CHAPITRE XII
PAR SON COURAGE ET SA GOHFIANCB EN DIEU, IL APAISE ET SE CONCILIE SES ENNEMIS ET SES ENVIEUX ARMÉS CONTRE LUI.
24. 1^ trente-nuitième année de son âge/ l'humble Malachie, après l'expulsion de l'usurpateur, entra à Armagh, évêqueet métropolitain de toute l'Irlande. Le roi et ceux qui l'avaient intronisé étant retournés à leurs affaires, il reste seul dans la main de Dieu, avec des luttes au dehors, et des craintes au dedans. Car cette race de vipères, frémissante et furieuse de se voir déshéritée, se soulève de toutes parts contre le Seigneur et son Christ. Nigellus voyant sa fuite inévitable, avait emporté avec lui quelques insignes du siège, à savoir le texte des Évangiles qui avait appartenu à saint Patrice, et le bâton couvert d'or, orné de pierres très-précieuses, qu'on appelle le bâton 'de Jésus, parce que Notre-^eigneur lui-même, dit-on, l'aurait tenu et même façonné de ses mains. Ces objets sont chez cette nation, d'un prix infini, et on les entoure d'une
* Eccli., XXV, 21. — «Exod., x, 23. — «Ui Rois, xyiii, 45. — MV Rois, 1, 10.
SUR LA VIE ET LES ACTIONS DE SAINT MALACHIE
grande yénération. Ils sont si connus et si honorés, que celui qui les a, est regardé comme évêque, par un peuple insensé. Ce vagabond, cet autre Satan, s'en allait donc par tout le pays, et le parcourait en tout sens, avec ces insignes sacrés. En les montrant, il était, gï*âce à eux, accueilli partout; il se gagnait ainsi les esprits, et il éloignait de Malachie ceux qu'iJ pouvait séduire. Telle était sa conduite. 25. Mais il y avait un personnage important, un des membres les plus puissants de cette méchante famille, à qui le roi, avant de quitter Armagh, avait fait jurer de vivre en paix avec révêque ; il en avait même exigé de nombreux otages. Après le départ du roi, cet homme pénétra dans la ville, tint conseil avec ses proches et ses amis sur les moyens de surprendre le Saint et de le tuer. Mais tous redoutaient le peuple. Ils jurèrent la mort de Malachie, fixèrent le lieu et le jour, et le traître leur donna un signal. Ce jour-là même, pendant que le Pontife célébrait solennellement dans l'église l'office du soir, avec tout son clergé et un peuple nombreux, le scélérat lui fit porter des paroles perfidement pacifiques, le priant de daigner descendre jusqu'à lui, pour faire la paix. Les assistants répondent que c'est plutôt à lui de venir vers l'évêque, que l'église est le lieu le plus convenable pour conclure la paix ; ils soupçonnaient un piège. Les envoyés du traître répliquent que cette démarche n'jBst pas sûre pour lui ; qu'il craint pour sa tête ; qu'il se défie de la foule qui, les jours précédents, avait failli se faire tuer pour l'évêque. Pendant qu'on discute ainsi, les uns pour que Malachie aille, les autres, pour qu'il n'aille pas au lieu où on l'appelle, l'évêque, désireux de la paix, et peu intimidé par la crainte de la mort : « Laissez* «moi, dit-il, mes frères, imiter mon Maître. «' Je ne suis pas chrétien si je ne marche pas a sur les traces du Christ. Peut-être que mon «humilité fléchira ce tyran; sinon, je suis «' encore vainqueur, en rendant, pasteur à ma a brebis,prêtreàun laïque,ce qu'il me doitluia' même. Je vous édifie en même temps par cet a- exemple. Et quand je serais tué ? Je ne refuse a pas de mourir, pour que vous receviez de r moi un modèle de vie. Le Prince des « évêques l'a dit: Un évêque ne doit pas <r dominer sur l'héritage du Seigneur, mais fi être l'exemple de son troupeau • ; l'exemple a donné par celui qui s'est abaissé et s'est é rendu obéissant jusqu'à la mortde la croix.
