‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 40 sur 94 · SÉRIE PLUS GÉNÉRALE ET PLUS COMPLÈTE DES IDÉES DE VICO-D'AZYR · texte numérisé non relu

SÉRIE PLUS GÉNÉRALE ET PLUS COMPLÈTE DES IDÉES DE VICO-D'AZYR

Cette seconde citation ne sera pas, comme la première, une transcription pure et simple de passages des œuvres de Vicq-d’'Azyr'; ce sera un rapprochement, une combinaison, une orga-

1. La première citation n’est pas elle-même une {ranscription pure et simple; Saint-Simon, ainsi que je l’ai dit plus haut, attribue libéralement à Vicq-d’Azyr, comme il l’a fait pour MM. Burdin, Bougon et Œlsner, des idées qu'il a sans doute puisées dans les conversations ou dans les ouvrages de ces savants; mais aussi celles qui lui ont été personnellement inspirées par ses propres méditations, résultant de ces communions intellectuelles, Ps Hi

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME si

nisation des plus importantes idées que ce grand homme a émises, tant dans ses leçons et ses conversations familières que dans les ouvrages qu'il a légués aux penseurs instruits. Je ne me bornerai point à ce travail ; Je compléterai les idées de Vicq-d’Azyr ; ainsi 1l se trouvera plusieurs, même beaucoup de termes tirés de mon propre fonds dans cette série, quoique Vicq-d’Azyr conserve la parole. Il en résultera qu'il parlera de choses qu'il n'a pas vues. Cela paraîtra d'abord bien ridicule au lecteur; mais quand il y aura réfléchi et qu'il aura pesé les réflexions que je lui présenterai plus bas, je crois être certain qu'il sera de mon avis et qu'il approuvera complétement le parti que j'ai pris et la marche que J'ai suivie dans l'exposition des idées. Le lecteur retrouvera, dans cette seconde citation, une orande partie des idées qui ont déjà passé sous ses veux dans la première. La répétition d'idées neuves, ou de combinaisons neuves d'idées importantes, est très-ulile à la science, quand on a soin de ne pas envisager les choses précisément du même point de vue.

INTRODUCTION

L'anatomie est peut-être de toutes les sciences celle dont on a le plus célébré les avantages, et le moins favorisé les progrès ; c’est peut-être aussi celle dont l'étude offre le plus de difficultés ; ses recherchés sont non - seulement dépourvues de cet intérêt qui attire, elles sont encore accompagnées de circonstances qui repoussent. Des membres déchirés et sanglants, des émanations infectes et malsaines, l'appareil affreux de la mort, sont les seuls objets qu’elle présente à ceux qui la cultivent. Tout à fait étrangère aux gens du monde, concentrée dans les amphithéâtres et dans les hôpitaux, elle n’a ja- “mais reçu l'hommage de ces amateurs qu'il faul captiver par l'élégance et la mobilité du spectacle. Ce n'a été qu'en descendant dans les tom- ‘ beaux et en bravant les iois des hommes, pour découvrir celles de la nature, que l'anatomie a jeté d’une manière pénible et dangereuse les fondements de ses connaissances utiles. Il n'y a point de siècle où des préjugés de divers genres n'aient mis les plus grands obstacles à ses tra-

Vaux.

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 83 Abusé par les préjugés de la métempsycose, l'habitant de l'Inde est peint dans l’histoire comme respectant les corps des animaux, même les plus vils, et ne pouvant, sans paraître criminel, y porter le couteau. Esclave de ses coutumes, l'Égyptien n'a donné tous ses soins à l’'embaumement des cadavres, que dans l’intention de conserver une demeure à laquelle l'âme devait, selon lui, rester longtemps unie. Tant d'efforts n ont transmis à la postérité que des restes hideux, tristes débris d’un peuple qui fut le père des arts, mais parmi lequel l'anatomie était une science impraticable. Le culte que les Grecs rendaient à leurs morts n’était pas moins contraire à ses progrès. Ne les a-t-on pas vus condamner des généraux vainqueurs à perdre la vie, parce qu'ils avaient laissé sans sépulture des soldats tués dans une action ? Quel supplice auraient-ils donc réservé à ceux qui auraient violé leurs tombeaux? Les Romains furent moins sévères à cet égard; mais l'anatomie ne leur dut aucun encouragement, puisque, au rapport de Galien, on faisait le voyage d'Alexandrie pour y voir des os humains, qu'il aurait sans doute été plus facile de préparer à Rome, s’il n'y avait pas eu d’obstacle.

