Menteurs
igô
Rondeaux.
S'ilz sont de (jenere levi Office auront ou bénéfice Pour certain.
Mais les bons, qui ont desservy D'avoir le temps bon et propice, Leur fait ira en escrevice, Dont j'ay le cueur de dueil ravy Pour certain.
/5^) edans briefz jours, gens avaricieux, Ambicieux, superbes, vicieux, Viendra ung tems, comme dit l'Es-
[cripture,
Lecpiel verront gens de bonne nature Et non pas vous, par trop malicieux.
D'iceulx viendra un peuple vertueux Lequel sera vers Dieu affectueux ; Et prendra fin maligne créature Dedans briefz jours.
Bien tost après régnera, soubz les cieulx. Temps à souhait et temps délicieux ; Justice adonc fera toute droicture ; Foy, Loy, Amour, dessoubz sa couverture, Triumpheront d'un cueur audacieux Dedans briefz jours.
Rondeaux.
uges , prevostz , marchans , bour-
[geois, commun,
Et vous aussi, nos seigneurs de
l'Eglise,
Amendez-vous, sinon je vous advise D'avoir pardon n'y voy remède aucun.
Lassus es cieulx il est bruyt que chascun Offense Dieu, qui n'est pas bonne guise, Juges, prevostz.
Persévérer en tout mal c'est esgrun ' ; Le monde faict de pécher marchandise, Parquoy il faut qu'en briefz mots je réduise Que des troys pars n'en demourra nesung. Juges, prevostz.
e Despourveu, qui ne s'oze nommer, Actaint d'ennuy et d'ung regret amer.
Plus angoisseux que l'on ne sçauroit dire, A-il raison et cause de s'en rire?
Je croy que non, ne joyeulx se clamer.
I. Fait pour aigrir Dieu. On comprenait sous le nom Ci'esgrun tous les légumes acres. Esgruner voulait dire aussi détruire.
ig^ Rondeaux.
N'estoil espoir qui le vient réclamer, Cent foys le jour l'on le verroit pasmer Et endurer douleur, peine et martyre, Le Despourveu.
Cecy luy vient pour loyaulment ayraer Une sans plus qui se doibt estimer, Pour qui souvent son povre cueur souspire. Ce nonobstant son amour il aspire Et son honneur, qui n'est pas à blasmer. Le Despourveu.
Dieu en est de m'envoyer du bien Et me doimer grâce d'en bien user, A nul qu'à luy ne me veulx amuser Car aultrement je n'y gaignerois rien .
Ce peu que j'ay est sien et non pas mien; Du bon du cueur le dis, sans m'excuser, A Dieu en est.
S'il m'en donnoit habondamment, combien Que je ne sçay s'il me veult reffuser. Je n'en vouldrois nullement abuser De mon povoir, n'en sercher le moyen, A Dieu.
Rondeaux.
Contre .Taloux et Coquus.
ovres martyrs, en voz cueurs esbelez, Qui jour et nuyt voz femmes vous guectez, Estans actains de sotte jalouzie, Ostez, estez de vous la fantazie, Et de ce faict jamais ne caquetez.
Puis qu'il advient que yvers, et estez, Dru et souvent coquus avez estez.
Leur raye en est, pour ce point, moins moizie. Povres martyrs.
De ce hault mal peu en sont exceptez.
Par quoy en gré la fortune acceptez, Car de courroux, de dueil et frenaizie. Pourriez gaigner la belle pleurezie Qui prend les gens droictement aux costez, Povres.
Contre les Flateurs.
our bien jouer du placebo, Pour flater et mentir aussi, Pour rapporte^" cela, cecy, Tousjours en grâce manebo.
200 RO.N'DEAUX.
Qui biens veult avoir, docebo Qu'il est besoing de faire ainsi Pour bien jouer.
Et en usant de tacha Contre droit et raison dixi, Que vertu nunquàm dilexi, Mais mon cueur de mal replebo Pour bien jouer.
rescher Seigneur, et tiesfaonnorémaislre, Il vous plaira vostre bon vouUoir mètre A me donner et faire avoir la cure Que, jà pieça, envers vous je procure Pour à jamais vostre serviteur estre.
