ACTE V, SCÈNE VllI
ALBE
L'n Cliartreux qui s’était glissé secrètement dans la chambre du prince, et qui se faisait raconter, avec une curiosité suspecte, la mort du manjuis de Posa, frappe les yeux de mes gardes. On l’arrête. On l’interroge. La crainte de la mort lui arrache l’aveu qu’il a sur lui des papiers d’une grande importance, que le mort l’avait chargé de remettre aux mains du prince, si lui-mémè il ne reparaissait pas à ses yeux avant le coucher du soleil.
Eh bien?
FÉRU
ALBE
Ces lettres disent que Carlos doit quitter .Madrid entre minuit et le matin.
féru.
Quoi?
ALBE
Qu’un vaisseau à Cadix se tient prêt à mettre à la voile, pour le transporter à Flessingue.... que tes provinces des Pays-Bas n’attendent que lui pour secouer les chaînes de l’Espagne.
FÉRU
Ah! qu’est-ce que j’entends?
ALBE
D’autres lettres annoncent qu’une flotte de Soliman est déjà partie de Rhodes.... pour attaquer, en vertu du traité conclu, le roi d’Espagne, dans la Méditerranée.
FÉRU
Est-il possible?
ALBE
Ces mêmes lettres m’expliquent les voyages que ce chevalier de Malte avait faits, dans ces derniers temps, à travers toute l’Euro^. 11 ne s’agissait de rien moins que d’armer toutes les puissances du Nord pour la liberté des Flamands.
FÉRIA
Voilà quel il était !
ALBE
Enfin ces lettres sont accompagnées d’un jilan détaillé de toute la guerre qui doit séparer à jamais les Pays-Bas-de la monarchie espagnole. Rien, rien n’est omis; la force et la résisUnçe sont cal-
SCUlLLKft. ~ TU. U
DON CARLOS
culées; toutes les ressources, toutes les forces du pays indiquées de point en point, ainsi que toutes les maximes à suivre, toutes les alliances à contracter. liC plan est diabolique, mais, en vérité.... d’un génie divin.
FÉRU
Quel traître impénétrable !
ALBE
On fait encore allusion dans cette lettre à un entretien secret que le prina', au soir de sa fuite, doit se ménager avec la reine.
FÉRU
Comment? Mais ce serait aujourd’hui.