‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 273 sur 438 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

J’ai une idée.... Le comte Terzky ne nous donne-t-il pas un banquet ce soir ?

TERZKY

Oui, et tous les généraux sont invités.

ILLO , à WaUemtein.

Dis-moi : veux-tu me laisser pleine et entière liberté? Je te procurerai la parole des généraux , comme tu la désires.

WALLENSTEIN

Procure-la-moi par écrit. Quant aux moyens de l’avoir , c’est ton affaire.

ILLO

Et si donc je t’apporte , noir sur blanc , la promesse que tous les chefs ici présents se livreront aveuglément à toi.... te décideras-tu enfin à prendre la chose au sérieux, et à tenter la fortune en agissant résoliirnent ?

WALLENSTEIN

Procure-moi l’engagement écrit.

ILLO

Songe à ce que tu feras. Tu no peux accomplir la volonté de l’empereur.... tu ne peux laisser affaiblir l’armée.... ni souffrir que les régiments aillent se joindre aux Espagnols , si tu neveux renoncer à tout jamais à ton pouvoir. Songe encore que , d’autre part, tu ne peux braver les ordres de l’empereur, son commandement positif, ni chercher de nouveaux subterfuges, ni temporiser plus longtemps , si tu ne veux rompre formellement avec la cour. Décide-toi! Veux-tu la prévenir en agissant avec résolution ? Veux-tu , en hésitant davantage , attendre les dernières extrémités ?

WALLENSTEIN

C’est ce qu’il convient de faire avant de se résoudre soi-méme aux dernières extrémités.

ILLO

Oh ! saisis le bon moment, avant qu’il échappe. Elle .se présente si rarement dans la vie, l’heure favorable, vraiment grave et importante. Quand une grande dérision doit avoir lieu , il faut que bien des circonstances heureuses se réunis.sent et s’accordent.... et d’ordinaire ils ne se montrent à nous qu’un à un et dispersés, ces fils précieux de la fortune, ces opportunités, qui ne

LES PICCOLOMINI

peuvent former et nouer le fruit qu'eu se pressant ensemble sur un seul point de la vie. Vois comme en cet instant tout se combine autour de toi, d’une façon décisive et fatale.... I.es chefs de l'armée, les meilleurs, les plus illustres, rassemblés autour de toi , leur royal commandant , n'attendent qu'un signe de ta main.... Oh! ne les laisse pas se séparer comme ils sont venus ! Dans tout le cours de la guerre , tu ne les réuniras pas une seconde fois dans un tel accord. C’est la haute marée qui soulève et éloigne du rivage le pesant navire.... et chaque homme sent croître .son courage dans le grand courant de la multitude. Maintenant tu les as, maintenant encore! Bientôt la guerre les dispersera de nouveau, lancera l’un ici , l’autre là.... L’esprit général se. résoudra en soucis et intérêts privés. Tel qui aujourd’hui , entraîné par le courant, s’oublie lui-même , reviendra de son ivresse quand il se verra seul, et, ne sentant plus que son impui.ssance, il se hâtera de rentrer dans la vieille grand’route, bien large et bien battue, du devoir commun, et ne cherchera qu’à se mettre à l’abri sain et sauf.

WALLENSTEIN

Le temps n’est pas encore venu.

ILLO

C’est ce que tu dis toujours. Mais quand sera-t-il temps?

WALLENSTEIN

Quand je le dirai.

ILLO

Oh! tu attendras l’heure des étoiles, jusqu’à ce que l’heure d’ici-bas t’échappe. Crois-moi, c’est dans ton propre sein que sont les astres de ta destinée. La conliance en toi-même, la résolution , voilà ta Vénus. L’étoile malfaisante, la seule qui te nuise , c’est le doute.

WALLENSTEIN

Tu parles comme tu comprends. Que de fois pourtant je te l’ai expliqué!... A ta naissance, Jupiter, le dieu brillant, était à son déclin; tu ne peux pas pénétrer ces mystères. Tu ne peux que fouiller dans la terre, au sein des ténèbres, aveugle comme le dieu souterrain qui a éclairé ton entrée dans la vie de .sa lueur pâle, couleur de plomb. Ce qui est terrestre et vulgaire, tu le peux voir, et combiner habilement les rapports les plus proches, que tu as sous la main ; pour cela , je me fie à toi et je

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