Infortuné je suis et povre prestre, Privé des biens de ce monde terrestre Se ne prenez de mon faict soing et cure, Trescher Seigneur.
Ne mectez pas mon cas à la senestre, Entérinez ma requeste à la dextre Disant volo, qui le cueur purge et cure. Et le nolo, dangereuse picquure.
Ne me ferez, s'il vous plaist, apparoistre, Trescher Seigneur.
Rondeaux.
'est tresmal faict d'abuser de promesse Ung serviteur ancien, chantant messe, Auquel estoit promis ung bénéfice Par le Seigneur où il est en service ; S'il se desdit, ce n'est pas gentillesse.
De faire ainsi, esse ung tour de noblesse"? Je croy que non, veu que, toute jeunesse, Il a servy son parent, et sans vice ; C'est tresmal faict.
Il esperoit, moyennant son adresse.
Avoir des biens, et de cryer largesse.
Comme ung herault en faisant son office; Mais, pour tout bien, ung beau rien mal propice Il a receu, dont il dira sans cesse C'est tresmal faict.
XXXVIIII.
oyant les barbes non rasées, Dont plusieurs font leurs risées, Bigarreures non abolyes Nous engendrent melencolyes,
Car ce sont choses mal prisées.
Les dames se sont advisées
D'estre en leurs habitz desguisées,
Coinctes, bragardes, et jolyes
2oa
Rondeaux.
Voyant les barbes.
Or, les nations divisées Gectent dessus eulx leurs visées De voir régner tant de folyes Qui ne sont pas aux omelyes Que Bède ' a jadis devisées,
Voyant les barbes.
n promesse d'homme de bien, Comme on dit, sedoibt-on actendre.
Mais à ce que je puis entendre, Au jourd'huy on n'y congnoist rien.
On me promect assez, combien Que mensonge est fort à reprendre En promesse.
Pour le plus seur quant on dict : tien , Cela est facile à comprendre, Car en donnant lors on peult prendre Le bien d'aultruy comme le sien En promesse.
I. Le vénérable Bède, vue si'ecle. Peut-être a-t-il parlé des barbes dans les quatre vingts traités qu'il a composés outre son Histoire ecclésiastique ? Quelques-ians de ces traités roulent sur la discipline du clergé et touchent aux mœurs dn teni]>s.
Rondeaux.
ntre promectre et tenir, Ainsi que je puis retenir Plusieurs se treuvent forvoyez ;
Dire et faire, comme voyez, Sont mauvais à entretenir.
J'ay pour y aller et venir Ung rien qui m'est grief souvenir Dont mes espritz sont desvoyez
Entre promectre et tenir.
Foy ne m'a voulu soustenir, Ne Vérité se maintenir; Mais ont mon espoir convoyez A Infortune et envoyez, Sans jamais à bien parvenir
Entre promectre et tenir.
ng « tien » vault mieulx quedix foys tu Taras; Et qu'il soit vray, je m'en suis apperceu, ^ S'a « tu Taras » t'atends, tu es deçeu. Car rien de luy tu n'en apporteras.
Pour « tu Taras » tu viendras et yras, Puis tu diras que tresmal t'a receu Ung tien.
Rondeaux.
Mais s'on dit pren, franchement jureras Que ton cas est en vérité conceu; De «tu Taras » d'ung mien amy j'ay sceu Que trompé est, et ainsi le seras
Ung tien.
vanthier, entre chien et lou, Ay d'une nourrisse breneiise Gaigné une bosse chancreuse Qui venoit de je ne sçay où.
Or puis qu'il m'en fault faire jou', Je dy fy de telle amoureuse Avanthier.
A tous les diables soit le trou De la villaine chacieuse!
De sa façon maulgracieuse Tout incontinent j'en fuz sou Avanthier.
Jeu?
Rondeaux.
XXXXIIII.
n ung matin, en m'esbatant A une fille qui a vogue, Seurvint une grant vielle dogue De laquelle ne fuz content.
En m'espiant et me guectant Elle se monstroit fière et rogue En ung matin.
