LETTRE CXLVII
(Écrite l'an M 38.) A PIERRE, ABBÉ DE CLl^NY.
Pierre avait envoyé à Bernard, Gébonin, archidiacre de Ttoyeâ, pour le consoler des nombreux et difficiles travaux qu'il accomplissait laborieusement dans l'intérêt de l'Eglise. Bernard fait avec beaucoup de douceur l'éloge de sa bonté, et lui annonce que, le schisme se trouvant éteint, TËglise sera dans un état plus heureux.
A son très -révérend Père et seigneur, à Pierre, abbé de Cluny, son ami Bernard : ce que souhaite un ami.
1 . Que l'Orient des cieux vous visite, homme de bien, parce que vous m'avez visité sur une terre étrangère, et que vous m'avez consolé dans le lieu de mon exil. Vous avez bien fait de songer à moi qui suis indigent et pauvre. J'étais absent et absent depuis longtemps, vous vous êtes souvenu de mon nom, vous si grand et occupé à de si grandes choses. Béni soit votre saint ange qui a suggéré cette pensée à
1 MaUb., XI, 25, 2G.
votre charitable cœur; bénj soit notrç Dieii qui vous a déterminé à la suivre 1 Voici entre mes mains de quoi me glorifier devant les nations étrangères; c'est votre lettre, cette lettre par laquelle vous épanchez votre âme devant moi. Je me glorifie d'avoir une place, non seulement dans votre souvenir, mais encore dans votre estime. Je me glorifie d'être honoré de votre amour, je suis fortifié paf l'abondante suavité de votre cœur. Bien plus, je me glorifie même de mes tribulations, si j'ai été jugé digne d'en endurer quelques-unes pour l'Église; car le triomphe de l'Église est ma gloire et me fait relever la tête. Si nous partageons ses travaux, nous partagerons aussi sa consolation. Nous avons dû travailler et souffrir avec notre mère, de crainte qu'elle ne se plaignit de nous en disant : Ceux qui étaient avec moi se sont tenus éloignés, et ceux qui en voulaient à ma vie, m'ont fait violence *.
2. Grâces soient rendues à Dieu qui lui a donné la victoire, qui l'a glorifiée dans ses travaux et qui les a fécondés. Notre tristesse s'est changée en joie, nos gémissements se sont transformés en concerts. L'hiver est passé, la pluie s'est éloignée et a cessé, les fleurs ont apparu sur notre terre, le temps de la taille est arrivé, on a coupé le sarment inutile et la branche pourrie. Lui, ce méchant qui a fait pécher Israël *, a été englouti par la mort et jeté dans le sein de l'enfer. Car, selon le prophète, il avait fait un pacte avec la mort et contracté une alliance avec l'enfer •; c'est pourquoi, selon Ézéchiel, sa perte est venue et il ne vivra plus de l'éternité. Un autre encore, de tous le plus grand et aussi le plus cruel ennemi *, a également été retranché. Il était; cependant un des amis de l'Église, mais de ceux dont elle a coutume de se plaindre en disant : Mes amis et mes proches se sont levés et avancés contre moi '. S'il en reste encore, nous espérons qu'ils subiront bientôt le même jugement. Je suis sur le point de retourner vers
* Ps. XXXVII, 12, 13.
* L'antipape Anaclet monrat en 1138.Ernaldiis(K<7.S.I2ernardt, lib. ii, cap. f) rapporte les détails de sa mort. Frappé par l'ange exterminateur, il eut, dit cet auteur, trois jours pour se repentir ; mais il ne voulut pas le faire, et il mourut dans le désespoir. Le lieu de sa sépulture est inconnu. Orderic rapporte (pag. 915} qu'il fut frappé de mort subite.
'Isaie, X.TVIII, 15.
^ Ce passage semble s'appliquer à Gérard d*Angoulème, qui mourut l'an 1136. Ordeiic dit de lui que c'était un bomme très-instruit, qui jouissait d'une grande répytation et d'un grand crédit à Rome, au temps des papes Gélase, Calizte et Ilonorius. (Voyez nos notes sur la lettre 12G).
•Ps. XXXVÎT, 12.
mes frèi'es, et si la vie m'est conservée, je repasserai par votre monastère, comme j'en ai l'intention. En attendant je me recommande à vos saintes prières. Nous saluons le frère Hugues le camérier, ceux qui sont autour de vous, et tout le reste de la sainte compagnie.