si ŒUVRES DE SAINT-SIMON

Plus de mille ans se passèrent depuis cette époque dans ce même aveuglement; la religion de Mahomet, toute guerrière, adopta les préjugés de l'Inde et de l'Égypte. Des barbares démolirent les villes de la Grèce, mutilèrent les chefsd'œuvre de ses arts et ne laissèrent subsister que ses erreurs. On continua de regarder comme impurs ceux qui avaient approché des cadavres ; ce ne fut qu'au commencement du xiv° siècle, qu’au erand étonnement du monde entier, trois corps humains furent disséqués dans l'amphithéâtre de Milan‘, et cet exemple, donné par lItalie, ne fut suivi que longtemps après en France, et n'eut point, avant le xvi* siècle, d’imitateurs dans le reste de l'Europe.

Mais alors on cessa presque de disséquer des

1. Ce fait historique n’est point exact, car il a existé, dès le xe siècle, dans plusieurs parties de l’empire des Sarrasins, particulièrement en Sicile, des amphithéâtres de dissection où l'anatomie humaine était enseignée. La rectification de cette erreur ne m'ayant pas paru assez importante pour figurer dans ma critique, je me suis borné à la consigner dans cette note. C’est aux Arabes que l’école de Salerne doit sa célébrité, et, dès le commencement du xrr° siècle, cette école avait publié son fameux ouvrage contenant les nouveaux principes de la médecine. Vicq-d'Azyr, de même que d’Alembert, a été injuste à l'égard des Maures, en ne leur payant pas le juste tribut qui leur était dû, à titre de fondateurs de l'algèbre, de la chimie et de l'anatomie.

animaux. Toute l'activité des anatomistes se concentra dans l'examen du corps humain, et ce n'a été qu'après y avoir pour ainsi dire épuisé leurs efforts, qu’ils sont revenus par choix à l’objet de leurs premières études, cultivées longtemps par nécessité.

Déjà plusieurs savants se sont illustrés dans cette carrière. L'Académie royale des Sciences s'en est occupée dès son origine ; celle des Curieux de la nalure Y a contribué par des fragments nombreux. Blasius et Valentin ont publié des recueils où la plupart de ces observations sont consignées, Déjà les insectes et les polypes ont eu leurs historiens. Enfin, réunissant ce que le coup d'œil le plus vaste et en même temps le plus juste, le génie le plus fécond et le tact le plus délié, peuvent rassembler de qualités précieuses et rares, deux grands naturalistes ont élevé un de ces monuments qui honorent les nations dans le souvenir de la postérité. L'histoire des quadrupèdes a vu le jour, et l’on a un modèle dans ce genre.

J'ai dû placer en tête de cet examen, qui sera beaucoup plus approfondi que le premier, la récapitulation historique de la marche suivie par

RIPAE. ŒUVRES DE SAINT-SIMON l'anatomie ; je vais maintenant chercher, par voie d'analyse, la cause de la lenteur de ses progrès. Je prouverai ensuite qu'il ne faut pas conclure, de l’observation que $es progrès ont été jusqu’à présent fort lents, que le perfectionnement de cette science ne s’accélérera jamais. Enfin je ferai voir que les matériaux nécessaires pour l’organisation de cette branche importante de la connaissance humaine sont rassemblés, et que les faits sur lesquels on doit baser la théorie de la science des corps organisés sont aujourd'hui bien constatés. L'indication de la marche que les physiologistes me paraissent devoir suivre dans leurs travaux terminera celle esquisse.

Avant d'entrer en matière, je fais observer qu'en employant en tèêle de cet article l’expression d'anatomie, j'ai présenté la parlie pour le tout, et que ce mot signifie dans cette occasion l’ensemble de la science des corps organisés.

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