‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 347 sur 385 · SES VERTUS REMARQUABLES ET SES MOEURS VRAIMENT DIGNES D'UN ÉVÊQUE · texte numérisé non relu

SES VERTUS REMARQUABLES ET SES MOEURS VRAIMENT DIGNES D'UN ÉVÊQUE

43. A mon sens, le premier et le plus grand miracle qu'i* a fait c'est lui-même. Je ne parle pas de rhomine intérieur, dont la beauté, la force, la pureté sont as?ez attestées par ses mœurs et sa vie. Son extérieur était toujours réglé avec tantde modestie et de décence, qu'on ne voyait en lui rien qui pût oITenser les regards. Celui qui ne pcche pas en parole est un homme parfait ^ Oui donc observant Malachie , même avec curiosité , a surpris en lui, je ne dis pas une parole, mais seulement un geste oiseux? Qui Ta vu remuer le pied où la main sans but? Démarche, physionomie, attitude, regard,tf ut n'était-il pas édification? Jamais la tristesse ne voila la sérénité de son visage, ni le rire n'y mit un air de légèreté. Tout en lui était réglé, tout trahissa t la vertu et indiquait la perfection. 11 était sérieux sans austér<té, gai sans dissipation \ il ne négligeait rien, bien qu'il sût à l'occasion paraître ne pas voir. Toujours paisible, il n'ébit cependant jamais oisif. Du premier jour de sa conversion jusqu'à sa mort, il vécut sans rien posséder en propre. 11 n'eût, même durant son épiscopat, ni serviteurs, ni servantes, ni terres, ni villages, ni revenus ecclésiasli(|ues ou séculiers. Rien n'avait été assigné ou fixé à titre de mense épiscopale, pour la subsistance de i'évêque. Il n'avait pas même de maison à lui. Il était presque constamment en voyage à travers tout s les paroisses, appliqué à prêcher l'Évangile, et vivant de l'Évangile, selon cette prescription du Seigneur: L ouvrier est digne de son salaire '. Plus souvent cependant, il donnait l'Évangile gratuitement et il lirait de son travail et de celui de ses disciples les ressources nécessaires à leur entretien et au sien, dans leur commun ministère. Avait-il besoin de repos, il leprenaitdans les saints lieux qu'il avait établis par toute l'Irlande, et il se conformait aux habitudes et aux observances des religieux, chez lesquels il s'arrêtait, se contentant de la vie et de la table communes. Rien dans la nourriture,rien dans l'habit, ne distinguait Malachie du reste des frères, si ce n'est que plus élevé en dignité, il s'humiliait davantage.

* 44. Lorsqu'il allait prêcher, il marchait à pied, comme ses compagnons, tout évêque et légat qu'il était ; façon vraiment apostolique ,

* Jacq., 111,2, — • Luc. x, 7.

SUR LA VIE ET LES ACTIONS DE SAINT MALACHIE

d^autent plus admirable en Malachie, qu'elle eM plus rare chez lesautrcs. Ouï, c'estun véritable héritier des Apôtres celui qui agit de la sorte. Et remarquez quelle part il se réserve daus cet bcrita^çe, part bien difTérente de celle de ses frères issus aussi des Apôtres. Us exercent sur le clergé une domination hautaine; lui, libre de tout lien, se fait le serviteur de tous. Ils mangent, sans songer à prêcher rÉvangile, ils ne le prêchent que pour avoir de quoi manger; imitateur de saint Paul, Malachie ne mange qu'afln d'évangéliser. Ils ne voient dans la piété que faste et trafic ; Malachie ne cherche dans cet héritage que travail et fatigue. Ils mettent leur bonheur à élargir les limites de leurs propriétés; Malachie met sa gloire à dilater sa charité. Ils emplissent leurs greniers et leurs celliers, pour charger leurs tables ; Malachie rassemble, dans la solitude et le désert, de quoi remplir le ciel. Ils prennent les dîmes, les prémices, les offrandes, puis, par une concession de César, les impôts, les tributs, des revenus sans fin, et ils sont encore inquiets de savoir ce qu'ils mangeront, ou boiront. Malachie n'a rien de tout cela ; et pourtant il enrichit des multitudes des trésors de sa foi. Leur cupidité et leur sollicitude ne connaissent pas de bornes ; Malachie est sans désir, il ne sait pas s'inquiéter du lendemain. Us tirent des pauvres pour donner aux riches; lui presse les riches de venir en aide aux pauvres. Ils épuisent la bourse de leurs subordonnes, et lui, pour expier leurs péchés, charge les autels de ses VŒUX et de ses hosties pacifiques. Ils élèvent des palais, des tours, des murailles qui montent jusqu'au ciel, et Malachie, qui n'a pas où reposer la tête, est sans cesse appliqué à l'œuvre évangélique. On les voit montés sur des chevaux, entourés d'une troupe de gens qui mangent, sans travailler, un pain qui n'est pas à eux; et Malachie, environné du collège de ses frères, parcourt le pays à pied, portant le Pain des anges destiné à rassasier les âmes atTamées. C'est à peine s'ils connaissent leurs peu|)les; lui les instruit. Ils honorent les grands et les tyrans ; lui les punit. 0 homme apostolique , qu'ennoblissent tant et de si grands prodiges, signes de votre apostolat I Faut-il s'étonner qu'il ait fait des merveilles, lui qui était une merveille lui-même? Ou plutôt c'est Dieu qui était admirable en lui, car il est dit : 0 Uieuj cest vous qui opérez des miracles *.

1 Pi. lxxvi, 15.

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