LETTRE CCIV
(Écrite vers Tan 1140.)
A l'abbé de SAINT-AUBIN '.
Il lui exprime son alTection pour lui ; que s'il ne leur est pas permis de se voir dans la vie présenta, le plaisir leur en est réservé pour la vie future.
Si votre visage m'est inconnu, votre réputation ne me l'est pas, et ce que je me félicite d'avoir appris sur votre compte, grâce à elle, n'est pas peu de chose et n'est point à dédaigner. Vous avez par elle pénétré si avant dans mon cœur, je l'avoue, qu'au milieu de mes nombreuses occupations, votre très-doux souvenir, mon bien-aimé frère, me distrait le plus souvent de tout ce qui m'entoure; je trouve du plaisir à m'y arrêter et de la douceur à m'y reposer. Mais plus j'accueille avec joie votre pensée, plus je désire ardemment votre présence. Quand en jouirai -je? ou plutôt, en jouirai-je jamais? Si ce n'est maintenant, ce sera du moins certainement dans la cité de notre Dieu, pourvu toutefois que, n'ayant point ici-bas de cité durable, noiis aspirions à celle-là.
* Sur le célibat des sous-diacres, voyez une lettre de Grégoire le Grand, (lettre 42, liv. 1.)
* Amos., V. 2.
s D'autres disent de Saint-Âlban, illustre monastère d'Angleterre, fondé par le roi Ofla. Mais il faut préférer la version de Saint-Aubin, ce qui est un monastère situé près d'Angers. Un religieux de ce monastère, nommé Guillaume, fut accueilli par saint Bernard et brilla d'une force merveilleuse par ses vertus et sa sainteté. (Voy. SxorJ. Citterc, lib. m, can. 14.)
Là, nous nous verrons et notre cœur sera dans la joie. Mais en attendant, je me délecterai et je me réjouirai de ce qu'on me dira de vous ; j'espérerai et j'attendrai pour le jour du Seigneur cette vue sensible dont il me reste à jouir, pour que ma joie soit parfaite. Je vous conjure, mon très-cher et très-désiré père, d'ajouter à tous les biens qui nous viennent . continuellement de vous et par vous, celui de prier pour nous avec tous les vôtres.