LA REINE, ALBE, DOMINGO
ALBE.-
S’il nous est permis, grande reine....
LA REINE
Qu’y a-t-il pour votre service?
DOMINGO
Une loyale sollicitude pour l’auguste personne de Votre Majesté ne nous permet pas de rester oisifs, et de garder le silence sur un événement qui menace votre sûreté.
ALBE
Nous nous hâtons de paralyser par un avis opportun un complot qui se trame contre vous....
DOMINGO
Et de mettre notre zèle.... nos services, aux pieds de Votre Majesté.
LA REINE les regarde avec étonnement.
Très-révérend père, et vous, mon noble duc, vous me surprenez en vérité. Je ne m’attendais réellement pas à un-tel dévouement de la part de Domingo et du duc d’Albe. Je sais comment je dois l’apprécier.... Vous me parlez d’un complot qui me menacerait. Puis-je savoir qui....
ALBE
Nous vous engageons à vous tenir sur vos gardes contre un
DON CARLOS
marquis de Posa qui fait de secrètes affaires pour Sa Majesté le roi....
LA REINE
J’apprends avec plaisir que le roi ait si bien choisi. On m’a depuis longtemps vanté le marquis comme un homme de bien, comme un grand homme. Jamais la plus haute faveur ne fut plusjustement accordée....
DOMINGO
Plusjustement accordée? Nous sommes mieux instruits.
ALBE
On sait, depuis longtemps ce n’est plus un mystère, à quoi cet homme s’est laissé employer.
LA REINE
Comment? Que serait-ce donc? Vous excitez toute mon attente.
DOMINGO
...Y a-t-il longtemps que Votre Majesté a regardé pour la dernière fois dans sa cassette ?
LA REINE
Comment?
DOMINGO
Et n’y manquait-il rien de précieux?
Comment? Pourquoi? Ce qui y manquait, toute ma cour le sait.... Mais le marquis de Posa? Comment le marquis de Posa se trouve-t-il mêlé à cela ?
ALBE
Très-directement, Votre Majesté.... car il manque aussi au prince des papiers importants, qui ont été vus ce matin dans les mains du roi.... quand le chevalier a eu une secrète audience.
LA REINE, àpris un moment de réflexion.
Voilà qui est étrange, par le ciel! et tout à fait extraordinaire!... Je trouve ici un ennemi auquel je n’avais jamais songé, et en revanche deux amis que je ne me souviens pas d’avoir jamais possédés.... Car, en vérité! {attachant sur tous deux un regard pénétrant) je dois vous l’avouer, le mauvais service qui m’a été rendu auprès du roi mon maître, déjà, à tout hasard, je me laissais aller à le pardonner.... à vous.