DU RECUEIL DES POÉSIES
Peut-être aurait-on du faire pour le recueil de ces poésies un choix plus sévère. Les produits fougueux d’une fantaisie juvénile, les essais incertains d'un art novice et d'un goût qui n’est pas encore d'accord avec lui-même, se Irouvent ici réunis à d'autres qui sont l'œuvre d'un esprit plus mûr. Mais, pour un recueil de poésies qui, la plupart, se trouvent déjà dans les mains du public, on ne pouvait pas avoir uniquement égard au mérite poétique. Elles sont déjà, par prescription, la possession du lecteur, qui souvent ne se laisse pas arracher volontiers, même une œuvre imparfaite, parce qu'elle lui est devenue chère par un souvenir ou une autre raison quelconque, cl d'ailleurs les défauts même marquent du moins un degré dans le développement intellectuel du poëte.
L’auteur de ces poésies s'est formé, comme tous ceux qui cultivent le même genre, sous les yeux de la nation et avec elle : il ne connaît point de poëlo qui ait débuté parfait tout d’abord. Il n'hésite donc point à se présenter d'ensemble au public dans la forme sous laquelle il a peu à peu paru devant lui. Il se réjouit que ce passé soit pour lui chose accomplie, et il ne regrette pas, en tant qu'il les a vaincues, même scs faiblesses.
Puisse ce recueil authentique, correct et choisi, des poésies de l’auteur, se substituer enfin à rclui*qui a paru il y a quelques années en trois volumes, et qui, en dépit d'une impression impardonnablement incorrecte, cl de sa sordide apparence, trouve cependant, à la honte du bon goût et au préjudice du légitime éditeur, des acheteurs en grand nombre'!
Weimar, pendant la fuire de Pâques, 1803.
1. Schiller publia en 1800, chez Crusius, à Leipzig, le 1" volume de ses poésies. En 1803, il fit paraître le tome 11, qui contenait un grand nombre d'essais île sa jeunesse. C'est en tète de ce second volume qu'il plaça l'avertissement dont nous donnons ici la traduction.