‹ ŒuvresChapitre 245 sur 272 · DE NOSTRE ESTAT ENVERS NOUS MESME · texte numérisé non relu

DE NOSTRE ESTAT ENVERS NOUS MESME

CHAP. VI

Comme vous aymez vous ? vous aymez vous point trop pour ce monde ? si cela est, vous désirerez de demeurer tousjours icy , et aurez un extrême soin de vous establir en ceste terre : mais si vous vous aymez pour le Ciel, vous désirerez, au moins acquiescerez aysement, de sortir d'icy bas à l'heure qu'il plairra à nostre Seigneur.

Tenez vous bon ordre en l'amour de vous mesme ? car il n'y a que l'amour desordonné de nous mesme, qui nous ruine. Or l'amour ordonné veut que nous aimions plus l'ame que le corps, que nous ayons plus de soin d'acquérir les vertus que toute autre chose, que nous tenions plus de conte de l'honneur céleste que de l'honneur bas et caduque. Le cœur bien ordonné dit plus souvent en soy-mesme, Que diront les Anges si je pense à telle chose ? que non pas, Que diront les hommes ?

Quel amour avés vous à vostre cœur? vous faschés vous point de le servir en ses maladies ? helas vous luy devés ce soin quand ses passions le tourmentent.

Que vous estimés vous devant Dieu ? rien sans doute : or il n'y a pas grande humilité en une mousche de ne s'estimer rien au pris d'une montaigne, ny en une goutte d'eau de se tenir pour rien en comparaison de la mer, ny à une bluette ou estincelle de se tenir pour rien au pris du soleil : mais l'humilité gist à ne point nous surestimer aux autres, et à ne vouloir pas estre surestimés par les autres : à quoy en estes vous pour ce regard ?

Edition Princeps. Partie III. Chap. vin. 173*

Quant à la langue, vous vantez vous point ou d'un biais ou d'un autre ? vous flattés vous point en parlant de vous ?

Quant aux œuvres, prenez vous point de plaisir contraire à vostre santé : je veux dire de plaisir vain, inutile, trop de veillées sans sujet, et semblables ?

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