Je ne la congnois, mais d'autant Qu'elle est mesgre, hydeuse et drogue, Je croy que c'est la sinaguogue Que les Juifz estiment tant, En ung matin.
rescher Seigneur, inventions actives, Langues aussi de mal parler hastives, j| De vostre amour m'ont du tout eslongné, En vous servant , aucuns en ont hongné, Dit des choses bien peu excusatives.
Voz paroUes m'estoient confortatives, Et voz aides de mon corps nuritives Durant le temps qu'ay pour vous besongné Trescher Seigneur.
Pour impetrer grâces expectatives
206 ROiVDEAUX
Ducatz je n'ay, ne les preparatives Pour les avoir, dont je suys vergongné, De vostre bien souvent m'avez songné, D'affections à chascun narratives, Trescher seigneur.
on bon amy, meilleur moyen exquis N'ay sceu trouver que vous avoir
[requis Pryer pour moy monsieur le liou- De me donner mesmement maintenant [tenant Audience, de ce me suis enquis.
En ces beaux jours devotz, doulx et transquis, Sollicitez pour ce bien qu'ay tant quis Ledict seigneur toujours l'entretenant, Mon bon amy.
Les grans trésors n'ay en ce monde acquis Ainsi comme ont Ducs, Contes et Marquis, Aultres assez leur estât soustenant ; Par quoy me fault eslre chiche et tenant Et non contrainct d'en lever les acquis, Mon bon amv.
ossible n'est de le veoir en liesse L'homme qui est par amère tristesse Attainct au cueui' d'un ennuy de-
[testable,
Veu que tout ce qui luy est délectable Totallement le fuyt et le delesse.
Puis que soulcy d'estre pensif le presse Et que courroux le détient et oppresse l'^t n'a de quoy entretenir sa table, Possible n'est.
Prélat ne voy, ny abbé, ny abbesse, Au temps qui court, qui son estât n'abesse, Et qui pis est, le riche charitable Aux povres n'est, c'est chose véritable, Que je conclus, aussi vray que la messe, Possible n'est.
XXXXVIII.
n me voyant de petit meuble nu Et sans argent autant gros que menu.
N'en cave vin, n'aussi en garnierblé, Et que de froit j'ay cest yver tremblé, Triste j'en suis et mesgre devenu. Et supposé que l'on m'a soustenu
2o8 HONDEAUX.
Et de bon cueiir mon corps entretenu, Riens on ne pert, se l'on m'avoit emblé En me voyant.
Prouffit aucun ne m'est point advenu Pour emprunter ; suis allé et venu, Et de malheur, je n'ay riens assemblé.
Mon cas congneu, en pensant m'a semblé Que gros malheur m'a fort circonvenu, En me voyant.
XXXXVIIII.
ar ce temps cher mon corps est
[consumé.
J'ay peu mengé, encores moins
[humé,
Et si je suis d'estre en ce monde las, La cause y est Fain me tient en ses lacz. Souvent à Dieu l'ay dit et résumé.
Que l'on ait veu mon foyer enfumé De gros tysons, seroit mal présumé :
Je ne faiz feu que de vielz eschallas, Par ce temps cher.
Quant disner veulx, mon pot n'est escumé; Mauprest me sert, qui m'a acoustumé De souhecter le relief des prelatz, Faulte d'argent me faict cryer hellas Piteusement, d'estomac enrumé Par ce temps cher.
Rondeaux.
[c^T u pied du mur je me voy sans eschelle, * i Plus je ne sçay de quel boys faire flèches, ? Faulte d'Argent m'en donne les empesches, Triste j'en suis, jà ne fault que le celle Durant ce temps mon corps d'ennuy chancelle, Mes joues sont mesgres, pâlies et sèches, Au pied du mur.
Si ayde n'ay du bon Dieu et de colle ' Devant lesquelz a dculx genoulx me flèches, De ma vie je ne donne troys pesches.
Car de vertu j'ay moins qu'une estincelle, Au pied du mur.
eu vault maison où gist povre conduicte, Et que l'on voit la famille reduicte A yvrongner, paillarder, friander, Et du maistre bletz, vins, biens gourman-
De le souffrir seroit chose mal duicte. [der;
Le cas congneu, à eulx et à leur suicte
Va soubranciers * doit-on bailler la fuvte