AU PAPE INNOCENT
Pour Aranlfe, éln évèqne de Lisienz K
A son très-tendre père et seigneur Innocent, par la grâce de Dieu Souverain-Pontife, Bernard, dit abbé de Clairvaux : le peu qu'il est.
1. Que Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, soit béni, pour avoir de nos jours conservé libre son Église, la chaste Épouse de son Fils, et pour l'avoir préservée de la douleur et de la persécution des méchants. Le^ schismes* se sont écroulés, les hérésies ont été réduites au silence ; on marche sur la tête deâ grands et des superbes. Durant le schisme, j'ai vu l'impie glorifié et élevé comme les cèdres dii Liban ; j'ai passé, et il n'était plus. Les erreurà d'un grand nombre d'hommes, ressuscitées, fourmillaient pendant cette hérésie, mais la bouche de ceux qui proféraient l'iniquité à été fermée. Le tyran de Sicile s'était * enorgueilli dans son cœur, et maintenant il est humilié sous la main puissante de Dieu. Aucun ennemi de quelque rang qu'il soit n'a été oublié, et par vous, le bras haut et puissant de Dieu a donné sur tous la victoire à l'Église.
2. Cependant il en reste un au troisième rang ; c'est le comte d'Anjou *, le fléau deS gens de bien, l'oppresseur de la paix et de la liberté de l'Église. 11 persécute l'Église de Lisieux, pour que celui qui en est le pasteur ne puisse pas pénétrer dans le bercail de sed brebis, sinon par une porte détournée. Mais ce qui est fait, ne peut pas ne pas l'être. Si cette affaire est étudiée avec prudence et soumise à un examen attentif, on voit que tout concourt vers une solution heureuse, et tend à la confirmation de ce qui s'est passé : la personne, la négociation, l'auteur de l'élection et celui qui la combat. La personne, c'est votre fils bien-aimé, en qui vous avez mis vos complaisances; la négociation, elle s'est accomplie
* Amnlfe, archidiacre de Sérz, fat élo, en 1141, an siège de Lisieux; c'était un homme instruit, auteur de plusieurs lettres remarquables ; Pierre le Vénérable écrivit lui-même à Innocent
u sujet de son élection. Liv. 4, let. 7.
* Ces schismes sont ceux d'Anaclet et de Victor; l'hérésie , celle de Pierre Abeilard.
* Roger.
^ Geoiïroy, snmommé Planlagenet, fils de Foulques, roi de Jémsalem, et père de Henri U, roi d'Angletenre.
dans toutes les règles et avec la liberté canonique ; lauteur de l'élection est une personne religieuse et craignant Dieu; celui qui la combat, est un bomme qui n'a pas pris Dieu pour auxiliaire, un adversaire de l'Église, un ennemi de la croix du Christ. Au surplus, en toutes choses, un excellent moyen de trancher le doute, c'est de considérer comme le meilleur parti celui qui plaît aux gens de bien et qui déplaît aux méchants. Mais le comte d'Anjou en a appelé au Siège apostolique? Pourquoi, je vous le demande? en quoi est-il lésé? Quelle nécessité l'y contraint 1 Ce n'est pas qu'il soit opprimé, c'est qu'il opprime; ce n'est pas pour remédier par l'appel à une injustice qu'il aurait reçue, mais pour empêcher ainsi la consécration de l'évêque élu.
I 3. Puisque la piété de celui qui a fait la promotion, l'amour que vous avez pour le candidat désigné, et la justice de sa cause concourent au même but, il est inutile et superflu de solliciter pour un homme en faveur duquel d'ailleurs sa propre humilité intercède. Cependant je parlerai à mon seigneur, quoique je ne sois que cendre et poussière. Serviteur de l'Épouse, je m'adresserai à l'ami de l'Époux. Puisse ma parole être agréable 1 L'Église, seigneur, vous a été confiée du lever du soleil à son coucher. Vous devez être pour elle un mur et un avant-mur qui la protège contre ses ennemis, ses persécuteurs : vous devez abriter ses fils à l'ombre de vos ailes. Accueillez l'évêque de Lisieux, comme un enfant que l'Église romaine a porté dans son sein ; renvoyez-le comblé de la douceur de vos bénédictions, pour que ses ennemis ne disent pas : Nous l'avons emporté sur lui. Père, ceignez votre glaive pour exalter votre fils, pour accabler ses ennemis, pour conserver la liberté de l'Église. Car nousne sommes pas les enfants de la servante, mais de la femme libre, en vertu de la liberté que le Christ nous adonnée.
