AUX FRÈRES
U les engage à faire des aumônes k cause de la lîimine.
Vous savez, frères, qui a dit : Bienheureux les miséricordieux^ parce qu'ils obtiendront miséri-corde *; et ailleurs ; Bienheureux celui qui a l'intelligence de l'indigent et du paunre '; et encore : Si vous voyez un homme nu^ couvrez-le et ne méprisez pas votre propre chair *; et avec le saint homme Job : Vous visiterez vos semblables et vous ne pécherez pas *. C'est le moment * de vous faire connaître ces quelques paroles choisies dans un grand nombre de passages analogues de TÉcriture, puisqu'il est certain qu'en ce temps de famine les pauvres et les vagabonds ont plus de besoins que de coutume. C'est pourquoi, s'il y a quelque pitié dans vos entrailles, s'il y a en vous quelque sentiment de miséricorde, il faut qu'ils en fassent sur eux-mêmes l'expérience. Car, si malheureux et si misérables qu'ils soient, ils sont votre chair et vos os, et il est juste qu'ils sentent que vous ne pensez pas autrement; il faut, dis-je, qu'ils le sentent, sinon à l'aumône de vos biens, au moins à celle de vos paroles : ordonnez donc au chapelain de s'appliquer de tout son zèle a exciter et à exhorter le peuple, tant en particulier qu'en public, à leur faire du bien.
LETTRE CDLII.
A UN ABBÉ
n l'engage à receyoir avec bienYeillance un moine fugitif, et à ne pas se démettre de sa charge d'abbé.
A son ami : ce qu'on désire pour les siens.
U n'est personne qui, lisant cette lettre et sachant où j'ai pris cette formule de salutation, puisse, je pense, s'irriter contre moi de
i Luc, XIII, 6-9. — « Matlh., v, 7. — • Ps. xl, 2. — ♦ Isai., LViïi, 7. — »Job., V, 24.
• En Tan 1146, d'après la petite Chronique de Châlons, « il y eut sur toute la terre une grande lamine, comme on n'en avait jamais vu auparavant «.Cette famine, si en nous croyons la Chronique de Lonvain, commença l'an 1143 et sévit pendant sept ans. Les Chroniques du monastère de Mortemart et de Sens en font mention,, ain^i que celles de Reims et de Bretagne.
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ce que j'ai osé en tête me préférer à qui yaut mieux que moi, et présenter comme inférieur à moi et comme m'appartenant celui au mérite duquel je suis tout dévoué et qui m'est supérieur en tout. Mais nous avons coutume d'appeler nôtre sans inconvenance, non seulement ce qui est au-dessous de nous, mais encore le plus souvent ce que nous savons nous être supérieur, comme l'indique cette parole : Vous êtes^ Seigneur y mon partage sur la terre des vivants *. Ceci est à votre sujet, mais ne s'adresse point à vous. Je suis forcé de répondre brièvement à votre lettre. Quand elle m'est parvenue, le jour de la fête de la Nativité de Notre-Dame avait commencé : la dévotion , me réclamant tout entier à bon droit, ne me permettait pas de penser à autre chose; et le messager, pressé de s'en retourner, voulut à peine attendre jusqu'au lendemain, pour que, sorti des occupations de la fête, je vous répondisse comme je pourrais. Après avoir réprimandé durement, comme il le méritait à cause de la dureté de son cœur, le frère qui s'était enfui, je n'ai rien pu faire de mieux en attendant que de le renvoyer au lieu qu'il avait quitté : car je ne pouvais pas, d'après nos coutumes, le garder dans notre maison sans le consentement de son abbé. 11 faut que vous de même vous le réprimandiez sévèrement, que vous l'ameniez à une humble satisfaction, et qu'ensuite vous le réconfortiez par la lettre que nous avons adressée pour lui à son abbé. Je ne puis rien répondre à votre sollicitude de plus précis sur ma maladie, sinon que j'ai été malade, que je le suis encore, ni moins ni beaucoup plus qu'à l'ordinaire. Si je ne vous ai pas envoyé la personne que je devais vous envoyer, c'est que j'ai redouté le scandale de plusieurs âmes plus que le danger d'un seul corps. Pour ne rien oublier de ce que vousme mandez, ou plutôt pour répondre sûrement à chacune de vos demandes, j'irai vous voir. Vous m'écrivez que vous voudriez savoir ce que, moi qui connais toutes vos afTaires, je voudrais que vous fissiez; mais, si je vous le disais à présent, vous ne pourriez pas le faire, je crois, et je ne vous le conseillerais même pas. Car, je voudrais pour vous ce que j'ai su que vous aviez voulu même autrefois. D'ailleurs, ne mettant qu'au second rang, comme il est juste de le faire, votre volonté et la mienne, il est plus sûr pour moi de vous conseiller d'abord ce que je crois que Dieu veut de vous ; et, si je vous détermine, aucun mal n'en résultera. Je vous conseille donc de
garder ce que vous avez, de rester où vous êtes, de vous appliquer à être utile à ceux auxquels vous commandez, et de ne pas fuir le commandement tandis que vous pouvez y faire du bien : malheur à vous, en effet, si vous commandez sans être utile 1 mais malheur bien plus encore si vous craignez de commander et que vous évitiez d'être utile 1
LETTRE CDLIII *.