LIVRE DU PRÉCEPTE
qu'un autre abbé n'a pas succédé au premier. Je réponds que non. Et la raison est que le vœu que Ton fait dans TÉglise est bien autorisé par la présence de Tabbé, mais n'établit point sa durée sur la longueur de sa vie. C'est la vie de celui qui fait le vœu^ et non celle d'un autre qui détermine la durée de sa profession : et le religieux doit considérer que c'a été non-seulement le sentiment, mais encore Tordre exprès du législateur, lorsqu'il a dit : tf S'il arrive qu'il fasse autrement (il veut dire autrement qu'il a promis), qu'il sache qu'il sera condamné de Dieu dont il se moque ^ » Il dit encore, a que le novice ne pourra plus à l'avenir disposer de son corps ». Et ailleurs : a Qu'ils persévèrent dans le monastère jusqu'à la mort *». Ainsi, hors les cas que nous avons exceptés ci-dessus, que le moine sache qu'il ne lui est point permis de quitter de son propre mouvement le lieu de sa profession avant sa mort, sous quelque prétexte que ce soit: sinon il se rend coupable et se damne , et il viole la foi qu'il a donnée.
56. Vous allez encore plus loin, et vous demandez ce qu'il faudra faire, si ce religieux ne peut demeurer dans le monastère sans conserver dans son cœur une aversion secrète contre son abbé, parce que son élection n'a point été faite selon les règles, ni au gré des moines. Ceci me rappelle la réponse que les disciples firent autrefois à Notre - Seigneur dans l'Évangile, lorsqu'il leur parlait de la loi du mariage : S*il est ainsi, lui dirent-ils, t7 n'est point avantageux de se marier *. En effet, ce sont d'étranges peines de part et d'autre. Car si un homme retient une femme qu'il a en aversion, il n'est rien de plus insupportable : et s'il la quitte malgré elle, il n'est rien de plus contraire au christianisme. Hais ne se trouve-t-il pas dans une peine analogue celui qui ne peut ni quitter son monastère^ de peur de violer son vœu, ni y demeurer de peur d'y vivre dans une haine continuelle, et d'y périr misérablement ? Quel conseil puis -je donner à cet homme? Lui dirai-je de se retirer? Sa profession ne le lui permet pas. Lui dirai-je de demeurer ? cela n'est pas expédient, à cause de l'aversion qui le tourmente. Les deux choses donc que vous me proposez sont également fâcheuses et dangereuses; desorte que, quelle que soit ma réponse, elle ne vous sera point utile. Car vous voulez que je décide lequel est le plus assuré, ou qu'un moine demeure tou-
> Règle de saiat BenoU, LViii. — • /6ii/., prologue.. — "Maiili XI x; IG.
jours dans son monastère avec ce seminient d'aversion, sous la conduite d'un supérieur élu contre les formes, ou qu'il s'en aille en un autre monastère, afin d'y vivre dans un plus grand repos. Je ne trouve pas voti?e demande sensiblement différente de celle que me ferait un homme résolu à se donner la mort, en se . jetant dans le feu ou dans un précipice : quel genre demort lui conseillerais-je de préférence? Car, celui qui demeure dans la haine, est brûlé d'un feu qui le consume, et celui q^ui viole son vœu, se jette dans le précipice. Néanmoins, vous me donnez vous-mêmes le moyen de sortir de cette difficulté, en m'explîquant la manière dont vous entendez que l'élection de l'abbé n'a pas été faite selon la règle et en disant que vous parlez d'une élection, dont l'irrégularité est si obscure et si embarrassée, que bien que devant Dieu on n'en puisse pas douter, on ne saurait toutefois en convaincre les hommes. Ce qui me fait souvenir de cette sentence du Sage : Celui qui veut quitter son ami y cherche des prétextes *. Comment pouvez-vous dire qu'une élection n'est pas selon les règles, lorsqu'on ne peut ni la casser, ni la rejeter selon les règles? Nous lisons que ce qui ne se peut prouver» doit être tenu comme s'il n'avait pas été fait. Mais, dites-vous, qui pourra obéir à un homme qu'il sait être indigne de sa charge, quoique son incapacité ne soit pas manifeste ? Mes chers frères, vous ne pouvez ignorer ce que vous avez lu dans votre règle et dans celle de la vérité : las scribes et les pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : faites ce qu'ils vous disent^ mais ne faites^ pas ce qu'ils font *,