‹ Œuvres de SainteBeuve Pensées d'aoûtChapitre 14 sur 15 · A MES AMIS · texte numérisé non relu

A MES AMIS

m* as «mbü,

a mats amas m» asr maatamat < n&avaæm (i).

Salut ! je crois encore ! Ainsi j'espérais dire A ce lac immortel (2) que j'allais visiter;

Il me semblait qu’au cœur que le spectacle inspire , Ma défaillante foi renaîtrait pour chanter.

La grandeur héroïque à' ces rochers gravée , L’escarpement du lac à ce glorieux bord ,

La liberté fidèle et sans bruit conservée , Sincère comme au jour de son antique effort ;

(1) Auteur» du recueil de poésies intitulé: L ci deux Valx, Lausanne.

(2) Le lac des Quatre cantons.

Sur ces flots que l’histoire ou la Muse renomme, Un beau ciel rayonnant ou l'orageux l’éclair ;

Les lieux solennisant les souvenirs de l'homme , Homme et lieux égalés par la voix de Schiller ;

Tout, oui, tout, poésie, héroïsme et nature ,

Me promettait de loin un sublime secours; Peut-être il me prendrait une espérance pure,

Uu magnanime essor comme en mes nobles jours.

Peut-être, à tous ces vœux d’humanité plus grande , Dont le rêve, si cher , de près s’en est allé,

J’allais rouvrir enfin un cœur qui les demande ,

Qui, jeune , les reçut , et que rien n’a souillé.

Peut-être , en ces beaux flots noyant toute tristesse, Sur cet intègre autel écoutant l’avenir ,

J’allais , au vent qui chasse intrigue et petitesse, Aspirer le saint but qu’on ne pourra ternir.

Peut-être , aux fiers serments pour cette cause (aimée J’allais redire encor : Ce n’était pas en vain !

Ce qui se joue ailleurs n’est que bruit et fumée,

N’est que boue et poussière : atteignons à la fin !

Et j’ai touché ces lieux de si sévère attente ,

J’ai vu leur grandeur simple , et j’ai tout admiré ;

Mais rien qu'eux n’a brillé dans mon âme éclatante , Et mon passé plutôt, tout d’abord , a pleuré.

II a pleuré de voir ceRutli des vieux âges , Perpétuelle source à de durables moeurs ,

L’humble chapelle encore au bas des rocs sauvages , Et le héros toujours salué des rameurs.

Amertume et dédain que les gloires taries ,

Quand les mots ont tué toute vertu d'agir ,

Quand l’astuce et la peur... Heureuses les patries Dont on peut repasser les grands jours sans rougir !

Tel donc , ô mes Amis, au lac , à la montagne J’allais , cherchant en moi ce qui se retirait ;

Mais quand , las de chercher, an vallon qui me gagne Je suis venu m’asseoir sous votre toit secret ,

J’ai vu la paix du cœur, l'union assurée,

Le saint contentement des biens qu’on a trouvés,

, Et les grâces au ciel pour leur seule durée ,

Et le renoncement des autres biens rêvés ;

J’ai vu l’intelligence en sa démarche à l’aise,

Sans s'user aux détours , suivant un but voulu ;

L’étude simple et haute où trop d’essor s’apaise;

En face des grands monts , Dante parfois relu ;

Parfois , la poésie en prière élancée.

Du même heureux sillon laissant monter deux voix ; Vos destins s’enfermant , mais non votre pensée ,

El le monde embrassé du rivage avec choix.

Des vrais dons naturels j'ai compris l'assemblage , La force antique encore et l'antique douceur ;

Et causant d'aujourd'hui , de ce Paris volage ,

A table je goûtais le chamois du chasseur.

Ce que je n’ai pas dit à la montagne austère,

A la chapelle , au lac qui m’a laissé mon deuil , Mes Amis , je le dis à l’ombre salutaire ,

Au foyer domestique , au cordial accueil ;

Aux vertus du dedans , partout , toujours possibles , Au bonheur résigné , sobre et prudent trésor ,

Au devoir modérant les tendresses sensibles :

Amis , en vous quittant , — Salut ! je crois encor !

L’Aigle.

41 W410JAUtX V *

Jamais je n’ai couru lacs , montagnes et plaines ,

Ou les hameaux épars , ou les cités si pleines ,

Tant d’échos où de nous nul bruit ne retentit ,

Sans mieux sentir en moi , d’impression profonde Combien grand est le monde ,

Combien l’homme petit !

Je n’ai jamais, de près , vu la ville où je passe ,

Les secrets coins du monde où le hasard m e chasse ,

Sans admirer leur prix hors de nos Tains débats , De tant d’esprits divers sans saluer le nombre , Plus solides dans l’ombre ,Et qu’on ne saura pus.

