‹ Œuvres de Saint BernardChapitre 55 sur 385 · AU PAPE ITVNOGEIÏT IT · texte numérisé non relu

AU PAPE ITVNOGEIÏT IT

Nomnié juge par fe Souverain Pontife pour trancher le diffé* rend qni s'était élevé entre les deux prétendants à Tarcbevèché de Toors, il déclare que Télection de Philippe est nuUe.

Pour décider le litige de Tours, Vénérable Père, nous nous sommes réunis à Blois, parce que ce lieu devait, par sa proximité et par sa sécurité, convenir aux deux partis. Là, les opposants à l'élection de Philippe^ élevèrent contre cette élection de nombreux griefs, que nous omettons pour être bref : les deux principales objections qu'ils firent sont qu'il n'avait pas l'âge, et que ni la qualité ni le nombre desélecteurs qui l'avaient nommé n'étaient suf< fisauts. Les personnages les plus considérables de l'Église se trouvaient en effet absents à ce moment, chassés qu'ils avaient été de l'église et même de leurs propres demeures : c'étaient tous les archidiacres, le doyen et le chantre, tous les prêtres de cette église, et une multitude de clercs de divers ordres. C'est pourquoi ces personnes prétendaient que l'élection

1 Ce Philippe fot le neveu de Gilbert, prédécessenr de Htldebert, et, comme le dit saint Bernard, l'héritier de son ambition. Le livre des Actes des évèques du Mans s'exprime ainsi à ce sujet : « A la mort de Hildebert, les chanoines de cette Église furent expulsés de leur siège par la violence du comte Geoffroy. Comme ils devaient procéder à Téleclion canonique d'un évéque, ils se divisèrent en deux partis. Les uns élurent, contrairement aux saints canons et malgré les réclamations des autres, «n nommé Philippe. Celui-ci. n'entrant pas dans le bercail par la porte des brebis, mais par une porte dérobée, alla trouver son protecteur Pierre de Léon, le premier-né de Satan, en reçut nne confirmation plus honteuse qu'honorable, plus maudite que bénie, plus sacrilège que sainte, puis il revint en toute hAle et occupa le âége de Tours. Pendant ce temps, Hugues, homme noble et sage, avait été canoniquemenl élu par la partie la plus saine des clercs. Il fut consacré dans l'église du Mans par Guy et par les évèques de la province, à cette nouvelle, Philippe s'enftiit furtivement en emportant les ornements de l'église. » Ces événements ne purent arriver qu'après l'année 1136, puisque Hildebert mourut le 18 décembre de cette année.

qu'elles avaient faite de Hugues était valable et canonique, parce qu'elle réunissait les suffrages de ceux dont l'autorité prévalait en cette matière ; ces personnes ajoutaient que l'élection ne pouvait pas soufTrir de ce que, contrairement à l'usage, elle avait été faîte hors de l'église et de la ville, puisque la persécution avait rendu cette circonstance nécessaire ; ni de ce que le reste des électeurs n'y avaient pas assisté, puisqu'ils avaient été prévenus par leurs frères, et qu'ils avaient refusé de se rendre à la convocation : qu'en effet le lieu avait été désigné, qu'il avait été choisi du consentement des deux parties ; mais que les premiers avaient devancé le jour, et, pour emporter l'élection, avaient eu l'audace de nommer Philippe en cachette, à Knsu des autres ; qu'ils n'avaient même attendu aucun des évoques suffragants, qui donnaient de préférence à l'élection contraire, leur adhésiori et leurs sympathies. A cela le parti de Philippe disait : « Nous pouvons répondre facilement et d'une manière satisfaisante aux objections, pourvu qu'on nous désigne un autre joui* qui nous convienne ; nous ne nions pas que. celui-ei ait été désigné, mais le candidat élu par nous n'a pas été averti. Il faut qu'il soit pei'sonnellement convoqué, puisque c'est lui que l'atTaire concerne particulièrement. » Les adversaires répondaient alors : « Point du tout, le débat relatif aux élections ne s'élève pas entre les élus, mais entre les électeurs. C'est l'affaire des parties qui soulèvent le débat; ce sont elles qui ont dû être convoquées, et prétendre que l'élu est du nombre de ceux qui prennent part à la discussion serait en vérité inconvenant et pénible. 11 suffit qu'il ait été convoqué d'une façon générale et avec les autres. Personne en effet de ceux qui étaient de ce parti n'a été exclu par les lettres d'avis, et vous ne pouvez contester que vous n'ayez été manifestement avertis de le rechercher. Il était absent et on ne l'a pas trouvé, afin que sa présence ne fût pas une adhésion au débat indiqué. Il ne doit pas profiter de cette absence, puisque, même s'il ne vient pas, l'affaire peut être terminée sans lui. Si vous dites que cette affaire le concerne et qu'il a besoin de prendre la parole pour lui-même, certes c'est par sa faute qu'il n'a pas reçu l'avertissement, puisqu'il a disparu, ou c'est par la vôtre si vous aveznégligé de le prévenir. Qu'importaft à ceux qui ont envoyé des lettres générales de convocation dans votre église et dans votre ville, qu'il se fût absenté non seulement de la

