‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 10 sur 438 · ACTE I, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III

LA REINE

J'espère que mon Éboli pense autrement.

ÉBOLI

.Moi, Votre Majesté? Je vous supplie de ne pas me croire plus mauvaise chrétienne que la marquise de Mondécar.

LA REINE

Ah! j'oublie où je suis.... f.liangeons d'entretien.... Nous par-, lions, je crois, de la campagne. Ce mois a passé, ce me semble, avec une rapidité merveilleuse. Je m’étais promis beaucoup, beaucoup de joie de ce séjour. Je n'ai pas trouvé ce que j’e.spérais. En est-il ainsi de toute espérance? Je ne puis découvrir cependant un seul de mes vœux qui n’ait été accompli.

OLIVAREZ

Princesse Éboli, vous ne nous avez pas encore dit si tîomez pouvait espérer, si nous pourrons vous saluer bientôt comme sa liancée?

LA REINE

Oui. je suis bien aise que vous m’y fassiez songer, duchesse. (A la princesse.) On me prie de vous parler pour lui. Mais comment le puis-je? 11 faut que l'homme que je récompenserai par le don de mon Éboli soit un homme digne d’elle.

OLIVAREZ

Votre .Majesté, il l’est en effet. C’est un homme fort estimable, que notre très-gracieux monarque honore, comme tout le monde sait, de sa royale faveur.

LA REINE

C’est fort heureux pour lui.... Mais nous désirons savoir s’il peut aimer et mériter l’amour.... Éboli, c’est à vous que je le demande.

ÉBOLI demeure muette et troublée, les yeux baissés vers la terre, enfin elle tombe aux pieds de la Heine.

Généreuse reine, ayez pitié de moi. Ne souffrez pas.... pour l’amour de Dieu, ne souffrez pas.... que je sois sacriliée.

LA REINE

Sacrifiée? Je n’ai pas besoin d’en entendre davantage. Levezvous! C’est un cruel destin d’étre sacrifiée. Je vous crois. Levez-vous!... Y a-t-il longtemps déjà que vous avez refusé le comte?

ÉBOLi, se levant.

Oh! plusieurs mois. I^e prince Carlos était encore à la haute école.

LA REINE paraît surprise et l'examine d'un œil scrutateur.

Vous êtes-vous aussi demandé pour quels motifs?

ÉBOLI, oiw une certaine vivacité.

Jamais cela ne sera, cela ne peut être, ma reine, pour mille raisons, jamais.

LA REINE, très-sérieusement.

Plus d’une, c’est déjà trop. 11 ne peut vous plaire.... Cela me suflit. N’en parlons plus. (Aux autres dames.) .Mais je n’ai pas encore vu l’infante aujourd'hui. Marquise, apportez-la-inoi.

OLIVAREZ regarde à sa montre.

Ce n’est pas encore l’heure. Votre Majesté.

LA REINE

Pas encore l’heure où il m’est permis d’être mère? C’est pourtant triste. N'oubliez pas, de grJce, de m’avertir quand l’heure sera venue. (Un Page entre et parle bas à la grande Maîtresse, qui ensuite se tourne vers la Reine.)

OUVAREZ.

Le mai’quls de Posa, Votre -Majesté....

LA REINE

De Posa?

OLIVAREZ

11 vient de France et des Pays-Bas, et sollicite la faveur de remettre des lettres de la reine mère.

LA REINE

Et cela est-il permis?

OLIVAREZ, incertaine.

Dans mes instructions.ee cas particulier n’est point prévu, où un grand de Castille se présenterait pour remettre à la reine d’Espagne, dans son petit parc, des lettres apportées d’une cour étrangère.

LA REINE

Eh bien ! je le recevrai à mes risques et périls.

OLIVAREZ

Mais que Votre Majesté me permette de m’éloigner pendant ce temps....

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