LETTRE CCCXLIX.
(Écrite vere Tan 1141.)
AU MÊME
11 recommande au Pape un amù
A son très-tendre père et seigneur Innocent, par la grâce de Dieu Souverain Pontife, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : le peu qu'il est.
être seul à jouir de ce bien, je veux le partager avec mes amis. Je ne crains pas qu|il ne puisse suffire pour eux et pour moi. 11 est abondant, et je puis en faire part à beaucoup d'entre eux, sans me trouver pour cela dépouillé. Ce que j'ai reçu gratuitement, je le donnerai de même : votre libéralité me rend libéral avec votre bien. Le porteur des présentes est un homme recommandable, nous vous le recommandons. Il est, seigneur, l'ami des pauvres du Christ et le serviteur de vos serviteurs. S'il a quelque affaire devant Votre Excellence, écoutez-le, seigneur, avec votre bonté accoutumée. Faites cela pour nous, ou plutôt pour lui, car par lui-même il mérite d'être exaucé.
LETTRE CCCL,
(Ecrite Ters l'an 1141.
AU MÊME
Il lui demande pour un de aes parente n bénédiction.
Ce jeune homme qu'on dit plein de vaillance et de grandeur d'âme à la guerre, part pour Jérusalem, afin de servir la meilleure des causes. Sur ses sollicitations, votre serviteur vous demande, afin qu'il réussisse dans la bonne entreprise qu'il a commencée, de vouloir bien lui accorder vos encouragements, votre protection, vos prières, votre bénédiction. 11 est mon parent, et, selon l'avis du prophète, je n'ai pas dû mépriser mon propre sang *.
LETTRE CCCLI.
(Ecrite vers l'an 1141.)
AU MÊME
li Ini recommande quelques pawres.
Je vous écris souvent. Chaque jour vous recevez de moi des lettres ou des demandes, fe suis pressé de deux côtés, par la crainte d'être ingrat pour mes amis, ou par celle de vous être importun. L'afTection me pousse, la honte me retient, et ma réserve est presque un obstacle aux devoirs de la charité. Au tempsdela tribulation, l'Epouse du Christ n'a point où reposer sa tête^ elle n'a pas d'asile sinon auprès de l'ami de l'Epoux. Ceux que vous voyez sont des pauvres ; envoyés par des pauvres, ils ont traversé de nombreux périls
J'ai trouvé grftce à vos yeux ; je ne veux pas i isai. ltiii, 7,
sur terre et sur mer, pour se réfugier à Tombrc de vos ailes, sur la pierre de la foi catholique, dans le sein de votre charité apostolique. Affligés de beaucoup de maux, ils ont eu peu de soulagement dans la persécution et la douleur. Si vous observez les devoirs de votre apostolat, selon votre ancienne habitude, vous ne rejetterez pas la cause du pauvre, pour traiter avec honneur la personne de l'homme puissant. Nous vous prions pour eux, parce qu'ils sont nos frères, et qu'ils appartiennent à notre Ordre qui les envoie. Prêtez en toute justice une oreille charitable à leui*s demandes, par amour pour Celui qui ne méprise pas la prière du pauvre.
LETTRE CCCLIL
(Écrite Tan 1131.)
PRIVILÉ6B ACCORDÉ PAR LE PAPB INNOCENT A
JoDOcent accorde à saint Bernard et à Tordre de Clteanx les phu grands privilèges, à cause des illustres services rendus par saint Bernard an Siège apostolique.
Innocent^ évoque, serviteur des serviteurs de Dieu, à son cher fils Bernard, abbé de Clairvaux, et à tous ses successeurs régulièrement institués, à perpétuité, etc.
