‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 175 sur 438 · Voy. ibid. . p · texte numérisé non relu

Voy. ibid. . p

3. Le milieu de celte citation, depuis <qui comptait que ses yeux ,• jusqu’à « en Espagne, » a été depuis modifié, dans le drame, par Schiller. Voy. acte I , scène 2 , p. 8.

LETTRES DE SCHILLER

....C’est une passion sans espoir, qui consume toutes ses forces, qui met sa vio niAme en danger. Comment un ami du prince, mais qui n’eùt été qu’ami et rien de plus, aurait-il agi dans cette situation ? Et commenbia agi Posa, le citoyen du monde?Posa, ami et confident duprince,auraittremblé pour la sûreté de son Carlos, et tremblé beaucoup trop pour oser prêter la main à un dangereux rendex-vous avec la reine. Le devoir de l’ami eût été de songer aux moyens d’étouffer cette passion , et nullement à la satisfaire. Posa, défenseur des intérêts de la Flandre, agit tout autrement. Rien n’est plus important pour lui que do faire cesser au plus vite cette situation sans espoir , dans laquelle s’usent les forces actives de son ami, fallût-il tenter pour cela quelque périlleuse aventure. Tant que son ami se consume en désirs non satisfaits, il ne peut être sensible à des souffrances étrangères ; tant que ses forces sont abattues par la mélancolie, il ne peut s’élever à aucune résolution héroïque. La Flandre n’a rien à espérer de Carlos malheureux ; peut-être Carlos heureux lui viendra-t-il en aide. Il se hâte donc de satisfaire son désir le plus ardeifl ; lui-même le conduit aux pieds de la reine, et il ne s’en tient point là. Il ne trouve plus dans l’âme du prince les mobiles qui, dans d'autres temps, l’avaient élevé aux résolutions héroïques ; que peut-il faire autre chose que de rallumer à un feu étranger cet héroïsme éteint, et de mettre à profit l’unique passion qui existe dans le cœur de Carlos? C'est à cette passion qu’il doit nécessairement rattacher les nouvelles idées qu’il veut maintenant faire dominer dans son âme. Un regard dans le cœur de la reine lui apprend qu’il peut tout attendre de son concours. Ce n’est que le premier enthousiasme qu’il veut emprunter à cette passion. Quand elle l’aura aidé â donner â son ami cette impulsion salutaire, il n’aura plus'besoin d’elle, et il peut être sûr d’avance qu’elle sera détruite par l’effet même qu’elle produira. Ainsi cet obstacle qui est venu s’opposer â son grand dessein , ce malheureux amour, sera lui-même transformé en un instrument utile pour ses vues plus importantes, et il faut que le destin de la Flandre parle au cœur de son ami par la bouche de l’amour :

t Dans cette flamme sans espoir, j’ai reconnu de bonne heure le rayon c d’or de l’espérance. Je voulais conduire Carlos à l'excellent, au parfait, c Ce noble fruit, ce fruit royal, que le lent travail des générations doit seul « cultiver, il fallait que le rapide printemps de l’amour en hâtât par mif racle le développement. Je voulais que sa vertu mûrit aux regards de ( ce puissant soleil '. >

Aussi est-ce dos mains de la reine que Carlos reçoit les lettres que Posa a apportées pour lui de Flandre. Son génie évanoui , c’est la reine qui le rappelle.

Cette subordination de l’amitié à un intérêt supérieur se montre plus visiblement encore dans l’entrevue du cloître. Une tentative du prince auprès du roi a échoué; cet échec et une découverte, favorable à sa passion, qu’il croit avoir faite, le replongent dans cetto passion avec plus de

1. Voy. Don Carlos, acte IV, scène 21, p. lôO. Schiller, en remaniant son drame, en a retranché la pins grande partie de ce morceau, et n’a conservé que le commencement, jusqu’à ces mots ; « au jiarfart. >

SÜR DON CARLOS.

force, et Posa croit remarquer que les sens y ont part. Rien ne saurait être plus inconciliable avec son noble plan. Toutes les espérances qu’il avait fondées pour les Pays-Bas sur l’amour de Carlos pour la reine sont renversées, si cet amour déchoit de sa haute sphère. Le violent dépit qu'il ressent à ce sujet met au jour sa pensée : c Oh I je sens quelle habitude je dois perdre. Oui , naguère , najïuéro , « c’était tout autrement. Tu étais alors si riche, si ardent, si riche ! Tout ( un monde trouvait place dans ton vaste sein. Tout cela maintenant a « péri, dévoré par une seule passion, par un petit intérêt personnel. Ton « cœur est mort. Pas une larme pour l'affreux destin des Provinces- « Unies, plus une seule larmel O Charles, que tu es devenu pauvre, pauvre € à mendier, depuis que lu n’aimes plus personne, que toi' I i Redoutant une semblable rechute, il croit devoir risquer un coup violent. Tant que Charles restera dans le voisinage de la reine, il est perdu pour la cause de la Flandre. Sa présence dans les Pays-Bas peut y donner aux affaires une tout autre tournure: il n’hésite donc pas un moment à le pousser au départ de la façon la plus violente :

€ Il faut qu’il désobéisse au roi, qu’il se rende secrètement à Bruxelles, c où les Flamands l’attendent les bras ouverts. Tous les Pays-Bas se lèvct ront à son signal. La bonne cause devient bien forte par un 61s de roi*.»

L’ami de Carlos aurait-il pu se décider à mettre en jeu si témérairement la bonne renommée, la vie mémo de son ami? Mais Posa, pour qui la délivrance d’un peuple opprimé était un mobile bien plus puissant que les petits intérêts d’un ami. Posa, le ciloyen du monde, devait agir ainsi et non autrement. Toutes les démarches auxquelles il se porte dans le cours de la pièce trahissent une hardiesse prête à tout oser et qu’un but héro'ique peut seul inspirer : l’amitié est souvent pusillanime et toujours inquiète. Où voit-on jusqu’à présent dans le caractère du marquis la moindre trace de cette inquiète sollicitude |K)ur une créature isolée, do cette inclination exclusive, qui seules cependant forment le caractère propre de l’amitié passionnée? Où ne voit-on pas chez lui l’intérêt du prince subordonné à l’intérêt supérieur de l’humanité ? Le marquis poursuit avec fermeté et constance sa grande carrière de cosmopolite, et tout ce qui se passe autour de lui n’a d’importance à scs yeux que par la liaison qu’il y peut voir avec son sublime objet.

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