SCÈNE IX
LK MAUOUIS, seul.
Bien parlé, duc. 11 faut mettre à profit le moment qui ne s'offre qu’une fois. En vérité, ce courtisan me donne une bonne leçon.... bonne; sinon dans son sens, au moins dan.s le mien. {Après s être promené un instant. ) Mais d’où vient que je suis ici? Serait-ce simplement une fantaisie du hasard capricieux qui me montrerait mon image dans ces miroirs? qui sur un millier d’hommes m’aurait choisi, moi, tout juste, le choix le plus invraisemblable, et m’aurait fait revivre dans la mémoire du roi? Un simple hasard? Peut-être aussi est-ce davantage.... Et le hasard, qu’est-ce autre chose que la pierre brute qui s’anime sous la main du sculpteur? t’.’est la Providence qui donne le hasard.... il faut que l’iiomme le façonne et l’accommode au but.... Qu’importe ce que le roi peut me vouloir?... Je sais ce que j’ai, moi, à •faire avec le roi.... et quand ce ne serait qu’une étincelle de vérité, lancée hardiment dans l'éme du despote.... combien elle peut être féconde sous la main de la Providence! Ainsi ce qui m’a j)aru d’abord un caprice si étrange serait sagesse et tendrait ù un but excellent. Que cela soit ou non, n’importe ! Je veux agir dans cette croyance. {Il fait epielques tours dans la chambre et s’arrête à la fin, dans une paisible contemplation, devant un tableau. Le Roi parait dans la chambre voisine, où il donne (fuelques ordres; puis il entre, s'arrête près de la porte et regarde pendant quelque temps le Marquis, sans être aperçu de lui.)