‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 18 sur 385 · A UN CARDINAL-PRÊTRE · texte numérisé non relu

A UN CARDINAL-PRÊTRE

Contre Pierre Abeilard, comme la précédente.

Au cardinal-prôtre, Bernard, abbé de Clairvaux : salut et afTection dans le Seigneur.

Que personne ne méprise votre jeunesse : c'est la raison et non pas la tête, qui doit être chenue pour plaire au Seigneur, et une vie sans tache lient lieu de vieillesse. Devant d'impudiques vieillards eudurcisdans une vie mauvaise, Jérémie n'a point tremblé; Daniel non plus n'a pas éprouvé de crainte : et tous deux étaient des enfants. Moi aussi, j'aurais raison d'appeler impudique celui qui souille l'honneur de l'Eglise et la pureté de la foi. Cet homme, c'est Pierre Abeilard qui, distinguant partout selon son caprice, discute sur la foi, sur les sacrements, sur le mystère de la sainte Trinité, autrement qu'on ne le lui a enseigné. Âpres avoir ébranle et troublé l'Eglise, il s'adresse maintenant à la Cour romaine, non pour guérir les blessures qu'il a faites , mais parce qu'il s'est laissé aller

à des paroles malicieuses pour trouver des excuses à ses péchés. Ceux qui se reconnaissent pour enfants de l'Eglise se lèveront courageusement pour la défendre.

LETTRE CCCXXXVL

(Écrite Paa 1140.)

A UN ABBÉ

Sur le même siyet.

A son trcs-cber frère et collègue, le frère Bernard, abbé de Clairvaux : le zèle de Dieu selon la science.

Il faut qu'il y ait des hérésies pour révéler ceux qui sont éprouvés. Que ceux qui sont au Seigneur s'unissent à lui, car Dieu mâme est en cause, la Vérité est en danger. On partage les vêtements du Christ, on divise les sacrements de l'Église. De la plante des pieds au sommet de la tête, les fidèles sont atteints par la contagion ; on se moque de leur simplicité ; le lion est prêt à s'élancer de sa tanière et à se dresser contre l'Église, comme le ravisseur des nations. Déjà Pierre Abeilard marche devant la face de l'Antéchrist, pour préparer les voies, et il s'exprime sur la foi, sur les sacrements, sur le Père, le Fils et le Saint-Esprit, autrement que la tradition que nous avons reçue. Il écrit, il enseigne, il discute pour pervertir ceux qui l'écoutent. Avec Arius, il place dans la Trinité une hiérarchie et des degrés; avec Pelage, il met le libre-arbitre au dessus de la grâce; avec Nestorius, il divise le Christ et exclut son humanité de la compagnie des trois Personnes divines. Mais en tout cala il se glorifie de s'être rattaché l'Église romaine, d'avoir mis ses livres dans les mains, fait pénétrer ses opinions dans le cœur des Romains, et il prend pour défendre son erreur ceux qui doivent le juger et le condamner. Si on ne ferme pas promptement cette bouche qui profère l'iniquité, que Dieu voie et juge. Le porteur des présentes vous expliquera le reste plus amplement.

* Pent-ètre à Tabbé Bernard dMtalie, qui, à ce moment, avait été envoyé k Rome par saint Bernard.

S. Bern. — TOMB II.

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