SIXIÈME PENSÉE
Les circonstances, ainsi que nous l'avons prouvé dans l'article précédent, n'avaient point appelé Bacon à être un homme général. Ina donc pas pu se placer au point de vue seientilique le plus élevé, et il faut remonter jusqu’à Socrate pour trouver un philosophe qui ait envisagé la science dans sa plus grande généralité. Socrate est le premier, ilest le seul qui ait constamment embrassé d'un seul coup d'œil tout
l'horizon scientifique. On nous demandera sur quoi nous fondons cette opinion, puisque les écrits de Socrate ne nous sont point parvenus. A cela nous répondrons que nous la fondons sur un fait qui, pour être indirect à la question, n’en fournit pas moins une base très-solide à notre raisonnement. Ce fait est que l’école socratique s’est divisée en deux branches, c'est-àdire en deux écoles secondaires ; que l’une a adopté le mode des considérations à priori, tandis que l’autre a toujours procédé dans ses recherches scientifiques à posteriori; or ces deux écoles ayant, chacune de son côté, bien formellement déclaré qu'elles se basaient sur la doctrine de Socrate, il en résulte évidemment que ce philosophe procédait indifféremment dans ses leçons, à priori ou à posteriori; que ses . élèves, suivant leur genre d'esprit, avaient adopté l'un ou l’autre de ces deux modes, et qu'après lui, aucun d’eux ne s'étant trouvé capable de les suivre toutes deux indifféremment, son école s’est divisée en deux écoles secondaires. Îl en résulte la preuve que Socrate, comme nous l'avons dit plus haut, a exercé et professé là plus haute philosophie, la philosophie d'une sénéralité absolue.