ACTE II, SCÈNE IV
On ne murmure rien. Dans tous les cafés, billards, auberges, promenades.... sur le marché.... à la bourse, on crie tout haut....
FIESQUE
Quoi? Je te l’ordonne.
le nègre, se reculant.
Que vous êtes un fou !
FIESQUE
Bon ! Tiens, prends ce sequin pour cette nouvelle. Je me suis coiffé du bonnet à grelots, pour que ma personne soit une énigme à ces Génois ; bientôt je me tondrai le crâne, alin qu'à ma vue ils jouent paillasse pour me singer. Comment les marchands de soie se sont-ils comportés en recevant mes présents ? le nègre , d'un ton plaisant.
Maître fou , comme les pauvres pécheurs....
FIESQUE
Maître fou ? as-tu perdu le sens , drôle 1
m LE NÈGRE.
Pardonnez , je voudrais encore gagner des sequins. fiesque rit et lui en donne un.
Eh bien! comme les pauvres pécheurs....
LE NÈGRE
Qui ont la tète sur le billot et qui , à ce moment-là môme , entendent proclamer leur pardon. Ils sont à vous corps et àme.
FIESQUE
Cela me fait plaisir. Ils donnent l’impulsion à la populace de Gènes.
Il fallait voir cette scène ! Peu s’en fallut , le diable m’emporte! que je ne trouvasse peu de goût à la générosité. Ils se jetaient , comme des insensés , à mon cou. Les fillettes semblaient presque » s’être amourachées de la couleur de mon père, tant elles «e précipitaient avec ardeur sur ma face éclipse de lune. 11 faut convenir que l’or est tout-puissant , pensai-je alors ; il peut blanchir les nègres.
FIESQUE
Ta pensée valait mieux que la couche de fumier où elle a germé.... Les parolesque tu m’as apportées sont bonnes: peut-on en conclure des actions !
/i Googl
le
LA CONJURATION I)E FIESQUE
LE NÈGRE
Comme des sourds grognements du ciel l'explosion prochaine de l’orage. Les tètes se rapprochent , on s'assemble par groupes, on crie : «Chut!» dès qu’il passe, par malencontre, un étranger. Une lourde chaleur d’orage règne partout dans Gênes.... Ce mécontentement est suspendu comme un temps noir sur la république.... Au moindre vent, il tombera des grêlons et des foudres.
FIESQUE
Silence ! écoute ! Ou’est-ce que ce bourdonnement confus? le nègre , volant à la fenêtre.
Ce sont les clameurs d’une foule d’hommes qui descendent de l’hôtel de ville.
FIESQUE
C’est aujourd’hui l’élection du procurateur. Fais avancer ma voiture. 11 est impossible que la séance soit déjà finie. J’y veux
aller. 11 est impossible qu’elle soit légalement finie Mon épée
et mon manteau. Où est ma plaque?
LE NÈGRE
Seigneur , je l’ai volée et mise en gage.
FIESQUE
J’en suis ravi.
LE NÈGRE
Mais quoi? n’aurai-je pas bientôt ma récompense?
FIESQUE
Pour n’avoir pas pris le manteau en même temps ?
LE NÈGRE
Pour avoir découvert le voleur.
FIESQUE
Le tumulte roule dans cette direction. Écoute ! ce ne sont pas là des cris d’allégresse et d’approbation. (Vivement.) Cours, ouvre les portes de la cour. J’ai un pressentiment. Doria est follement téméraire. L’État chancelle sur la pointe d’une aiguille. Je gage qu’il y a eu du bruit à la Signoria.
le nègre , à la fenêtre , crie.
Ou’est-ce que cela ? Ils descendent la rue Balbi.... Une troupe do plusieurs milliers.... Des hallebardes brillent.... des épées.... llolà! des sénateurs.... ils accourent ici.