‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 336 sur 372 · SCÈNE IY · texte numérisé non relu

SCÈNE IY

FERDINAND, après un long silence, pendant lequel une pensée terrible se développe graduellement dans ses traits.

Perdu! oui, malheureuse!... Je le suis. Tu l’es aussi! Oui, par le Dieu tout-puissant! si je suis perdu, tu l’es aussi.... Juge du monde! ne me la redemande pas. Cette fille est à moi. Je t’avais abandonné, pour cette fille, tout ton univers; j’ai renoncé à toute ton admirable création. Laisse-moi cette fille !... Juge du monde! il y a là des millions d’âmes qui soupirent après toi.... Tourne de ce côté tes regards de miséricorde.... Laisse-moi faire, sans me voir. Juge du monde. (Il joint les mains avec une expression terrible.) Le riche et tout-puissant Créateur pourrait-il être avare d’une âme qui d’ailleurs e&t devenue la plus misérable de sa création?... Cette fille est à moi! à moi, naguère son dieu, maintenant son démon. ( Fixant les yeux avec horreur dans un coin de la chambre.) Une éternité, attaché avec elle sur la roue de la damnation.... mes yeux enracinés dans ses yeux.... mes cheveux se dressant sur ma tête contre ses cheveux.... et aussi nos sourds gémissements se confondant en un seul son.... et alors lui redire mes tendresses, et alors lui chanter ses serments.... Dieu! Dieu! ce mariage est épouvantable.... mais éternel! ( Comme il s'élance pour sortir, le président entre.)

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