‹ Œuvres de Saint Bernard (volume 3)Chapitre 128 sur 179 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

On recommande la stabilité dans la cellule :

25. Mais la source de tous ces biens se trouve dans la cellule et dans la persévé-

1 Rom. vi, 19.

ranceà y demeurer. Quiconque y vivra con" tent de sa pauvreté sera riche, et quiconque possède en soi la bonne volonté, possède aussi tout ce qu'il faut pour bien vivre. Toutefois qu'on ne se fie pas toujours à la bonne volonté : qu'on lui mette le frein, qu'on la dirige surtout chez les commençants. Que la règle de la sainte obéissance gouverne la bonne volonté, que celle-ci gouverne le corps, qu'elle lui apprenne à rester en place, à supporter la cellule, à rester avec luimême. Dans un novice c'est le commencement d'une bonne disposition, et la preuve assurée qu'on en peut bien espérer. Impossible à un homme de tenir son esprit attaché à un seul objet, s'il ne sait d'abord fixer sou corps en un même lieu. Celui qui, pour guérir son esprit inquiet, change sans cesse de résidence, ressemble à un homme qui fuit son ombre. Eu se fuyant lui-même il se porte avec soi. Il change de place sans changer d'esprit. Partout il se trouve le même, ou plutôt la mobilité ne fait qu'aggraver son état; ainsi on blesse un malade en le remuant pour le transporter. Qu'il se reconnaisse donc malade, et cherche soigneusement les causes de sou mal. S'il reste eu tvj,):, la continuation des remèdes l'aura bientôt rétabli, et délivré des distractions qui l'obsédaient ou des tentations dont il était captif, il s'appartiendra tout entier eu s'unissant à Dieu. La nature qui n'est pas souillée, mais qui est imparfaite, a besoin de grands soins. Qu'elle séjourne donc à l'infirmerie (c'est ainsi que les médecins appellent l'endroitdestiné auxinûrmités),qu'elle n'en sorte pas, et qu'elle persiste à user de remèdes jusqu'à parfait rétablissement.

26. 0 âme malade et languissante, votre infirmerie c'est votre cellule, et le remède dont vous avez commencé d'user, c'est l'obéissauce,la véritable obéissance. Mais sachez que le changement fréquent de remèdes jette le désordre dans la nature et tue le malade. Le voyageur qui se dirige vers un but, s'il tient toujours le même chemin* finit par arriver au terme de sa course et de ses fatigues. Mais s'il en prend plusieurs, il s'égare, il se condamne à une fatigue interminable, parce qu'il s'égare à l'infini. Ne changez donc point de remèdes; ne passes pas de l'un à l'autre : servez- vous de celui de l'obéissance, jusqu'à votre complète gué ri son, et une fois guéri, n'ayez pas l'ingratitude de l'abandonner, bien qu'il vous soit permis d'en user désormais d'une autre façon. Etes-vous jaloux d'arriver à la santé, gardez-vouâ de rien

AUX FRÈRES UU MON! DIEU

faire sans l'avis du médecin : il faut y recourir nécessairement et lui découvrir sans honte vos blessures, si vous voulez qu'il vous assiste. Rougisses, soit, mais découvrez-lui tout, ne cachez rien. Car il en est qui, dans l'aveu de leurs fautes, semblent raconterune histoire : ils énumèrent , sans ressentir de confusion, les maladies de leur âme , sans repentir ni douleur : tandis que celui qui en est touché ne peut retenir ses gémissements. Si le mal fait des progrès, si le malade est frappé d'insensibilité, il n'y a presque plus d'espoir, puisqu'il s'éloigne d'autant plus de la santé qu'il paraît en être plus voisin. Pour vous ménager, le médecin veut-il appliquer à vos plaies des onguents, des emplâtres, et des moyens trop doux, faites un effort sur vous-mêmes, et jaloux de guérir, cherchez des remèdes plus prompts et plus énergiques, demandez le fer et la cautérisation. Vous aurez toujours un médecin auprès de vous et à votre disposition.

27. Car de peur que la solitude ne vous effraie, et afin que vous trouviez plus de sûreté à habiter votre cellule, trois gardiens vous ont été donnés, Dieu, la conscience, et votre père spirituel. A Dieu vous êtes redevable de la piété qui vous emploie toutentier à son service ; respect à votre conscience , ayez honte dépêcher devant elle; obéissance à votre Père spirituel, et recourez à lui en toute occasion. Je veux, pour vous enchaîner encore d'à vantage,vousdonner un quatrième gardien, et vous procurer un maître qui vous guidera durant votre enfance, et jusqu'à ce que vous sachiez vous tenir mieux eu présence de Dieu. Choisissez-vous donc, c'est mon conseil, un homme dont l'exemple soit profondément imprimé dans votre cœur, et dont la vie yons inspire tant de respect qu'elle vous serve de règle et de frein, de sorte que vous imaginant l'avoit- constamment devant vous, il corrige dans l'affection d'une charité mutuelle lotit ce qui, en voua, mérite d'être corrigé, sans que votre solitude perde rien de son repos. Que cet homme vous soit présent quand vous le voudrez, et même souvent quand vous ne le voudrez pas. Songez aux réprimandes qu'il pourrait vous adresser, à sa sainte sévérité, aux consolations qu'il pourrait vous donner, à sa bonté, sa douceur, sa sincérité, à l'exemple de sa sainte vie. En songeant qu'il Ht dans toutes vos pensées, vous les Corrigerez Comme si, en réalité, il les voyait et les censurait. Ainsi, selon le précepte de l'Apôtre, gardez-vous vousmême, avec sollicitude, et pour avoir l'œil

sur vous, détournez-le de tout autre objet Quel excellent instrument que l'œil, s'il se voyait, comme il voit tout le reste ! Mais cet avantage étant réservé à l'œil de l'esprit, s'il vient à se négliger comme celui du corps et à s'arrêter aux choses extérieures, il ne pourra plus se recueillir à son gré. Occupez vous donc de vous-même ; vous êtes à vousmême une ample matière de sollicitude»

Eloignez même de vos yeux matériels les objets que vous aviez coutume de voir, et de vos yeux intérieurs les objets qui excitaient votre amour, car rien ne se rallume plui vite que l'amour, surtout dans les âmes tendres encore, et qui ne sont qu'au début de la vin spirituelle.

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