ville, mais du pays, mais du royaume ; et dans quelle intention 1 cela le regarde. D'ailleurs, s'il ne se défie pas de la justice, que lui manque-t-il encore de tout ce que réclame son affaire ? Nous Yoyons un homme entouré d'une multitude de gens prudents et expérimentés dans les procès, appuyé même d'une troupe armée, si on en a besoin. Il a avec lui même des évoques et le meilleur défenseur. Est-ce là venir sans préparation? dans quel but tout ce cortège de partisans, s'il ne devait pas prendre part au déhnt? et pourquoi faire, puisque les amis ne lui suffisent pas encore? Le juge lui présente tout ce qui peut lui être nécessaire. Nous parlerions ainsi quand même il serait constant que Philippe a ignoré le jour assigné à l'afiTaire ; mais aujourd'hui, comme il ne peut contester que le jour et le lieu ne lui aient été signifiés par l'abbé de Clairvaux, qui, passant dans l'évêché de Cambrai il y a environ dix-huit jours, le rencontra par hasard qui s*y cachait, il est évident que vous ne cherchez pas un arrangement, mais des délais. » Ces raisons ayant été alléguées par les parties, il nous a paru bon ainsi qu'aux personnes religieuses et sages, évêques, abbés et clercs, qui étaient avec nous, de mettre un terme à la longue épreuve de cette Église, et de ne plus souffrir les retards et les délais de gens qui ne cherchaient que leur propre intérêt, et qui sous ce prétexte portaient un grave dommage à l'Église de Dieu. Nous rendîmes donc cette décision, que la justice exigeait qu'on entrât dans l'affaire, et que l'exception qu'ils apportaient n'était pas canonique. Mais eux, tergiversant suivant leur habitude, comme des gens qui ont peu de confiance dans leur cause, interjetèrent appel. Alors, nous produisîmes la lettre apostolique qui nous ordonnait de terminer l'affaire sans accepter d'exception, et qui leur enjoignait d'obéir sans résistance à notre décision : mais eux, dédaignant de Tentendre, s'en allèrent ; appelés ils ne vinrent pas; appelés une seconde fois, ils refusèrent encore de venir : nous tournant alors vers l'autre partie, nous n'en procédâmes pas moins conformément à vos ordres par la voie juridique ; nous reçûmes les preuves canoniques sur les deux articulations mentionnées, nous entendîmes les témoins, nous offrîmes le divin sacrifice, et, en vertu de l'autorité apostolique, nous cassâmes l'élection de Philippe. Nous avons réservé à votre miséricorde, comme il convenait, l'élection de Hugues, qui avait été choisi en dehors des saints ordres.

LETTRE CDXXXn.

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