‹ Œuvres de Saint-Simon & d'Enfantin (volume 2)Chapitre 16 sur 44 · ET L'ULTRAMONTANISME EN FRANCE XL · texte numérisé non relu

ET L'ULTRAMONTANISME EN FRANCE XL

publique. » A l’occasion de la prise d'Alger, l'archevêque de Paris publia un mandement pour annoncer que le lendemain, 11 juillet, jour de la fête du Sacré Cœur de Jésus, il serait chanté à Notre-Dame un Te Deum en présence du Roi, et 1] ajouta : « Trois semaines ont suffi pour humilier et réduire à la faiblesse d’un enfant ce musulman naguère si superbe! Ainsi soient traités partout et toujours les ennemis de notre seigneur et rot! ainst soient confondus tous ceux qui osent se soulever contre lui! » Le lendemain, le roi vint en effet à Notre-Dame, et le prélat, après l'avoir félicité de la prise d'Alger, ajouta ces paroles remarquables à raison de la lutte flagrante entre la couronne etle parlement: « La main du Tout -Puissant est avec vous, Sire ; que votre grande dme s'affermisse de plus enplus ; votre confiance dans le divin secours et dans la protection de Marie, mère de Dieu, ne sera pas vaine. Puisse Votre Majesté en recevoir hentôt une nouvelle récompense ! puisse-t-elle bientôt venir remercier le Seigneur d'autres merveilles non moins douces, non moins éclatantes ! » :

On sait la réponse que la Providence réservait à la confiance du roi en la mère de Dieu,

xLiv COUP D'OEIL HISTORIQUE SUR LE PÉRIL SOCIAL

Le mois de juillet n'avait pas encore pris lin que le règne de Charles X et de sa race était fini; et six mois étaient à peine écoulés depuis cette révolulicn foudroyante qu'un nouveau soulèvement populaire, provoqué par d’imprudentes manifestations du. royalisme, ne laissait pas pierre sur pierre au palais épiscopal du Prés courtisan.

Le prince, porté au trône par cette révolution, était surnommé par les meneurs de la congrégaüon ultramontaine /e dernier des voltairiens: et le parti clérical ne cessa pas de lui faire la guerre, soit dans l'ombre, soil au grand jour,

Quand le Gouvernement de Juillet, en face de cet irréconciliable ennemi, voulut sauvegarder les droits de l’État et maintenir les vieilles barrières du gallicanisme dans l’organisation de l'instruction publique, on souleva contre lui les plus violentes tempêtes dans le parlement et dans la presse. On l’injuria, on le menaça. L’ultramontanisme se sentait fort par son organisation occulte, dont ils’exagéra la puissance; parce qu’il faisait mouvoir à son gré, sous diverses formes et dans l'ombre, uue milice innombrable, il se croyait maître de la destinée des Etats et s’atiribuait la domination universelle pour un avenir

ET L'ULTRAMONTANISME EN FRANCE LXS plus ou moins prochain. L'infailhbilité du pape et la consécration du Syllabus lui apparaissaient comme des conquêtes assurées. Mais ce magnifique triomphe que la cour de Rome poursuivait et considérait comme acquis au Saint-Siége, lui était-1l garanti par une renaissance miraculeuse de la foi antique, par un rajeunissement merveilleux et une pratique sévère de la morale chrétienne ?

Ce n’est pas aux échos du philosophisme volfairien que nous emprunterons une réponse à toutes ces questions; nous la prendrons dans le témoignage même des personnages historiques les plus dévoués à la cause de la papauté.

Notre premier témoin sera l’illustre auteur du Pape, qui a dit au commencement du siècle : « ny a plus de foi sur la terre, le genre humain ne peut rester dans cet état. »

Après de Maistre, nous citerons Lamennais, alors qu’il était encore fermement catholique, et qui écrivait à une dame pieuse, femme de l’ambassadeur d'Autriche à Turin, les impressions douloureuses qu’il avait rapportées de son voyage à Rome:

« Le catholicisme était ma vie, disait-il, parce qu’il est celle de l'humanité ; je voulais le dé-

Lxvi COUP D'CEIL HISTORIQUE SUR LE PÉRIL SOCIAL

fendre, je voulais le soulever de l’abime où il va s’enfonçant chaque jour. Rien n'était plus facile. Les évêques ont trouvé que cela ne leur convenaitpas. Restait Rome : jy suis allé, et j'ai vu là le plus infâme cloaque qui ait jamais souuillé des regards humains. L’égoût gigantesque des Tarquins serait trop étroit pour donner passage à tant d’immondices. Là, nul autre Dieu que l’intérét ; on y vendrait les peuples, on y vendrait le genre humain, on y vendrait les trois personnes de la Sainte-Trinité, l’une après l’autre, ou toutes ensemble, pour un coin de terre, ou pour quelques piastres. J'ai vu cela, et je me suis dit: Ce mal est au-dessus de la puissance de l’homme, et j'ai détourné les yeux avec dégoût et avec effroi, » | (Œuvres posthumes de Lamennais. — Tome II, page 247.)

Le témoignage de ces illustrations catholiques, sur l’anéantissement de la foi et sur le désordre moral que la substitution de l'hypocrisie à la vraie croyance entraine avec elle sous l'influence des affiliations ultramontaines', ce témoignage atteste

1. On a publié récemment que le chiffre de ces affiliations, étroitement unies et savamment identifiées dans l’œuvre de Loyola par un lien habilement caché, s'élevait au chiffre de quatorze mille. Le jésuitisme veut dominer partout et n’ex= poser que partiellement sa responsabilité.

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