‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 170 sur 438 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

Vous vouliez dernièrement avoir trouvé la prouve, dans don Carlos, qu'une amitié passionnée pouvait être pour la tragédie un sujet aussi louchant qu’un amour passionné, et vous avez été surpris quand je vous ai répondu que je m’étais réservé pour plus lard la [leinture d’une telle amitié. Ainsi, vous tenez aussi pour certain, comme la plupart de mes lecteurs, que c’est une amitié enthousiaste que je me suis proposée pour bal dans les relations do Carlos et du marquis de Posa? et, conséquemment, c’est de ce point de vue que vous avez considéré jusqu’ici ces deux caractères, et peut-être tout le drame ? Mais que serait-ce, mon cher ami, si réellement, au sujet de celte amitié, j’avais le droit do vous accuser d’exagération? si de tout l'ensemble il résultait clairement qu’elle n'avait pas été et ne pouvait pas être mon but? si le caractère du marquis, autant qu’il ressort de la totalité de sa conduite, était absolument incompatible avec une telle amitié, et si juslomenl ses plus belles actions, dont on fait honneur à ce sentiment, fournissaient la meilleure preuve du contraire ?

La manière dont s’annoncent d’abord les rapports des deux amis eût pu tromper , mais à première vue seulement, et la moindre attention aurait suffi pour dissi|ier l’erreur, en montrant le contraste de leur conduite. Si le poète remonte à leur amitié de jeunesse, il n’abandonne rien pour cela de la grandeur do son plan ; au contraire , il ne pouvait en attacher la trame à des Gis mieux choisis. Les rapports des deux personnages à leur entrée en scène, sont une réminiscence do leurs années d’académie. L’harmonie des sentiments, un égal amour du grand et du beau, un même enthousiasme pour la vérité, la liberté et la vertu, les avaient alors attachés l’un à l’autre. Un caractère comme celui de Posa, qui se développe ensuite comme nous le voyons dans la pièce , devait avoir commencé de bonne heure à exercer sa vive sensibilité sur un objet fécond. Une bienveillance, qui devait dans la suite se répandre sur toute l’humanité, avait nécessairement préludé par quelque liaison plus étroite. A cet

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