‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 326 sur 438 · ACTE I, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IV

infranchissable, et me ferme la retraite. {Il demeure plongé dans de profondes réflexions.) Je parais coupable, et, de quelque manière que je m’y prenne, je ne puis me décharger de la faute ; car rambiguité de ma'conduite m’accuse, et le soupçon, interprète malveillant, empoisonnera jusqu’aux actions innocentes, nées de la source la plus pure. Si j’eusse été ce pour quoi je passe, un traître, je me serais ménagé la bonne apparence ; je me serais entouré d’un voile épais ; je n’aurais jamais laissé parler mon dépit. Sùr de mon innocence et de mes intentions droites, j’ai donné carrière à la fantaisie, à la passion..,. Mes paroles étaient hardies, parce que mes actions ne l’étaient pas. (le qui s’est fait sans aucun plan, ils vont, avec des vues profondes, me le combiner en un vaste projet ; de tout ce que m’a fait dire la colère, l’ardeur du premier mouvement, dans l’abondance de mon cœur, ils vont composer une trame artilicielle et former une accusation terrible , devant laquelle je serai réduit au silence. Ainsi, je me suis fatalement enveloiqié dans mes propres (ilets, et la violence seule m’en peut dégager, en les rompant. {Il demeure de nouveau silencieux.) (juelle différence, quand la libre impulsion du cœur me portait à l'acte audacieux, que la nécessité, dure et impérieuse, que ma conservation me commande aujourd’hui ! L’asi)ect de la nécessité est austère. Ce n’est pas sans frissonner que la main de l'homme plonge dans l’urne mystérieuse du destin. Tant qu’elle est restée dans ma pensée, mon action était encore à moi ; une fois échappée de la sûre retraite du cœur, de son sol natal , une fois exilée dans la vie extérieure, elle appartient à ces puissances perfides que jamais l’art de nul homme ne sut apprivoiser. {Il se promène dans la chambre à pas précipités, puis s'arrête de nouveau pensif.) Et qu’estœe que ton entreprise? Te l’es-tu au moins avouée loyalement à toi-méme? Tu veux ébranler, sur .son trône assuré et paisible, une puissance qui repose sur une pos.session sanctifiée par le temps , sur les solides fondements d’une longue habitude, une puissance qui a jeté dans la foi pieuse et naïve des peuples mille racines tenaces ? Ce ne sera pas un combat de la force contre la force ; celui-là ne m’effraye pas. Je risque la lutte contre tout adversaire que je peux voir et mesurer des yeux, qui, plein de courage lui-méme, enflamme aussi mon

I,A MORT UK NVAI.LKNSTEIX.

courage. C’est un ennemi invisible que je redoute, un ennemi qui me résiste dans le cœur des hommes et n’a d'autre force à m’opposer qu’une lâche crainte.... Ce n’est pas ce qui se révèle a nous, plein de vie et de vigueur qui est dangereux et elTrayaiit; ce qu’il faut craindre, c’est cette force toute commune, cette éternelle habitude d’hier, ce qui fut toujours et toujours revient *, et n’a de crédit demain que pour en avoir eu aujourd’hui. Car l’homme est fait de routine, et il nomme la coutume sa nourrice. .Malheur à qui touche à son antique et vénérable mobilier, au précieux héritage de ses aïeux! Le tem|)s exerce une influence sanctifiante : ce que la vieillesse a blanchi est divin pour l’homme. .\ie la possession, et tu auras le droit, et la foule te la maintiendra religieusement. (.t« Page gui entre.) Le colonel suédois ? Est-ce lui t Eh bien ! qu’il vienne. (Le Page sort. Waltenstein fixe sur la porte un regard pensif .) Elle est pure.... elle l’est encore ! ]jn crime n’a pas encore franchi ce seuil.... Si étroite est la limite qui sépare les deux sentiers de la vie !

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