Je n’ai jamais vécu d’hospitalière vie ,

Pèlerin de passage , au toit qui me convie, Sans éprouver qu’il est encor de bonnes gens , Des justes à sauver la vertu sur la terre ,

A consoler le Père Dans les deux indulgents.

Non plus , je n’ai jamais , au retour d’une absence. Revu Paris , si cher , sans mieux voir sa puissance , Sans y plus admirer tant de noms rattachés ; Surtout sans raccourir , d’une amitié plus tendre , Vers qui veut bien m’attendre,

Vers les amis cachés !

a wawauhm ha «s. a>3 tr.

■ A vous , Madame , j’ose adresser et comme retraduire ce que vous m’avez vous-même raconté. Heureux je m’estimerai dans ce récit , si vous daignez le reconnaître ; heureux si ceux qui le lisent ressentent quelque chose de l’intérêt dont j’ai été saisi en vous écoutant !

Saxea nt effigies hacchantis.

Aaian dr Catvlii.

Mous causions d'un sujet qui n’est jamais passé ,

Du mal que fait à l’âme un amour délaissé ,

Un amour sans espoir , l’irrévocable absence ,

La mort ; si l'homme aimant , en son cœur , a puissance D’aimer comme la femme , et s’il peut en souffrir Comme elle , bien souvent , jusqu’au point d’en mourir.

Vous doutiez ; j'affirmais ; je cherchais en mémoire Quelque exemple évident auquel je voulais croire ; Mais, à citer toujours , je n’avais rien de mieux Que ces noms de roman, ou Paul , ou Des Grieux. Et vous, esprit fécond , si pleine d’étincelles ,

Belle Ame si clémente à vos douleurs cruelles , Dont la gaîté souvent , en discours variés ,

Fait oublier vos maux, tant vous les oublies ;

Cette foi rassembla toute votre tendresse ,

Ces larmes dans la voix qe votre Ange caresse ,

Que traversait encor l'enjouement adouci.

Longuement, moi muet, vous parlâtes ainsi :

Je remontai le Rhin de Cologne à Mayence,

A Manheim sur le pont nous avions affluence D’Anglais, d’Américains, tous peuples à la fois ; Triste était la saison, en août trente-trois.

On allait, et déjà des deux rives voisines Les bords se relevaient en naissantes collines,

Et préparaient de loin ces rochers et ses tours ,

Qui renomment le fleuve et font gloire à son cours, Nos passagers bientôt, amateurs de nature.

Pour la mieux admirer dans sa nomenclature.

Chacun tenant sa carte et l’œil collé devant, Laissaient fuir, sans y voir, le spectacle vivant.

Une pluie alors vint et les fit tous descendre.

J’eus désir de rester, et j’avisai d'attendre.

Montant dans ma voiture à l’autre bout du pont, Que le soleil chassât ce nuage qui fond.

Mais, dans mon gîte à peine au hasard installée ,

Je m’y trouvai si bien , exhaussée , isolée ,

Et grâce aux quelques pieds qui passaient le niveau , Dominant le rivage , égalant le coteau ,

Ayant mon belvéder au-dessus des campagnes , Tenant mon ermitage à mi -flanc des montagnes ,

Et , comme d'un balcon , rasant ces bords flotta nts , Que je n’en bougeai plus tout le reste du temps.

Les voitures tenaient dan? les secondes places ; J’avais donc près de moi gens d’assez basses classes , Domestiques d’Anglais , Allemands ouvriers,

Durant le choléra de ces mois meurtriers ,

Revenus d’Angleterre ou sortant de Belgique ;

Des soldats regagnant la patrie helvétique,

Licenciés , et qui , dans leur désœuvrement , Portaient la main à tout à bord du bâtiment ,

Et faisaient comme émeute à la moindre soupape , Touchant, vérifiant chaque objet qui les frappe;

Et c’étaient de grands cris pour les chasser de là.

Assez longtemps, sans rien remarquer de cela. Entre ceux d’alentour sans distinguer personne, J’avais été, l’œil fixe au ciel qui m’environne, Tout entière aux coteaux, à la grandeur des lieux, Et, sous les accidents pluvieux, radieux.

Admirant et suivant celte beauté ternie,

Par places renaissante, et toujours l’harmonie. Puis, le soleil bientôt reparu dans son plein,

Je restai d’autant mieux, — au sourire malin,

Au sourire, et, je crois, un peu fort au scandale Des Anglais, dont la carte est rouverte et s’étale,

Qui cherchent de plus belle, et ne comprenaient pas. Qu’on pût, sur un bateau, s'aller percher là-bas En voiture, et surtout ( énormité profonde ! )

Hors de la.balustrade où se clôt le beau monde»

Ma fille cependant, qui me laissait un peu,

Me revint en criant : * Maman, le comte...

