CHAPITRE III
QUE LA DEVOTION EST CONVENABLE A TOUTES SORTES DE VOCATIONS ET PROFESSIONS
Dieu commanda en la création aux plantes de porter leurs fruitz , chacune (a) selon son genre*1 : ainsy * Gen., x, xx. commande -il aux Chrestiens , qui sont les plantes vivantes de son Eglise, qu'ilz produisent des fruitz de dévotion, un chacun selon sa qualité et vacation (b). La dévotion doit estre différemment exercée par le gentilhomme, par l'artisan, par le valet, par le prince, par la vefve, par la fille, par la mariée ; et non seulement
(i) usent — de ce monde (Ms.-A)
(j ) Croyés moy, — ma chère (Ms.)
(k) en est l'odeur — et odeur de suavité (Ms.) — de suavité (A)
(a) chacun (Ms.-A-B)
(b) vocation (Ms.-A-B-C)
ao Introduction a la Vie Dévote
cela, mais il faut accommoder la prattique de la dévotion aux forces , aux affaires et aux devoirs de chaque particulier. Je vous prie, Philothee, seroit il a propos que l'Evesque voulust estre solitaire comme les Chartreux (c) ? Et si les mariés ne vouloient rien amasser non plus que les Capucins, si l'artisan estoit tout le jour a l'église comme le religieux (d) , et le religieux tous-jours exposé a toutes sortes (e) de rencontres pour le service du prochain, comme l'Evesque, cette dévotion ne seroit elle pas ridicule, desreglee et insupportable ? Cette faute néanmoins arrive bien souvent, et le monde qui ne discerne pas, ou ne veut pas discerner, entre la dévotion et l'indiscrétion de ceux qui pensent estre devotz, murmure et blasme la dévotion, laquelle (f) ne peut mais de ces desordres.
Non, Philothee, la dévotion ne gaste rien quand elle
est vraye, ains elle perfectionne tout, et lhors qu'elle
se rend contraire a la légitime vacation de quelqu'un,
* De Hist. anim. , elle est sans doute fausse. « L'abeille, » dit Aristote*, « tire