SUR LES TRAITÉS SUIVANTS
i. Comme la lettre aux frères du Mont- Dieu, les traités de la contemplation divine, de la nature et de la dignité de l'amour, avaient été attribués à saint Bernard. On a cru devoir restituer le premier à Guiges, et les autresà Guillaume, abbé de Saint-Thierry (près Reims), puis de Signy, et les insérer dans cette édition. Car, sans compter que dans la plupart des meilleurs manuscrits, ces traités portent le nom de Guillaume, Guillaume, lui-même, se les attribue dans un court prologue qu'il a mis en tête de ses œuvres, qui est rapporté par Tissier et qu'on a eu tort de joindre à la lettre de Guiges, comme nous l'avons montré. Dans un abrégé de sa vie que j'ai tiré d'un parchemin du monastère de Reuil, ces mêmes traités sont avec d'autres attribués à Guillaume. Je veux rapporter ici les paroles mêmes de ce parchemin. « Il a laissé de son génie et de son goût des monuments parmi lesquels j'indiquerai seulement ceux que j'ai jugés dignes d'être remarqués et lus. Il entreprit uneVie de saint Bernard qu'il ne put achever, à l'exception d'un livre, le premier, qui est fini et assez long. Contre maître Abélard qui avait glissé dans ses ouvrages des idées malsonnantes aux oreilles de la foi, il écrivit un livre élégant de style, orthodoxe d'idées, et nerveux de raison. Il écrivit encore des opuscules intitulés : f Enigme de la foi, et le Miroir de la foi, où il montre avec brièveté et clarté ce qu'il faut croire. Il composa une Exposition morale sur le Cantique des Cantiques qu'il mentionne dans la Vie de saint Bernard. Il y a encore de lui un ouvrage sur la nature et la dignité de l'amour, ouvrage que le sujet nous permettrait d'intuler Anti- Ovide. Là, en effet, il apprend au sage par quels degrés et de quelle manière il doit progresser dans l'amour de Dieu.... Il a fait aussi une courte compilation sur la physique, à savoir sur la nature du corps et de l'âme,
et parce que le premier fruit de l'étude est de se connaître soi-même, selon cet adage venu du Ciel : Connais-toi toi-même , il s'est proposé d'amener le lecteur à une science initiale de lui-même. On a de Guillaume un opuscule intitulé : de la Contemplation de Dieu, où, pour édifier sans doute le lecteur, il parle en ces termes de sa propre contemplation : Et parfois, Seigneur, quand je soupire vers vous, les yeux fermés, vous mettez dans la bouche de mon cœur, ce dont je ne puis connaître la nature, et je sens une saveur si fortifiante, que je ne demanderais plus rien si elle restait en moi. Il composa un traité assez étendu intitulé : Oraison et méditation ; le sujet n'en est pas unique, il roule sur différentes matières , et presque toujours en ^adressant à Dieu, il discute les divers états de sa propre conscience. Dans ce livre se montre surtout, je ne dis pas seulement l'amour, mais l'amour de Guillaume pour Dieu. Et à mon avis, celui qui lira cet opuscule avec piété et attention, si religieux, si avancé soit-il, ne manquera pas de faire des progrès dans la crainte de Dieu et dans la connaissance et le mépris de lui-même. Je ne doute pas que Guillaume n'ait composé d'autres ouvrages encore, mais à l'exception de ceux-ci, je n'ai pu rien retrouver. »
2. Jusqu'ici je cite le parchemin de Reuil, dont le commencement atteste que Guillaume, né à Liège, d'une famille distinguée, eut un frère appelé Simon, avec lequel il partit pour Reims, où il prit l'habit dans l'abbaye de Saint-Nicaise, alors renommée pour sa piété. Plus tard Simon devint abbé de S. Nicolas-aux-Bois, où il mourut doucement et heureusement, plein de jours et consommé en vertus, après avoir longtemps et religieusement gouverné ses frères. Pour Guillaume il fut élu abbé de Saint-Thierry, lieu qui domine la ville de Reims ; cette