouyr Quant noz deulx cueurs.

La feuUe suis qui souvent soubz vent tremble, Regrect me point, dueil me vient esblouir ;

rjS

Rondeaux.

Mais si m'aymez, chagrin qu'on doit fiiyr Garderay bien qu'avec nous ne s'assemble Quant nez deulx cueurs.

Du tout vostre qui souvent vous escript^ Lequel a peur d'estre par vous prescript.

ardante amour bien souvent me

[transporte En certain lieu, en regardant la porte Et la maison où demeure ma mye , Mais de heurter à l'huys je n'ose mye De peur des gens, parquoy je m'en déporte.

Pour le regret que mon las cueur en porte , Et que mon dueil nul ne plainct ne supporte, Incessamment tout le corps m'en fremie D'ardante amour.

Si le procès qu'elle a bien se comporte Et force argent de brief on lui apporte De m'esjouyr ne sera endormye ; Et qu'ainsi soit, à ce bon Jheremye Prophète sainct, tlu tout je m'en raporte D'ardante amour.

Du vostre entier qu'avez veu et ouy Qui avec vous de son cueur n'a jouy.

Rondeaux.

aison y est, juste cause, et matière Que me devez exiber vostre grâce Vou que devant vostre amoureuse face ^^^ Je vous ay dict ma volunté entière. Si de mon cueur vous ay faicte héritière Octroyez moy ce que je quiers et trace. Raison y est.

Pour me garder de me veoir en litière Consentez donc que mon plaisir je face. Et ne souffrez que mort mon corps deface Et que par vous ne soit en cymetière, Raison y est.

De par celluy qui n'actend que la mort, Si envers luy pitié ne vous remort.

ur toutes fleurs j'ayme la marguerite Mise au milieu de mon bea u jardinet Car son regard, qui est si sadinet ', De cœur humain toute grâce mérite.

Long temps y a que seule l'ay eslite Pour mon plaisir, d'ung voulloir pur et net, Sur toutes fleurs.

i. GentU, gracieux.

i8o Rondeaux.

De l'enrouser assez je m'en acquite Et mesmement le soir et matinet Quant je la tiens ung bien bon tantinet Ma joye alors en elle n'est petite Sur toutes fleurs.

risf e j'en suis de ma fleur marguerite, D»3 mon jardin ung villageoysl'a eue; Mais s'il advient que j'en perde la veue, De ce pays je m'en iray bien viste Tout à part moy souvent je m'en despite, Voyant qu'elle est meschantement pourveue

Triste j'en suis.

De gens d'honneur elle a esté poursuitte Et de cueur gay en amour l'ont receue, Mais le touyn ' l'a faulsement deceue Par le moyen d'une sotte conduicte, Triste j'en suis.

Page 1