ACTE III, SCÈNE V
ne sont pas encore entièrement gagnés..., pour l’autre, cinq bons poignards suffisent. Dans trois jours, il y a une grand'messe à l’église Saint-Laurent, les deux Doria assisteront à la solennité. Dans le voisinage du Très-Haut, l’anxiété des tyrans est elle-même endormie. J’ai tout dit.
fiesque , se détournant.
Calcagno.... votre judicieux avis est horrible.... Raphaël Sacco ?
SACCO
Les motifs de Calcagno me plaisent, mais son choix me révolte. Il vaut mieux que Fiesque invite l’oncle et le neveu à un festin, où, pressés entre toutes les haines de la république, ils auront le choix ou d’avaler la mort au bout de nos poignards, ou de lui faire raison dans de bon vin de Chypre. Cette manière est au moins commode.
fiesque, avec horreur.
Sacco! et si la goutte de vin qui humectera leur langue mourante se changeait pour nous en poix bouillante, en avantgoût de l’enfer.... Qu’en dis-tu, Sacco?... Fi de ce conseil! Parle, toi , Verrina.
Un cœur franc montre un front découvert. Un assassinat ferait de nous les confrères de tous les bandits. Le glaive îi la main, telle est l’attitude du héros. Mon avis est que nous donnions hautement le signal de la révolte, et que, sonnant l’alarme, nous appelions les patriotes de Gênes à la vengeance. (Il s’élance de son siège; les autres l’imitent. Bourgognino se jette à son cou.)
BOURGOGNINO.
Et que nous emportions, les armes à la main , la faveur de la Fortune. C'est là le vœu de l’honneur, c’est le mien.
FIESQUE
Et le mien. Fi, Génois! (.1 Calcagno et à Sacco.) La Fortune jusqu’ici a déjà trop fait pour nous; il faut que nous nous donnions aussi du travail à nous-mêmes.... Ainsi donc la révolte, et cette nuit même, Génois! ( Verrina et Bourgognino semblent étonnés, les autres effrayés.)
284 T, A CONJURATION DE FIESQUE
CALCAGNO
Quoi ? cette nuit même? Les tyrans sont encore trop puissants, et notre parti trop faible.
SACCO
Cette nuit? et il n'y a rien de fait, et déjà le soleil décline.
FIESQUE
Vos hésitations sont très-fondées, mais lisez ces feuilles. (Il leur présente les écrits île Gianettino, H, pendant qu'ils les lisent avec curiosité, il se promène avec un sourire railleur.) Maintenant, adieu, Doria, astre brillant! Tu étais là, fier et présomptueux, comme situ avais affermé l’horizon de Gênes, et pourtant tu voyais que le soleil lui-même abandonne le ciel et partage avec la lune le sceptre du monde. Adieu, Itoria, astre brillant!
Patrocle aussi est mort,
Et il valait mieux que toi *.
bourgognino, après qu’ils ont. ht les papiers.
C’est horrible.
CALCAGNO
Douze du même coup.
Demain, dans la Signoria.
BOURGOGNINO.
Donnez-moi ces papiers. Je galope à toute bride à travers Gênes, je les tiens ainsi à la main, et les pierres sauteront derrière moi et les chiens hurleront : « au meurtre ! »
TOUS
Vengeance! vengeance! vengeance! Cette nuit même!
FIESQUE
Vous voilà où je voulais vous voir. Dès que le soir sera venu, j’inviterai à une fête les principaux des mécontents, c'est-à-dire tous ceux qui se trouvent sur la liste de meurtre de Gianettino, et en outre les Sauli, les Gentili, les Vivaldi, les Vésodimari, tous les ennemis mortels de la maison Doria, que le meurtrier a oublié de craindre. Ils accueilleront ma proposition à bras ouverts, je n'en doute pas.