‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 164 sur 372 · ACTE II, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IV

On ne murmure rien. Dans tous les cafés, billards, auberges, promenades.... sur le marché.... à la bourse, on crie tout haut....

FIESQUE

Quoi? Je te l’ordonne.

le nègre, se reculant.

Que vous êtes un fou !

FIESQUE

Bon ! Tiens, prends ce sequin pour cette nouvelle. Je me suis coiffé du bonnet à grelots, pour que ma personne soit une énigme à ces Génois ; bientôt je me tondrai le crâne, alin qu'à ma vue ils jouent paillasse pour me singer. Comment les marchands de soie se sont-ils comportés en recevant mes présents ? le nègre , d'un ton plaisant.

Maître fou , comme les pauvres pécheurs....

FIESQUE

Maître fou ? as-tu perdu le sens , drôle 1

m LE NÈGRE.

Pardonnez , je voudrais encore gagner des sequins. fiesque rit et lui en donne un.

Eh bien! comme les pauvres pécheurs....

LE NÈGRE

Qui ont la tète sur le billot et qui , à ce moment-là môme , entendent proclamer leur pardon. Ils sont à vous corps et àme.

FIESQUE

Cela me fait plaisir. Ils donnent l’impulsion à la populace de Gènes.

Il fallait voir cette scène ! Peu s’en fallut , le diable m’emporte! que je ne trouvasse peu de goût à la générosité. Ils se jetaient , comme des insensés , à mon cou. Les fillettes semblaient presque » s’être amourachées de la couleur de mon père, tant elles «e précipitaient avec ardeur sur ma face éclipse de lune. 11 faut convenir que l’or est tout-puissant , pensai-je alors ; il peut blanchir les nègres.

FIESQUE

Ta pensée valait mieux que la couche de fumier où elle a germé.... Les parolesque tu m’as apportées sont bonnes: peut-on en conclure des actions !

/i Googl

le

LA CONJURATION I)E FIESQUE

LE NÈGRE

Comme des sourds grognements du ciel l'explosion prochaine de l’orage. Les tètes se rapprochent , on s'assemble par groupes, on crie : «Chut!» dès qu’il passe, par malencontre, un étranger. Une lourde chaleur d’orage règne partout dans Gênes.... Ce mécontentement est suspendu comme un temps noir sur la république.... Au moindre vent, il tombera des grêlons et des foudres.

FIESQUE

Silence ! écoute ! Ou’est-ce que ce bourdonnement confus? le nègre , volant à la fenêtre.

Ce sont les clameurs d’une foule d’hommes qui descendent de l’hôtel de ville.

FIESQUE

C’est aujourd’hui l’élection du procurateur. Fais avancer ma voiture. 11 est impossible que la séance soit déjà finie. J’y veux

aller. 11 est impossible qu’elle soit légalement finie Mon épée

et mon manteau. Où est ma plaque?

LE NÈGRE

Seigneur , je l’ai volée et mise en gage.

FIESQUE

J’en suis ravi.

LE NÈGRE

Mais quoi? n’aurai-je pas bientôt ma récompense?

FIESQUE

Pour n’avoir pas pris le manteau en même temps ?

LE NÈGRE

Pour avoir découvert le voleur.

FIESQUE

Le tumulte roule dans cette direction. Écoute ! ce ne sont pas là des cris d’allégresse et d’approbation. (Vivement.) Cours, ouvre les portes de la cour. J’ai un pressentiment. Doria est follement téméraire. L’État chancelle sur la pointe d’une aiguille. Je gage qu’il y a eu du bruit à la Signoria.

le nègre , à la fenêtre , crie.

Ou’est-ce que cela ? Ils descendent la rue Balbi.... Une troupe do plusieurs milliers.... Des hallebardes brillent.... des épées.... llolà! des sénateurs.... ils accourent ici.

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