‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 351 sur 385 · GUÉRISONS DIVERSES · texte numérisé non relu

GUÉRISONS DIVERSES

49. Le comte Diarmitius était couché depuis longtemps ; le Saint le reprit sévèrement d'être un méchant homme, esclave de sa gourmandise et de son ventre ; il l'aspergea d'eau bénite, et le fit lever sur le champ, si bien guéri, qu'il monta à cheval sur l'heure, à son grand étonnement et à celui des siens. A Cashel, un homme se présenta à lui avec son fils paralytique, lui demandant de le guérir; Malachie, après une courte prière : « Allez, dit-il, votre (( fils sera guéri d . Cet homme s'éloigne, et le lendemain, il revient avec sou fils qui n'était pas mieux. Malachie se lève, et se tenant debout, prie longtemps sur le malade qui se trouva guéri. Lé Saint, se tournant vers le père : a Offrez le à Dieu » , lui dit-il. Cet homme y consentit, mais ne tint pas à sa parole; quelques années après^ le jeune homme retomba dans le même état, sans doute à cause de la désobéissance du père, et de la violation du pacte juré. Un autre homme vint de loin trouver notre Saint sur les confins de la province de Munster, lui apportant son fils privé totalement de l'usage de ses pieds. L'Évêque s'in formant de la façon dont cet accident était arrivé: « Je soupçonne, dit le père, que c'est par a la malice du démon )> . Et il ajouta : «Pendant «quel'enfantjouaitdans une prairie, le démon, «je crois, lui a envoyé un sommeil; et à son « rêveill'enfant s est trouvé en cet état» . xVccs mois, le père joint rux prières ses larmes, et

supplie le Saint de l'aider. Malachie en eut pitié, et fit dormir l'enfant à terre. Il s'endormit, en effet, et se réveilla guéri. Comme il était venu de loin, Malachie le garda quelque temps à sa suite, et cet enfant l'accompagnait.

50. Au monastère de Benchor, un pau^e vivait des aumônes des frères. Il recevait chaque jour une pièce de monnaie pour les services qu'il rendait à la boulangerie. Il boitait depuis douze ans, rampant sur les mains, et traînant derrière lui ses pieds morts. Malachie le trouva un jour près de sa cellule, triste et affiigé ; il lui en demanda la cause: a Vous voyez bien, a répondit-il, comme depuis longtemps je suis a malheureux et comme la main de Dieu est «sur moi, et voilà que, pour comble de misère, « ceux qui devraient avoir pitié de moi me « raillent et me reprochent mon infirmité » . Malachie, l'ayant écouté, fut ému ; il leva les yeux et les mains au ciel ; puis, après une courte prière il entra dans sa cellule, et le boiteux se redressa. Debout sur ses jambes, il était saisi d'admiration et se demandait s'il était vraiment guéri, ou s'il était le jouet d'un songe. Cependant il se mit à se mouvoir doucement ; car il ne croyait pas encore pouvoir marcher. Enfin, comme s'il s'éveillait, il reconnaît la miséricorde de Dieu sur lui ; il marche avec assurance, retourne à la boulangerie, en sautant et en louant Dieu. A cette vue, ceux qui l'avaient connu dans son état précédent, sont remplis d'admiration et de stupeur ; ils croient apercevoir un fantôme. Malachie guérit encore, par ses prières, un hydropique, qui resta dans le monastère, en qualité de berger.

51. Une ville d'Irlande nommée Corcagia^ n'avait plus d'évéque. On procéda à une élection ; les partis étaient, comme toujours, en désaccord, parce qu'ils voulaient plutôt un évêqueàeux que l'évêque de Dieu. Malachie, ayant ouï parler de ce désaccord, se rendit sur les lieux, et ayant convoqué le clergé et le peuple il s'efforça d'unir les cœurs et les pensées. Il leur persuada de lui abandonner le soin de cette affaire, puisqu'il avait la sollicitude de cette Église aussi bien que de toutes celles d'Irlande, et aussitôt il leur nomme non un noble du pays, mais un homme pauvre qu'il savait être docte et saint; c'était un étranger. On le cherche ; on dit qu'il est au lit, et si débile, qu'il ne peut sortir de chez lui que porté par les mains de ceux qui le servent. Mais Malachie : « Qu'il se lève, dit-il, au nom

» Cork.

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« du Seigneur, je le lui ordonne : Tobéissance ce le sauvera.B Que pouvait faire cet homme? II Toulait bien obéir, maisa il s'en sentait incapable; et s'il pouvait sortir, il redoutait l'épiscopat. Ainsi son désir d'obéir trouvait un double obstacle et dans sa langueur, et dans la crainte des honneurs. Toutefois, ce désir aidé de l'espérance du salut rcm|>orte. 11 fait des efforts, il s*é*>ranle; il essaie sjs forces, et il s'en trouve d'inaccoutumées ; sa fol croit aussi avec ses forces, et son énergie réagit sur elles. Déjà il est capable de se lever seul, de marcher un peu mieux; déjà il ne sent plus de langueur en marchant; enfin complètement délivré, il arrive, sans aucun aide jusqu'à Malachie, qui le prend, et le fait asseoir sur la chaire épiscopale, aux applaudissements du clergé et du peuple. Tout ceci se passa dans un caîme parfait: le clergé et le peuple n'osèrent pas s'opposer à la volonté de Malachie, à la vue du prodige qu'il venait de faire, et l'élu obéit sans hésiter; une preuve si évidente l'avait assuré de la volonté du Seigneur.

52. Une femme souffrait dune perte de sang; elle était noble et chère à Malachie, plus pour la distinction de sa vie, que pour l'illustration de sa famille. Epuisée, perdant toutes ses forces avec son sang, et réduite à l'extrémité, elle envoya vers l'homme de Dieu, afin qu'il vint en aide à son âme, seul service qu'il pût lui rendre, puisqu'il nedevait plus la voir corporellemeiit. A cette nouvelle, Malachie fut contristé, car c'était une femme de vertu, et sa vie était précieuse par les œuvres qu'elle faisait et les exemples qu'elle donnait. Voyant qu'il n'arriverait pas à temps, il ap|)eile Malch qui était jeune et alerte (c'est lui dont nous avons parlé plus haut * ; il était frère de l'abbé Chrétien). aHàte-toi, lui dit le Saint, porte-lui dces trois pommes sur lesquelles j'ai invoqué <f le nom du Seigneur; j'ai la confiance que si (( elle en goûte, elle ne mourra pas, sans nous «avoir vu, encore que nous arrivions un n peu tard ». Malch se hâte, conformément à l'ordre qu'il a reçu ; il entre chez la mourante, et comme un autre serviteur d'Elisée *, avec cette différence que sa mission fut plus efficace, il lui ordonne de prendre les fruits bénis et envoyés par Malachie, et d'y goûter, comme elle pourra. Cette femme toute réjouie au nom de Malachie, fait signe qu'elle veut se relever un peu, pour obéir; elle ne pouvait parler. On la soulève; elle goûte les fruits, elle se trouve

No 39. — « IV Rois, IV, 29.

fortifiée, elle parle et rend grâces. Dieu lui envoie un doux sommeil, bit nfait dentelle était depuis longtemps privée ainsi que de Tusage de la nourriture. Cependant le sang s'était arrêté ; peu après elle se réveilla, et se trouva guérie, ne sentant plus q le la faiblesse suite d'une longue abstinence, et d'une perte coasidcrahle de sang. La visite tant désirée de Malachie et qui eut lieu le jour suivant, ainsi que sa vue achevèrent de rétablir la malade.

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