Les grands avantages qui sont revenus à l'Église de Dieu et à nous, témoignent, abbé Bernard, mon fils bien-aimé dans le Seigneur, de la constance ferme et persévérante avec laquelle votre piété prudente et votre zèle ont entrepris de défendre la cause du bienheureux Pierre et de lasainte Église romaine votre mère, lorsque le schisme de Pierre Léon s'est allumé : vous vous êtes mis en avant comme un mur inexpugnable, pour la défense delà mdson de Dieu ; et par l'abondance et par la solidité de vos arguments, vous vous êtes efforcé de ramener à l'unité de l'Église catholique et à l'obéissance envers le bienheureux Pierre et envers nous le cœur des rois et des princes, et celui d'un grand nombre de personnes, tant ecclésiastiques que séculières. C'est pourquoi, acquiesçant à vos justes désirs, nous étendons le patronage du Siège apostolique sur le monastère de la bienheureuse Vierge Marie, mère de Dieu, que vous gouvernez par l'ordre du Seigneur, et sur tous ceux qui s'y rattachent. Nous ordonnons que tous les biens et les poss^îons que l'on sait appartenir aujourd'hui justement et canoniquementàceniL»
nastère, ou qui, dans l'avenir, pourraient, avec l'aide de Dieu, lui être octroyés par la concession du Souverain-Pontife, par la libéralité des rois et des princes, par les offrandes des fidèles ou par tous autres modes légitimes, demeurent la propriété ferme et inaliénable de vous et de vos successeurs. Nous défendons atout évêque et à tout archevêque de vous contraindre de venir, vous ou vos successeurs ou quelque abbé de l'ordre de Citeaux, aux conciles et aux synodes, sinon dans l'intérêt de la foi. Comme le monastère de Citeaux est l'origine et le commencement de votre ordre, nous lui concédons à juste titre la prérogative suivante : s'il lui arrive de perdre son pasteur, qu'il choisisse librement, pour se mettre sous sa direction, entre tous les abbés de votre ordre ou parmi les religieux, celui qui lui plaira, et qu'il l'obtienne sans opposition: nousaccordons également à toutes les autres abbayes de votre ordre qui ont sous leur dépendance une ou plusieurs maisons sorties de 1 abondante fécondité de leur communauté, la libre faculté, quand leur abbé sera délivré de la vie, de choisir celui qu'elles voudront parmi les abbés qui leur sont soumis, ou parmi les religieux de la congrégation toute entière de Citeaux. Enfin, que les abbayes qui n'en ont pas d'autres sous leur dépendance, choisissent librement et obtiennent pour abbé le religieux qu'elles préféreront dans tous les monastères de l'ordre précité. Qu'aucun archevêque, ni évêque, ni abbé, n'ose sans votre agrément recevoir ni retenir après l'avoir reçu aucun de vos convers, après qu'il aura fait profession dans une de vos maisons, et bien qu'il ne soit pas moine. Que personne n'ose vous demander ni recevoir de vous la dîme des biens que vous et les frères de toute votre congrégation cultivez de vos mains et à vos frais, ni la dtme des animaux que vous possédez. Ainsi que personne etc.... Que la paix de Notre Seigneur Jésus-Christ soit avec ceux qui conserveront à ce monastère ses droits : qu'ils reçoivent le fruit de leurs bonnes actions et obtiennent du Juge sévère la paix éternelle en récompense. Ainsi soit-il.
Innocent, évêque de l'Église catholique.
Mathieu, évêque d'Albano.
Romain, cardinal-diacrede Sainte-Marie du Portique.
Jean, cardinal-prêtre dutitre de Saint- Chrysogone.
Crrgoire, cardinal du litre de Saint- .Scrge et de Saint Bacchus.
Donné à Lyon, par la main d'Haimeric, cardinal - diacre et chancelier de la sainte Église romaine, le 13 des calendes de mars, la dixième indiction,ran H3i de Tlncarnation du Seigneur, la troisième année du pontificat du seigneur Pape Innocent II
LETTRE CCCLIII.