» Pierre, v, 3.
S. BtRN. — TOM. II.
a Qui me donnera de laisser à mes fils ce « modèle signé de mon sang? Vous verrez si « votre évêque a assez appris de Jésus-Christ a. a ne pas craindre la mort pour Jésus-Christ. » Et se levant, il se mit en route, tous pleurant et le suppliant de ne pas souhaiter mourir pour le Christ, jusqu'à abandonner un troupeau du Christ si considérable.
S6. Mais lui, mettant en Dieu toute sa confiance, s'en allait hardiment, accompagné seulement de trois disciples prêts à mourir avec lui. Ayant franchi le seuil de la maison, il se ti*ouva tout-à-coup au milieu de gens armés, n'ayant lui-même d'autre armeque le bouclier de la foi. Tous les visages pâlirent, car la crainte s'était emparée de tout le monde, en sorte que l'Évêque eût pu dire : Le$ ennemis qui m'attaquent ont été sans force et ils sont dans rabattement *. Et cela était vrai. Vous eussiez vu la victime debout, et, autour d'elle, les bourreaux le fer à la main ; et pas un n'osait l'immoler. Vous eussiez dit que tous les bras étaient frappés d'immobilité. Personne n'étendit la main. Le chef du complot lui même, se leva plutôt devant l'évêque, que contre lui. 0 homme où est donc ce signal que vous aviez donné pour prendre le Pontife? C'est plutôt une marque d'honneur qu'un signe fatal, une déférence plutôt qu'une attaque. 0 prodige 1 ceux qui avaient préparé la mort offrent la paix. Il n'a pas de raison de la refuser, celui qui est venu la chercher au péril de sa vie. Elle fut donc conclue cette paix, et si solidement, que dès ce jour, l'évêque trouva son ennemi non-seulement calmé, mais soumis et dévoué. A cette nouvelle, tous les fidèles furent dans la joie, non seulement parce qu'un sang innocent avait été épargné, mais encore parce que beaucoup d'âmes coupables avaient été sauvées par les mérites de Malachie. De toute part on fut saisi d'étonnement en apprenant comment une vertu subite et divine avait terrassé deux ennemis du Saint, les plus violents et les plus forts de leur famille ; je veux parler de celui-ci et de celui dont il a été parlé plus haut. L'un était châtié en son corps d'une façon terrible ; l'autre miséricordieusement changé en son cœur, et tous deux admirablement pris dans leurs propres pièges.
27. Ce débat ainsi terminé, l'évêque commença à jouir dans la cité, d'une pleine liberté, et à régler tout ce qui appartenait à son ministère, sans cesser pourtant d'être toujours en danger pour sa vie. On ne l'attaquait plu{
^ Ps. ZXVI« 2.
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ouvertement; mais ni lieu, ni temps n'étaient parfaitement sûrs pour Tévêque. On lui donna des gens armés pour le garder nuit et jour; mais il avait bien plus de confiance dans le Seigneur. Il fut résolu qu'on poursuivrait le schismatique Maurice, parce qu'avec tous les insignes qu'il promenait partout, il séduisait un grand nombre d'esprits, à qui il persuadait qu'il devait être évéque : il soulevait ainsi les peuples, et contre Malaciiie et contre l'unité de l'Église. C'est ce qui eut lieu. Et sans difficulté, et en peu de temps, Malaciiie lui ferma si bien tous les chemins, par une grâce qu'il tenait de Dieu, et qui lui (ionnaii empire sur tous les cœurs, que le méchant fut contraint de céder, de rendre les insignes et de resler désormais tranquille et soumis. Ainsi Malacbie,au prix, il est vrai, de périls et de labeurs nombreux, prospérait chaque jour davantage, se fortifiait de plus en plus, riche d'espérance et de la vertu de l'Esprit-Saint.