‹ Œuvres (volume 3)Chapitre 3 sur 102 · SAINT FRANÇOIS DE SALES · texte numérisé non relu

SAINT FRANÇOIS DE SALES

A MONSEIGNEUR CLAUDE DE GRANIER, ÉVÊQUE DE GENEVE

Réponses faites par le Saint-Siège à diverses requêtes présentées au nom de l'Evêque de Genève. — Bel ordre de la Cour romaine. — Eloge de plusieurs Cardinaux. — L'Evêque de Modène nommé nonce en France. — Accident survenu au P. Chérubin. — Dévouement du prieur de Contamine et du seigneur Bonesio. — Prochain retour en Savoie.

Rome, mi-janvier 1599.

Monseigneur,

Nous allions attendant la commodité de quelques plus asseurees addresses que ne sont les ordinaires en ce tems si troublé, pour envoyer nos lettres de delà, et quelque resolution du chemin que nos affaires prendroyent pour vous en donner quelque advis ; et l'un et l'autre nous est seulement arrivé maintenant. Nous avions proposé dix articles a Sa Sainteté de vostre part (0, et il nous a prouveu sur quelques uns ; sur les autres il nous a renvoyés au Nonce, et les autres il a presque refusés (sic).

( 1 ) Voir à la fin de ce volume, les suppliques adressées au commencement de janvier 1599 au Pape Clément VIII et au Cardinal Aldobrandino.

Lettres II l

2 Lettres de saint François de Sales

Il a accordé la des-union des bénéfices de Chablaix, Ternier et autres balliages jusques a la somme nécessaire pour le restablissement de la sainte religion et des pasteurs. Il a accordé que la provision desditz pasteurs se fit par vous absolument pour ceste première fois ; que vous puissies donner portion congrue a tous curés etiam extra visitationem^ ; absoudre les haeretiques comme ci devant, pour cinq ans a venir, licence laquelle ilz estiment icy perpétuelle par ce qu'il ne couste sinon d'envoyer pour demander la continuation avant qu'elle soit passée.

Quand a vos décimes, il renvoyé l'affaire au Nonce afîin quil advise comme l'on pourra jetter vostre rate sur les autres bénéfices moins chargés que l'evesché de Genève (0. Il luy renvoyé encores de prendre advis touchant l'affranchissement des talliables , sil sera expédient, et comm'il se pourra mieux faire.

Quand a la visite des monastères, il l'accorde, et la fera faire le tems estant venu. Quand a la dispense pour nos chanoynes, il l'accorde, pourveu que les chanoynes puyssent servir a leurs cures ; mais ce point n'est encores pas du tout bien esclairci.

Quand aux théologales, il ne les veut establir sur les monastères, ne voulant, comme il dit, descouvrir un autel pour en recouvrir un autre. Néanmoins le Cardinal Borghesio (2), nostre commissaire, nous bailla par advis de faire traitter ce point par Monseigneur le Nonce, et que peut estre reussiroit-il ; il faudra donq l'en supplier a nostre retour, et je crois quil s'y employera volontiers.

Quand au remuement de nostre cathédrale, il est encor en suspens, par ce que nostre Cardinal commissaire ne sceut pas dire si Tonon estoit plus près de Genève

(*) même en dehors de la visite

(i) Où. trouve aux Archives Vaticartes (tfun{. ai Savoia, vol. 36) une lettré ëcritesur ce sujet par le Nonce de Turin au Cardinal Aldobrandino le 25 juin 1599.

(2) Il sera parlé plus loin du Cardinal Borghese, qui devint Pape sous le nom de Paul V, aussi bien que du Cardinal Baronius à qui saint François de Sales écrivit plusieurs fois,

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qu'Annessy. Néanmoins, ni Sa Sainteté ne les Cardinaux ne le goustent pas trop, estimant que ceux cTAnnessi désirent nostre séjour en leur ville, et quilz nous tiennent en tel pris que toutes villes font semblables pièces comm'est la personne de l'Evesque et son Chapitre, et disent qu'on peut suppléer le fruit de ceste mutation autrement. Mays je crois en un mot que tout ce quil ne nous a pas accordé sera renvoyé a Monseigneur le Nonce.

Jamais je ne fus en lieu ou le poix fut si grand qu'il est en ceste Court. Sa Sainteté ne feroit pas une grâce, pour petite qu'elle soit, qu'elle ne soit pesée et contrepesée par conseil de Messieurs les Cardinaux, lesquelz, voyans il Santissimo di questo parère Of sont aussi eux mesmes d'iceluy. Mays au reste il y reluit presque par tout une courtoisie et maintien angelique, sur tout en nos trois commissaires, les Cardinaux Burghesio, Arigone (*) et Bianchetto (2), et par excellence au Cardinal Baronius, qui nous a portés de toute sa faveur tant vers Sa Sainteté que vers les Cardinaux.

Je crois que vostre bonté aura aggreable nostre petite négociation, quoy qu'elle n'obtienne pas bonnement du tout l'issue de vos saintes intentions. Le seul Cardinal Mathaei (3) estant malade, nous retient encor sans autre

(*) le Très Saint Père de cet avis

( 1 ) Pompée Arrigoni (1552-1616), originaire de Milan, d'abord avocat consistorial, auditeur de Rote (1591), fut créé Cardinal en 1596, exerça la charge de dataire sous les Papes Léon XI et Paul V, et devint archevêque de Bénévent en 1607. On a de lui des Lettres latines, imprimées parmi celles de Jean-Baptiste Lauri.