(Écrite ven ranii4l.)
A OUILLADIIB, AMUÈ DE miSYAL.
Il loi cooMtile de supporter avec résignition l'erdioatieB illégitioM de Tafcbevèque d*York.
A son cher frère et collègue Guillaume^ abbé de Rieval, le frère Bernard, de Olairvaux ; Tesprit de conseil et de force.
J'ai appris ce qu'on a fait de cet archevêque, et j'en suis très-affligé ; aussi connaissant votre zèle, craignant qu'il nes'emporte au delà d'une juste limite et qu'il ne se soumette pas au frein de la sagesse, ce qui ne serait ni convenable pour notre ordre, ni avantageux à votre maison^ j'ai cru ))on de vous écrire une lettre de consolation ; car il faut supporter avec assez de patience les événements, surtout quand notre conscience ne nous reproche rien. Je le dis en toute assurance, vous n'êtes point en faute et cette iniquité ne retombe pas sur vous. Vous avez résisté autant que vous l'avez pu ; selon la parole de saint Augustin, vous n'êtes pas souillé par le mal d'autrui, puisque votre cœur n'y a pas consenti et que vos lèvres l'ont condamné. Ce Pèredit en effet : «Le mal d'autrui ne te souillera pas, à deux conditions : si tu n'y consens pas, et que tu le condamnes ^ » Pour le reste, soyez tranquille et ne vous troublez pas. Quantauxordinationsetauxautres sacrements, sachez que celui qui baptise, c'est-à-dire Jésus- Christ Notre Seigneur, le pontife de nos âmes, est aussi celui qui consacre. Que si vous avez des doutes au sujet de l'ordination, personne ne vous force à la recevoir. Cependant je vous le dis en toute assurance, en la recevant avec TÉglise on ne court aucun danger. Autrement nous devrions sortir de ce monde, si nous voulions éviter tous les méchants que l'Église tolère. Au surplus, l'affaire ne tardera pas longtemps à être connue du Souverain-Pontife :
vous pourrez suivre et garder en toute sûreté de conscience ce qu'il réglera et ordonnera ; d'ici-là attendez avec patience.
LETTRE CCCLIV.
(Ecrite Tan il42.)
A ViUSHIBB, RBINE DE liRUSALBM, FILM DU ROI BAUDOUIN ET ÉPOUSB DE FOULQUES.
Comment elle doit sa eoidmre «prèB la mort de Foolqnei son
Duri.
A Mélisende, très-auguste reine de Jérusalem, Bernard, abbé de Glairvaux : qu'elle trouve grâce devant le Seigneur.
Si je n'avais considéré en vous que la gloire de votre royaume, votre puissance et la noblesse de votre origine, il semble qu'il eût été peu convenable à moi de vous écrire au milieu des soucis et des affaires de votre cour. Tous ces biens ont beaucoup d'apparence aux yeux des hommes; ceux qui ne les ont pas les envient à ceux qui les possèdent, et on appelle heureux l'homme qui en jouit. Mais quel bonheur y-a-t-il à posséder ces choses qui sèchent aussi promptement que le foin, et se fanent comme Therbe des champs? Ce sont des biens, mais ils sont mobiles, changeants, passagers, périssables, parce que ce sont des biens de la chair. Or il a été dit d'elle et de ses biens : ToiUe chair est de l'herbe^ et toute gloire de la chair est comme la fleur de Vherbe *. En vous écrivant, je n'ai donc pas eu à redouter ces choses qui n'ont qu'une grâce trompeuse et une beauté vaine. Ecoutez les quelques paroles que je vous adresse. Quoique j'aie beaucoup à vous dire, j abrégerai cependant l'entretien à cause de la multitude de vos occupations et des des miennes. Recevez ce conseil court, mais salutaire, venu d'une terre lointaine, et que, semblable à une petite graine, il produise dans l'avenir une abondante moisson de fruits; .recevez, vousdis«je, ceconseildelamaind'un ami qui ne recherche pas son propre intérêt, mais votre gloire. Personne, en effet, ne peut être pour vous un conseiller plus Adèle que celui qui aime votre personne et non pas vos hiens. Aujourd'hui, que le roi votre époux est mort et que le jeune prince n^est point encore
t s. Ang., senn. 8S, cbap. 18.
