‹ Œuvres de Saint-Simon & d'EnfantinChapitre 65 sur 94 · VU · texte numérisé non relu

VU

phénomène de la vie dure, lutte contre les forces de la gravitation et les domine. | S

Ce n’était pas avec les choses, mais avec les hommes, qu’il fallait entrer en opposition. Il ne fallait pas nier la généralité de la loi de la gravitation, il fallait prouver que les connaissances des physiciens, des chimistes et des mathémaliciens, leurs chefs, n'étaient point générales : qu'elles étaient, au contraire, très-bornées : qu'elles n'avaient point le caractère philosophique, et quelles ne pouvaient point, pour cette raison, être applicables à l'ordre des phénomènes le plus diamétralement opposés aux phénomènes astronomiques, puisque ceux-ci sont les plus simples, tandis que les phénomènes physiologiques sontles plus compliqués de tous.

Les physiologistes sont partagés depuis longtemps en deux opinions, relativement à la cause des phénomènes vitaux ; les uns les considèrent comme des effets de la circulation plus ou moins active des fluides de tous les degrés de ténuité moléculaire, tant dans les canaux nerveux que dans les linéaments fibrilles ; les autres disent que les phénomènes vitaux sont des effets de l'irritabihté, de la contractibilité, de la sensibilité. La première de ces deux opinions, qui n’est réel-

lement pas en opposition avec la seconde, a le grand avantage de rallier les combinaisons et les observations des physiologistes à celles des physiciens adonnés à l'étude des corps bruts ; elle est cependant aujourd'hui la moins en vogue. En voici la raison: les principaux physiologistes, les meneurs, n'ont vu d'autre moyen de se soustraire à la suprématie que les hydrauliciens et les chimistes voulaient exercer sur eux, que celui d'attribuer les phénomènes vitaux à une cause autre que celle de la circulation du fluide nerveux. Avec plus de vigueur dans la pensée et d'aplomb dans les idées scientifiques, avec plus de généralité dans les conceptions, en un mot, avec plus de capacité philosophique, ils auraient dit aux hydrauliciens : &« Votre science est encore dans l’enfance ; Jusqu'à présent les tentatives que vous avez faites pour résoudre certains problèmes très-intéressants pour la navigation, et qui étaient bien faciles, puisqu'ils ne concernaient que des fluides en état de liquidité, ont été sans succès. Quelle confiance voulezvous que nous ayons dans vos opinions sur la marche des fluides gazeux et même impondérables qui se trouvent engagés dans les canaux élémentaires, dont la réunion plus ou

MÉMOIRE SUR LA SCIENCE DE L'HOMME 209 moins considérable constitue les différents corps organisés ? »

Les Éléments de Physiologie dont Richerand à été le rédacteur et qui sont aujourd’hui le livre classique de cette importante branche de la science, pour l'École de Paris, s’expliquent trèsclairement et très-positivement dans le sens que je viens de critiquer. Voici la manière dont l’auteur débute :

« La physiologie est /a science de la vie. On appelle du nom de vie une co/lection de phénomènes qui se succèdent pendant un temps limité dans les corps organisés. La combustion n’est aussi qu'un composé de phénomènes. L'oxygène se fixe dans le corps qui brüle, le calorique s’en dégage ; l’affinité est la cause de ces phénomènes chimiques, comme l'attraction est celle des phcnomènes astronomiques, comme Ja sensibilité et la contractibilité dont les corps organisés et vivants jouissent, sont les causes premières de tous les phénomènes que ces corps présentent, phénomènes dont la réunion, l’ensemble et la succession constituent la vie. »

Page 49 de son ouvrage, il dit en parlant de la sensibilité et de la contractilite :

« Le principe de la sensibilité et de la contrac-

tililté se comporte à la manière d'un fluide qui nait d’une source quelconque, se consume, se répare, s’épuise, se distribue également ou se concentre sur certains organes. »

Il est évident que Richerand a manqué de logique, car il a parlé de la cause seconde avant d'avoir parlé de la cause première.

Il estévident que c’est exprès et par les raisons que j'ai données ci-dessus qu'il a suivi cette marche. |

Il est évident que la physiologie n'est pas encore assise sur des idées claires, et que la science de l’homme, qui est fondée sur la physiologie, n’est encore qu'une science conjecturale.

Il est évident que les physiologistes prolongent l'existence du système conjectural, en niant que la gravitation soit la cause première des phénomènes de la vie. Cette négation de leur part met un obstacle insurmontable à l’organisation du système scientilique posilif, puisque ce système nè peut avoir d'autre base qu'une seule et unique loi régissant l’univers sous tous les rapports, dans s $ détails comme dans son ensemble,

Page 1