Est dans les passagers. » — Impossible !» — #11 remonte, Le voici! » — J’aperçus en effet, non le comte,

Mais, sous l'habit grossier d'homme des derniers rangs, Une noble figure aux yeux bleus transparents,

Quelque chose du Nord, la ligne régulière,

Et de grands cheveux blonds portés d’une manière Haute, aristocratique, et comme notre ami.

Mon œil, dès ce moment, le suivit, et, parmi Les nombreux passagers de cette classe obscure,

Un intérêt croissant détachait sa figure ;

Et plus je l’observai, plus il obtint sa part Dans ce cadre où d’abord s'absorbait mon regard.

Il était mis en simple ouvrier, et peut-être Avec trop de dessein marqué de le paraître :

Un vieil habit flottant ; quelque grand chapeau gris Tombant sur sa coiffure en larges bords flétris ; Chemise rose et bleue et faisant qu'on la voie ; Surtout des gants en peau brodés d'argent, de soie, Comme quelque ouvrier de Saxe endimanché ;

Mais l'ongle blanc parfois s'allongeait mal caché.

■le remarquai bientôt sa liaison suivie

Avec un groupe, auprès, qui d’abord m’avait fuie;

Une famille entière : un mari d’air grossier,

Ne montrant d’autre instinct qu’appétit carnassier,

La pipe et la viande , et , dans tout le voyage ,

Faisait de l’un à l'autre un ignoble partage ,

Et plaisantant encor là-dessus pesamment :

Je n’entendais que trop son rustique allemand.

Une femme à côté, de jeunesse incertaine,

Qu’avait peut-être usée ou le temps ou la peine ,

Se dérobait pour moi sous un mince chapeau Qu’une femme de chambre aurait porté plus beau.

A quelques pas de là, seule sur une banquette,

Sa fille , qui semblait de quatorze ans , discrète Et déjà fine, à part se tenait dans sa fleur,

Et mettait au tableau quelque fraîche couleur,

Fort à temps; car, non loin, ses deux plus jeunes frères, Laids, sales et criards, tout-à-fait ses contraires,

Deux petits garnements grimpés à la hauteur De la voiture même, et trouvant très-flatteur Apparemment d’avoir notre beau voisinage,

Ne cessaient les regards droit à notre visage

Sur ma fille et sur moi : s’ils rencontraient nos yeux,

C’était vite un salut de tête , gracieux ,

Qu’il leur fallait bien rendre ; importune façade !

Et le grand paysage en devenait maussade.

Je soupçonnai d'abord quelque étincelle en jeu Entre la jeune fille et le blond à l’œil bleu ;

De là déguisement, amoureuse équipée...

Mais , au second aspect , je fus bien détrompée :

La belle enfant n’avait qu'un regard qui se tait, Et lui n’y cherchait rien , ou même l’évitait.

Mais la mère , la mère hclas ! la pauvre femme ,

De ses secrets bientôt j’interceptai la flamme. Tandis que le jeune homme , au spectacle attaché , Trahissait , même ainsi , son noble essor caché , Elle, qui le suivait dans l’oubli qui l’enlève,

Quand il était resté trop longtemps sous son rêve , Lui dépêchait sans bruit un des sales marmots Rappelés tout exprès , descendu des ballots Oà leur faveur pour nous les tenait en vedette ;

Et l'enfant s’approchait, et comme une sonnette , Tirant le pan d’habit, il allait brusquement Sans pitié pour l’extase et pour l'enchantement. Ainsi nous revenait le rêveur qui s’oublie,

Un geste , un froncement à la lèvre pâlie ,

Aussitôt réprimés , passaient comme un éclair.

II prenait le petit et l’appelait son cher ,

Et le baisait tout sale au milieu du visage ,

Et pendant quelque temps laissant le paysage ,

Il s’efforçait ailleurs, et marquait qu'il songeait A celle qui de lui faisait l'unique objet.

Je ne m’en tenais plus sur un point au peut-être; L’inconnu n’était pas ce qu’il voulait paraître.

Son grand air soutenu , son souris haut et lent,

En lui de notre ami tout ce portrait parlant ,

Ce goût de pittoresque et de belle nature Qui si souvent suppose en un cœur la culture,

Ces langues qu'il possède en familier accès (Car ma fille assurait qu’il pariait bien français) , Que fallait-il? enfin , son entière apparence Près de ces pauvres gens qui lui font déférence.

