‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 204 sur 372 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

le nègre ramasse lentement la bourse, en le suivant îles yeux d'un air et étonnement indécis.

Est-ce ainsi que nous sommes ensemble? « Je ne veux pas te retenir plus longtemps à Gênes. » Cela signilie, traduit du chrétien en ma langue de païen : « Quand je serai doge, je ferai pendre mon bon ami à un gibet génois.» Bon! Il craint, parce que je connais ses manœuvres, que le dépôt de son honneur ne m’échappe du gosier, quand il sera doge. Doucement, seigneur comte! ce dernier point demande encore réflexion.

Maintenant, vieux Doria, je suis maître de ta peau.... C'est fait de toi , si je ne t’avertis. Si je vais de ce pas révéler le complot, je ne sauve rien moins au doge de Gènes que sa vie et son dogat; et rien de moins que ce chapeau tout rempli d’or ne pourrait être son remerciaient. (Il veut sortir, mais s'arrête tout à coup.) Mais doucement, Hassan mon ami! Tu pourrais bien t’embarquer dans une sottise? Si maintenant toute cette tuerie manquait, et s'il en résultait quelque chose de bon.... Fi! li! quel tour diabolique mon avarice me jouerait là!... Qu’est-ce qui produira le plus grand mal? si je berne ce Fiesque?... ou si je livre ce Doria au couteau?... Décidez-moi cette question, mes diables!... Si Fiesque réussit, Gênes peut se relever.... Non, non ! cela ne peut être.... Si çe Doria se tire d’affaire, tout reste comme avant, et Gênes demeure en paix.... Ce serait encore pis.... Mais le spectacle de toutes les tètes des rebelles , roulant dans la gargote du bourreau? ( Passant de l'autre côté.) Mais la joyeuse boucherie de cette nuit, quand les Sérénissimes seront étranglés par une malice de nègre ? Non ! qu’un chrétien se tire de ce labyrinthe ; pour un païen l’énigme est trop subtile.... Je veux consulter un savant. (Il sort.)

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