(2) Laurent Bianchetti, d'une noble famille de Bologne, avait été nommé par Grégoire XIII prélat de la Sacrée Consulte et auditeur de Rote. Sous Sixte-Quint, il remplit des missions diplomatiques en France et en Pologne. Clément VIII le promut au cardinalat en 1596, le fit entrer dans les Congrégations de la Signature, du Conseil et du Saint Office, et le nomma protecteur de l'église de Lorètte in Urbe. Ce Cardinal, qui s'était vu deux fois sur le point d'être élu Pape, mourut en 1612, à l'âge de 67 ans.

(3) Jérôme Mattei ou Mathei, de noblesse romaine, était né en 1546. Après avoir été président et auditeur général de la Chambre Apostolique, il fut créé Cardinal par Sixte-Quint en 1586, et mourut en 160^.

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response, sinon quil reçoit vostre Visitation et si qaid erroris admissum es set in mora, absolvit ad caittelam Oj et fera droit touchant la praetention que vous aves d'estre mis au nombre des ultramontains pour les termes de vostre Visitation ; mais il ni a pas moyen de tirer aucun'escriture de lu}^, dautant quil ne peut signer.

Quand a la commission que j'avois première et principale!1), je l'ay sollicitée et vers Sa Sainteté et vers l'Aldobrandino le plus vivement que j'ay sceu, et pour toute resolution on a escrit a Monseigneur nostre Nonce quil traitte avec Son Altesse, affin qu'il ne prenne aucune resolution touchant le point duquel on le sollicitoit qui pourra servir d'une réelle et légitime rayson de refus a sadite Altesse. Et parce quil ni a point de Nonce en France, il a fallu attendre qu'on en deputast un, qui est Monseigneur de Modene (2), lequel est arrivé icy et prend ses mémoires pour partir, et entre autres il en aura des bonnes pour nos affaires, comme m'a dit encor ce mattin le Cardinal Aldobrandino. Je l'iray treuver pour l'instruire. Voyla, ce crois-je, une partie de ce que nous estions venu faire en chemin, nonobstant la peyne que l'on a eu de les pousser pour les ennuys que le Tybre nous a fait (3).

Le Cardinal Sainte Séverine me dit que Monseigneur le Nonce sollicitoit de me faire depescher pour aller vers vous en l'absence du bon P. Chérubin, lequel, a ce qu'on nous advise de deçà, est tumbé en une très lamentable

O et, par précaution, s'il y a quelque faute dans le retard, il vous en absout

( 1 ) Cette « commission première et principale » était l'instance à faire pouf Obtenir que le Saint-Siège s'opposât à ce que Genève fût comprise dans les articles dii traité de Vervins (voir notre tome XI, p. }6<-,).

(2) Gaspard Silingârdo arriva de Modène à Rome vers le 12 janvier 1599. Il en était déjà reparti le 25 pour aller régler les affaires de son diocèse. C'est encore de Modène que le 27 février il adresse au Cardinal Aldobrandino une lettre par laquelle il lui annonce qu'il va enfin se mettre en route pour la France. Le 31 mars il était à Gênes, et arriva à Paris le 30 avril suivant. (Archives dd Vatican, Nan\. di Francia, volumes 47 et 289.)

( 3 ) Un débordement considérable du Tibre avait eu lieu le 24 décembre 1 59S.

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infirmité ; et Sa Sainteté et ces messieurs du Saint Office, bref tous les bons, regrettent infiniment cest accident, et pour la valeur de la personne, qu'il rend inutile, et pour le bruit qu'en feront les adversaires, qui, n'ayant aucune rayson pour leur opiniastreté, font bouclier de tous les sinistres evenemens qui nous arrivent, pour naturelz et ordinaires quilz soyent. Or bien, je fais tant plus de courage ; et monsieur le Vicaire ( * ) et moy et nos amis ne l'oublions point en nos petites oraysons, comme nous sommes obligés.

Je serois ingrat si je ne vous donnois advis que nous avons icy le seigneur chevallier Buccio, prieur de Contamine (2), qui s'employe pour nous a bon escient, et le seigneur Bartholommeo Bonesio, cameriero secreto di Sa Sainteté.

Or, nous espérons entre cy et Pasques vous bayser les mains et rendre conte en présence du tems et loysir que nous avons fait des nostre despart ; ce ne sera jamais si tost que je le désire. Et priant Dieu pour vostre longue et bonne santé, je demeure aeternellement,

Vostre très humble filz et serviteur,

A Monseigneur Monseigneur le Reverme Evesque et Prince de Genève.

Revu sur l'Autographe conservé à la Visitation de Périgueux.

( 1 ) François de Chissé, vicaire général de M^r de Granier, avait accompagné le Prévôt à Rome, avec ordre de solliciter pour ce dernier les Bulles de coadjuteur de TEvèque de Genève avec future succession.

(a) Philippe Buccio, chevalier des Saints Maurice et Lazare, remplissait dès 1576 les fonctions d'agent à Rome; on l'y retrouve encore en 1604. Il paraît s'être peu occupé des moines de Contamine en Savoie, dont il était prieur commendataire depuis l'année 1596.

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