A baio XL, 6«
capable de porter les affaires du royaume et de rempUr les besoins de la royauté, tous les regards sont tournés vers tous et le poids tout entier de l'État repose sur vous seule. Il est nécessairequevous mettiez la main aux choses difficiles, que yous montriez dans une femme le courage d'un homme, en faisant avec un esprit de conseil et de force tout ce qui doit être fait. 11 faut que vous disposiez toutes choses avec tant de prudence et de modération, que ceux qui vous verront vous prennent à vos œuvres plutôt pour un roi que pour une reine; de crainte que l'on ne vienne dire parmi les nations, où est donc le roi de Jérusalem ? Mais je ne suis pas, direz- vous, en état de remplir cette mission, car ce sont là de grandes choses qui sont au-dessus de mes forces et de ma science. Ce sont là les œuvres d'un homme; or je ne suis qu'une femme, faible de corps, mobile de caractère, manquant de prévoyance dans le conseil, et d'habitude des affaires. Je sais, ma ûUe, oui, je sais que ce sont de grandes choses ; mais je sais aussi que si les soulèvements de la mer sont admirables, le Seigneur dans les cieux l'est plus encore. Ce sont de grandes choses, mais Notre Seigneur est grand, et grande est sa puissance.
LETTRE CCCLV.
(Ecrite len l'an 1142.)
A lA VÉHE MIKB M JÉRUSALEM.
n loi reeomnuuide des religieux de Prémontré qui vont à Mmaleof},
Vous voyez quelle confiance j'ai en vous, puisque j'ose encore vous recommander les autres, quoique peut-être la recommandation que je vous adresse en faveur de ces religieux de Prémontré soit plus inutile que téméraire, car ils sont par eux-mêmes si recommandables qu'ils n'ont pas besoind'autrui. Vous trouverez en eux, si je né me trompe, des hommes de conseil, d'un esprit fervent, patients dans l'épreuve, puissants en œuvres et en paroles. Ils se sont revêtus de l'armure de Dieu, ils ont ceint le glaive de l'esprit qui est la parole divine, pour combattre, non contre la chair et le sang, mais contre les esprits de malice qui sont dans l'air. Recevez-les comme des guerriers pacifiques, doux aux hommes, ardents contre les démons, ou plutôt recevez en eux le Christ qui est la cause de leur voyage
LETTRE CCCLVI.
^Ecrite Pan 1141.)
A MALACHIE, ARCHEVÊQUE D'iatANDB.
11 lui renvoie ses religieux et s'excuse de ce qu'ils ne sont point encore assez instruits et formés.
A Malachie^ par la grâce de Dieu évêque et légat du Siège apostolique, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : ce que peuvent la prière d'un pécheur et le dévouemenl d*uQ pauvre.
Nous avons exécuté les ordres de Votre Sainteté, sinon comme nous l'aurions dû^ au moins comme nous Tavons pu en raison des cir* constances. Le mal est si grand partout chez nous, qu'à peine avons-nous pu faire le peu que nous avons fait. Nous vous envoyons ce peu de semence que vous voyez, aûn d'ensemencer au moins une petite partie du champ dans lequel le véritable Isaac était allé autrefois méditer, quand Rehecca lui fut amenée pour la première fois par le serviteur d'Abraham, afin qu'il s'unit heureusement à elle par un mariage indissoluble ^ 11 ne faut pas mépriser cette semence qui nous fait voir aujourd'hui l'accomplissement dans votre patrie de cette parole : Si le Seigneur des armées ne nous avait pas réservé quelqu'un de notre race, nous aurions été comme Sodâme et nous serions devenus semblables à Gomorrhe *. J'ai semé ; à vous d'arroser^ et Dieu donnera la croissance. Nous saluons par votre entremise tous les saints qui sont auprès de vous et nous nous recommandons humblement à vos saintes prières et aux leurs. Adieu.
LETTRE CCCLVll.
