ACTE II, SCÈNE XIII
ANDRÉ
Tais-toi!... Tu t’es rendu coupable de haute trahison envers l’État et tuas blessé sa vie au cœur. Sa vie, enfant, remarque-le, se nomme.... soumission!... Parce que le berger s’est retiré, au soir de son jour de travail, pensais-tu que le troupeau fût abandonné? Parce que André porte des cheveux blancs, tu piétinais, en polisson, sur les lois?
gianettino, avec hauteur.
Doucement , doge ! Dans mes veines aussi bout le sang de cet André devant qui la France a tremblé.
ANDRÉ
Tais-toi, je te l’ordonne.... Je suis accoutumé à voir la mer attentive quand je parle,... Tu as conspué, au milieu de son temple, la majesté de la justice. Sais-tu comment on châtie un tel acte, rebelle?... Maintenant réponds! ( Gianettino demeure en silence, les yeux fixés sur le sol.) Malheureux André! c’est dans ton propre cœur que tu as fait éclore le ver qui devait ronger ton œuvre.... J’ai bâti pour les Génois un éditice qui devait braver le temps destructeur, et j’y jette moi-même le premier brandon.... que voilà! Rends grâce, imprudent, à cette tète blanche qui veut être portée au tombeau par les mains de sa famille.... Rends grâce à mon amour impie, si je ne jette pas à l’État outragé la tète du factieux.... du haut de l'échafaud. (Il s'éloigne rapidement.)