CONCLUSION DE CETTE PREMIÈRE LIVRAISON
Je prie le lecteur de se rappeler que, dans la première partie de la préface qui se trouve en tête de cet ouvrage, j'ai dit :
Je suis poussé à l’exécution de ce plan de travail bien plus par la conviction du besoin que la société en a, que par le sentiment de ma capacité pour fournir une carrière aussi difficile. Je déclare en y entrant que je suis prêt à quitter la
MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 483 direction de l’entreprise ; que mon plus grand désir est de voir une personne plus capable que moi s’en charger, et que je deviendrai pour elle un collaborateur qu'elle emploiera comme elle le Jugera à propos.
Que j'ai encore dit :
En communiquant ce commencement de mon travail à quelques physiologistes, je fais appel d'un collaborateur dont j'ai grandement besoin : je fais appel d’une personne qui soit plus capable que moi de remplir une tâche aussi importante pour l'espèce humaine, et qui est, je le crois, infiniment au-dessus de mes forces.
Que j'ai dit aussi :
Ce travail doit être le résultat des efforts combinés des physiologistes et des philosophes.
Or, il est bien vrai que je l’ai projeté avec un physiologiste, mais il est également vrai que j'ai travaillé seul et sans aucun secours à son exécution.
Enfin que j'ai terminé cette préface en disant :
Je Suis convaincu qu'il existe des personnes -infiniment plus en état que moi de mettre ce plan à exécution. Je les invite à en prendre la direction. Le plus beau jour de ma vie sera celui où elles primeront mes idées, ef où elles pré-
senteront des conceptions plus capitales, plus utiles et plus claires que les miennes.
Il est bien essentiel que ces idées soient présentes à l'esprit du lecteur, quand il jugera cette première livraison de mes pensées, car s’il les perdait de vue, s'il considérait l’ébauche que je lui présente comme un travail définitif, le jugement qu'il porterait serait trop sévère el ne déciderait pas la question ; il s'agit seulement de savoir si ce brouillon renferme l'idée d'un bon ouvrage; quant à moi, j en suis convaincu ; Ma conviction à cet égard se fortilie à mesure que mon travail avance. À mesure qu'il avance, mes conceptions deviennent plus claires et elles se basent plus solidement. Je me bornerai dans cette seconde dissertation sur mes idées générales à réexposer celles qui sont directement relatives à la science de l'homme. de réussirai, je l'espère, à les présenter avec plus de clarté que je ne l’ai fait dans la partie de cette préface qui se trouve en tête du mémoire : le premier exposé était un aperçu, celui-ci est un résumé, mais ce résumé n est autre chose qu'une seconde esquisse, il est l'aperçu du travail définitif à faire sur la question.
Dans le moment actuel, le meilleur emploi que
nous puissions faire des forces de notre intelligence est 1° d'imprimer à la science de l'homme le caractère positif, en la basant sur des observations et en la traitant par la méthode employée pour les autres branches de la physique; 2° d’introduire la science de l'homme (ainsi basée sur les connaissances physiologiques) dans l'instruction publique, et d’en faire.le principal objet de l’enseignement.
Pour atteindre ce but, il faut organiser les séries suivantes :
PREMIÈRE SÉRIE
Comparaison entre la structure des corps bruts et celle des corps organisés.
En résultat de cette comparaison, démonstration que les eflets produits par les corps bruts et que l’action des corps organisés sur ce qui leur est extérieur, sont proportionnés au degré de perfection de structure des uns et des autres.
DEUXIÈME SÉRIE
Comparaison des différents corps organisés, sous le rapport de leur degré d'organisation.
En résultat de cette comparaison, démonstration : 1° que l'homme est le mieux organisé, c'est-à-dire le plus organisé de tous les corps qui nous sont connus ; 2° que plus un animal est organisé et plus il est intelligent.
TROISIÈME SÉRIE
Comparaison entre l'intelligence des animaux, aux différentes époques de leur existence.
En résultat de cette comparaison, démonstration que tous les animaux sont susceptibles d’un perfectionnement proportionné au degré de perfection de leur organisation primitive, et que si l'homme est le seul animal qui se soit perfectionné, c'est par la raison qu’il a empêché l'intelligence des autres animaux de prendre le déve- Joppement dont elle était susceptible.