(Ecrite Tan 1142.)
AD MÊME
Il lui demande une afTection fidèle pu plutôt toujours croissante, et il le prie de la manifester en donnant ses soins et son assistance aux religieux qu'il lui a envoyés.
A son très-tendre père et très-révérend seigneur Malachie, par la grâce de Dieu évèque et légat du SaiDt Siège apostolique, le serviteur de Sa Sainteté, le frère Bernard, dit abbé de Clairvaux : le salut et ses très-humbles prières.
i . Qu'il est doux à mes lèvres de répéter vos paroles, mon seigneur et père ; s'il y a en
* Gen. XXIV . — « Isaïe i, 9,
mon cœur quelque affeclion, quelque dévouement et quelque zèle, votre charité bienaimée attire tout à elle. II n'y a pas besoin de beaucoup de paroles, quand l'amitié est vive. L'esprit de Dieu qui est en vous rend au vôtre ce témoignage, j'en suis sûr, que le peu que nous sommes est à vous. Vous non plus, trè&tendre et bien-aimé père, n'abandonnez pas à l'oubli une pauvre âme que les liens de la charité vous attachent, n'oubliez pas à jamais votre pauvre ami. Nous ne nous recommandons pas à vous comme pour une première fois; car depuis longtemps déjà nous nous glorifions dans le Seigneur que notre bassesse ait pu trouver grâce aux yeux de Votre Sainteté. Mais nous vous prions, pour que cette amitié qui n'est plus nouvelle, reçoive chaque jour de nouveaux accroissements. Nous vous recommandons nos fils ou plutôt les vôtres, avec d'autant plus d'instance qu'ils sont plus éloignés de nous. Vous savez qu'après Dieu toute notre confiance a été de vous les envoyer, parce qu'il ne nous semblait pas permis de ne pas nous rendre aux prières de Votre Sainteté. Embrassez-les et réchauffez-les dans les entrailles de votre charité d'une manière digne de vous. Qu'en aucune circonstance votre sollicitude et votre vigilance pour eux ne s'attiédissent ; ne laissez pas périr ce que votre main a planté.
2. Déjà nous avons appris par votre lettre et par le rapport de nos frères que la maison réussit heureusement : les biens temporels comme les biens spirituelss'y multiplient. Nous nous en félicitons vivement, et nous en rendons grâces de tout notre cœur à Dieu et à votre sollicitude paternelle. Mais comme il faut encore beaucoup de vigilance dans un monastère nouveau et sur une terre qui n'a point l'habitude, ou plutôt qui manque entièrement de l'expérience de la règle monastique, nous vous supplions au nom du Seigneur de ne pas ralentir votre main, mais d'achever heureusement ce que vous avez bien commencé. J'aurais vu avec plaisir que ceux de nos frères qui sont revenus de cette maison y fussent restés. Mais peut-être les mœurs moins réglées des moines de ce pays leur ont-elles fourni quelque prétexte pour revenir, d'autant plus que ces derniers acquiesçaient moins facilement à leurs conseils en des matières dont il n'avaient jusque-là aucune expérience.
3. Nous vous avons renvoyé Chrétien, notre très-cher fils et le vôtre ; nous l'avons instruit autant que possible des choses qui concernent
Tordre, et nous espérons qu'il sera désormais plus soigneux d'en observer les règlements. Ne vous étonnez pas que nous ne lui ayons pas adjoint plus de religieux ; nous n'en avons pas trouvé de capables qui consentissent facilement à partir, et nous n'avons pas cru devoir les y contraindre. Notre bien-aimé frère Robert * a cédé cette fois encore à nos prières comme un fils de l'obéissance. A vous de l'aider pour que votre maison puisse désormais s'améliorer au point de vue des bâtiments et de ses autres besoins. Nous conseillons aussi à Votre Paternité de décider les personnes religieuses, dont vous espéreriez quelque avantage pour le monastère , à entrer dans l'ordre ; on vous écoutera facilement, et ce sera très-utile pour votre maison. Que Votre Sainteté soit heureuse et sesouviennctoujoursdenousen Jésus-Christ.