Une fois , le mari , par trop de libre humeur,

Lui présenta sa pipe , et le noble fumeur Avec dégoût la prit , bâté de la lui rendre.

A manger, l’orsqu’entre eux ils commençaient d’étendre Le papier tout farci de leur grossier repas ,

Us s’y jettaienl...; à lui, rien...; ils n’en offraient pas.

Le premier jour ainsi se passa, le jeune homme Plus épris du grand fleuve et des bords qu’on renomme , Que de la pauvre femme , et celle-ci sans fin Occupée à lui seul !... je m’intriguais en vain.

A Cobleniz arrivés, le soir, d’asser bonne heure. Quand la foule s’attable à l’auberge et demeure ,

J’allai vers la Moselle , autre beau flot courant ,

Voulant me reposer du Rhin sévère et grand.

Au retour , vers la nuit , dans la ville qui monte Nous perdions le chemin, quand tout d’un couple Comte ( Ma fille et moi toujours nous lui donnions ce nom ) Apparut devant nous , servant de compagnon A cette même femme, en ce moment coquette.

Ayant refait depuis un reste de toilette,

Et semblant à son bras , fière d’un honneur tel !

Je demandai tout droit en français notre hôtel :

Il repartît d'un ton piqué de violence (Comme dans son secret un homme qu’on relance ) Qu'il ne comprenait pas ; je lui refis mon dit En allemand alors , auquel il répondit. .

Mais je pus remarquer , même à la nuit obscure ,

La femme intéressante et sa tendre figure , Fatiguée , il est vrai , non plus jeune d’ailleurs ,

Et tout usée ainsi par de longues douleurs ,

Mais surtout dans l'instant glorieuse , étonnée De paraître à ce bras , et comme illuminée !

Le lendemain matin , ta scéue du bateau Fut autre : le jeune homme eut un soin tout nouveau , Un soin , s'il n’était pas celui de l’amour même , Compatissant du moins pour l’être qui nous aime.

Vint la pluie ; il lui tint sa pauvre ombrelle au vent ;

Il serrait de ses mains le manteau voltigeant.

Entre ses deux genoux , leur disant des histoires ,

Il gardait bien longtemps les enfants aux mains noires , Et les grondait , si seuls ils approchaient du bord.

On offrit des raisins , mais fort chers , et d’abord J’allais en refuser aux désirs de ma fille ;

Il en achetait, lui , pour la pauvre famille.

Durant une éclaircie , elle ôta son chapeau, Déploya ses cheveux , son trésor le plus beau, Releva sa paupière au rayon éblouie ,

Et ce manteau , tombant tout chargé par la pluie , Laissa voir une taille , un élégant débris De jeunesse et de grâce , et dès lors je compris.

Les vieux châteaux passaient sans qu'on les comptât Mais quand ce fut celui d’un puissant de la terre, [guère; Quand le nom circula du beau Joliannisberg ,

Tous regardaient en niasse, et ce fut un concert.

Et moi , je regardais le jeune homme à la face :

J’y saisis le dédain qu'un faux sourire efface .

Ce qu'en anglais Byron eut appelé le stioer.

Cette douleur railleuse et qu’il faut retenir.

O Polonais , pensai-je , ô le plus noble Slave ,

Te voilà donc ici pour ne pas être esclave !

Te voilà , toi , seigneur , hors du honteux péril ,

Pauvre, en habit grossier, déguisant ton exil,

Trop heureux d’avoir pu, dans la cité lointaine, Rencontrer au faubourg ces compagnons de peine,

La famille qui t’aime, et dont un cœur trop bien Écouta ton malheur et te devra le sien !

Et la femme pourtant, que ce fût aux collines.. Ou le Reinstein brillant relevé des ruines ,

Ou le Johannisberg dont la vitre a relui,

Ne savait, et n’avait de regards que pour lui.

A Mayence arrivant, au moment de descendre Il te rapprocha d’eux, et tout me fît comprendre Qu’il était sous l'abri du même passeport.

Le lendemain matin, en revenant au bord Dès l’aube, pour pousser à Manheim le voyage,.

Je les vis tous, mais eux cette fois sans bagage ;

Lui seul avait le sien, fort léger, qu'on portait. Rien qu’au deuil de la forante un mystère éclatait. Elle était là muette, immobile et frappée.

Je compris cette veille en soin tendre occupée ; Celte veille, où pour elle il tâchait d’être mieux , Était celle des longs, des éternels adieux !

