‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome deuxième. 3Chapitre 4 sur 438 · ACTE I, SCftNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCftNE

DOMINGO

Si Votre Altesse se souvient du dernier tournoi de Samgosse, où un éclat de lance effleura le roi notre seigneur.... La reine était assise, avec ses dames, à la tribune du milieu du palais, et regardait le combat. Tout à coup l’on cria ; < Le roi saigne!... » On se précipite confusément, un sourd murmure parvient à l'oreille de la reine. « Le prince? » s’écrie-t-elle, et elle veut.... elle veut s’élancer du haut du balcon..., «Non, c’est le roi lui-même! » lui répond-on.... > Eli bien! qu’on aille chercher des médecins,* réplique-t-elle en reprenant haleine. {Après un moment de sUence.) Vous demeurez pensif?

CARLOS

J’admire l’humeur joviale du confesseur du roi et m’étonne de le voir si bien au courant des histoires malignes. {D’un ton ÿrav« eisomfcre.) Cependant j’ai toujours ouï dire que ceux qui épient les démarches et colportent des histoires ont fait plus do mal en ce monde que le poison ou le poignard dans la main du meurtrier. Vous pouviez, mon père, vous épargner cette peine. Si vous attendez des remerctments , allez auprès du roi.

DOMINGO

Vous faites très-hien , mon prince, d’être circonspect avec les hommes.... mais il faut du discernement. Ne repoussez pas l’ami avec l’hypocrite. J’ai les meilleures dispositions pour vous.

CARLOS

Gardez-vous de le laisser voir au roi. C’en serait fait de votre pourpre.

■ DOMINGO , jouant la surprise.

Comment ?

CARLOS

Eh bien oui ! Ne vous a-t-il pas promis le premier chapeau dont disposera l’Espagne?

DOMINGO

Prince, vous vous raillez de moi.

Que Dieu me garde de railler l’homme redoutable dont la sentence peut sauver mon père ou le damner!

BON CARLOS

• DOMINGO

Je ne serai point assez témi^raire, prinre, pour pénétrer l'auguste secret de votre chagrin. Seulement , je prie Votre Altesse de se rap]>eler que l’Église ouvre aux angoisses de la conscience un refuge dont les monarques n’ont point la clef, où les crimes même sont déposés en sûreté sous le sceau du sacrement.... Vous savez, prince, de quoi je veux parler. J’en ai dit assez.

CARLOS

Non , loin de moi la pensée de soumettre le garde du sceau à une telle tentation!

DOMINGO

Prince , cette méfiance.... Vous méconnaissez votre plus fidèle serviteur.

CARLOS lui prend la main.

Eh bien ! renoncez plutôt à me guérir. Vous êtes un saint homme, le monde le sait.... mais, à yiarler francliement.... pour moi, vous êtes déjà trop surchargé. Jusqu’à ce que vous soyez assis sur le trône de saint Pierre, votre route, révérend père, est longue entre toutes. Trop savoir pourrait embarrasser votre marche. Rapportez cela au roi , qui vous a envoyé ici.

DOMINGO

Oui m’a envoyé?

Je l’ai dit. Oh ! je sais bien , trop bien , que je suis trahi à cette cour.... Je sais que cent yeux sont soldés pour me surveiller ; je sais que le roi Philippe a vendu son fils unique aux plus vils de ses valets, et que chaque syllabe qu’on me surprend est payée au délateur plus royalement qu’il n’a jamais payé une bonne action. Je sais.... Oh! taisons-nous! Rien de plus! mon cœur menace de déborder, et j’en ai déjà trop dit.

DOMINGO

Le roi a l’intention de rentrer à Madrid avant ce soir. Déjà la cour se rassemble. Aurai-je l'honneur, prince....

CARLOS

C’est bien. Je vais vous suivre. (Domingo sort. — Apres un mo-

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