Montant sur le bateau , je suivis la détresse,

Le départ jusqu'au bout ! — Il baise avec tendresse Les deux petits garçons , embrasse le mari ,

Prend la maiu à la fille , ( et l’enfant a souri Maligne , curieuse , Ève déjà dans l’âme ) :

Il prend , il serre aussi les deux mains à la femme , Évitant son regard. — C’est le dernier signal De la eloche ! — Il s’élance ! 0 le moment final ! Quand on ôte le pont et pendant qu’on démarre, Quand le câble encor crie, ô minute barbare f Au rivage mouvant , alors il fallait voir ,

De ce groupe vers lui , gestes , coups do mouchoir ; Et les petits enfants , chez qui tout devient joie, Couraient le long du bord d’où leur cri se renvoie. Mais la femme , oh ! la femme , immobile en son lieu Le bras levé , tenant un mouchoir rouge-bleu Qu'elle n’agitait pas , je la vois là sans vie ,

Digne que, par pitié , le Ciel la pétrifie!

Non , ni l’antique mère , au flanc sept fois navré , Qui demeura debout marbre auguste et sacré ,

Ni la femme de Loth , n’égalaient en statue Ce fixe élancement d'une douleur qui tue !

Je pensai: Pauvre cœur, veuf d'insensés amours ,

Que sera-ce demain, et ce soir, et toujours?

Mari commun , grossier , enfants sales , rebelles ;

La misère ; une fille aux couleurs déjà belles ,

Et qui le sait tout bas , et dont l’oeil peu clément A , dans tout ce voyage , épié ton tourment :

Quel destin! — Lui pourtant, sur qui mon regard plonge , Et qu’embarrasse aussi l’adieu qui se prolonge, Descendit. — Nous voguions. En passant près de lui , Une heure après : » Monsieur , vous êtes aujourd’hui Bien seul , » dis-je ; — Oui , fit-il en paroles froissées, Depuis Londres , voilà six semaines passées ,

J’ai voyagé toujours avec ces braves gens. »

L’accent hautain notait les mots plus} indulgents.

— « Et les reverrex-vous bientôt ? » osai-je dire.

— « Jamais ! répliqua-t-il d’un singulier sourire ;

Je ne les reverrai certainement jamais ;

Je vais en Suisse ; après , plus loin encor, je vais 1 »

Ce fut tout. Seulement, vers la même semaine, Étant dans Heidelberg où midi me promène ,

Passe une diligence , et je le vois en haut ,

Lui , sur l’impériale. Il me voit , aussitôt Me salue , et se lève , et du corps , de la tête Il me me salue encor, et me veut faire fête,

Tant qu’en fin la voiture ait détourné le coin :

« Allons ! au moins , me dis-je, un souvenir de loin Pour cette pauvre femme , une bonne pensée Sortie à l’improviste , et vers elle élancée ! »

uaæ&a was wAuaàmas.

Avertissement. j

Pensées d'août. • 1

Monsieur Jean. 2t

A madame Tastu. 49

A. M. A. du Clésieux. 55

Sonnets à madame la D. de R. 65

A MM. Grégoire et Collombet. 67

A Victor Pavie. 75

Sonnet de VAt c. 85

Sonnet de sainte Thérèse. 81

Tu te révoltes , tu t'irrites, etc., etc. 89

Dans ce cabriolet de place , etc. , etc. 9

A Clr... 95

Tr ois s on nets im it és de Wordawor th, 101

La voilà , pauvre mère , etc . , etc, 105

J’ai reçu , j’ai reçu. , etc. , etc. 107

Sonnet à madame la M. de C. 117

Sur un portrait de Gérard. 119

Rome, imité de Wil. de Schlegel. 129

A David , statuaire. , 135

table.

Sonnet à M. Roger (TA. 151

Vite me quittant pour elle , etc, , etc. 1 (5

A madame la P, de R. 149

A M. de Salvandy. 155

Sonnets à madame G. IM

Pour une mort , pour un départ. 165

Quand de la jeune amante, etc., etc. 165

Sonnet à madame M. 169

A la Dame des sonnets de J. Delorme. 173

A M. Yillematn, 17

Vers d’Alfred de Musset. 189

A Alfred de Musset, Réponse. ' 193

Vœu en voyage. 199

Sonnet à Justin Maurice. 295

Sonnet , Je côtoyais ce lac , etc, , etc. 297

A l’abbé Eustache B. 215

Sonnet à Boulay-Paty. 219

Sonnet à P. de Limayrac. 223

A M. Patin. 227

Sonnet à Ch. Labitte. 552

A J. -J. Ampère , Les lieux sont beaux et grands, etc., etc. , 239

A M. et madame Olivier. 24a

A madame V. 249

A madame la C. de T. 255

i-SvSS

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