‹ Œuvres de Schiller Théâtre de Schiller. Tome premier. 2Chapitre 45 sur 372 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

moor , <f un ton très-sérieux.

Roller, tu as coûté cher.

SCHITTERI.É.

Bah! bah! qu’est-ce que cela?... Oui, si c’étaient des hommes.... mais des enfants au maillot qui dorent leurs langes, de vieilles mamans racornies qui les défendaient des mouches, de vieux squelettes accroupis près du poêle, hors d’état de trouver la porte.... des malades soupirant après le médecin, qui, de son allure doctorale, s'était rendu à la curée.... Tout ce qui avait des jambes s’était envolé à la comédie; il n’y avait que la lie inerte de la ville qui fût restée à garder les maisons.

MOOR

Oh! les pauvres vers de terre! Des malades, dis-tu, des vieillards et des enfants?

SCHUFTERLÉ.

Oui , par le diable! et avec ça des femmes en couche, et d’autres, près du terme, qui avaient peur d’avorter sous le gibet; de jeunes femmes qui craignaient pour leurs yeux l'impression de la besogne du bourreau, et ne voulaient pas marquer d’une potence sur le dos le fruit de leurs entrailles.... de pauvres poètes qui n’avaient pas de souliers à mettre, parce qu’ils avaient donné leur unique paire à ressemeler, et toute racaille du même genre; ça ne vaut pas la peine qu’on en parle. En passant, par hasard , près d’une baraque , j’entends des cris lamentables qui en sortent : je regarde dedans, et à la lueur de la flamme, que vois-je? un enfant, encore sain et frais, couché sur le sol, sous la table, et la table allait tout juste prendre feu.... « Pauvre petite créature, ai-je dit, mais tu gèles ici.... » Et je l’ai jeté dans les flammes.

MOOR

Vraiment, Schufterlé?... Eh bien! que cette flamme brûle dans ton sein jusqu'à ce que l’éternité touche à son déclin!... Loin de moi, monstre! Qu’on ne te voie plus dans ma troupe! Vous murmurez?... Vous réfléchissez?... Qui ose réfléchir, quand je commande?... Qu’il disparaisse, vous dis-je.... Il y en a d’autres encore parmi vous qui sont mûrs pour ma colère. Je te connais, Spiegelberg. Mais je veux prochainement entrer dans vos rangs ety passer une terrible revue. (Ils s'éloignent en tremblant.)

IÆS BRIGANDS.

MOOR seul. Il va et vient à grands pas.

Ne les entends pas, céleste vengeur!... Que puis-je à cela?... Y peux-tu rien toi-même, quand tes fléaux, la peste, la famine, l’inondation, dévorent le juste avec le méchant? Qui peut commander à la flamme de ne pas dévaster la moisson bénie, quand elle doit détruire les nids des frelons?... Oh! fi de ces meurtres d’enfants! de ces meurtres de femmes!... de ces meurtres de malades!... Que cette action m’humilie! Elle a empoisonné mes plus belles œuvres.... Le voilà, rouge de honte et bafoué à la face du ciel, l'enfant présomptueux qui s’est risqué à jouer avec la massue de Jupiter, et qui a terrassé des Pygmées, quand il devait écraser des Titans.... Va, va, tu n’es pas fait pour diriger le glaive vengeur de la justice céleste ; ton impuissance a paru dès le premier essai.... Je renonce ici à mon plan effronté, je vais me cacher dans quelque crevasse de la terre, où le jour recule devant ma honte. (Il veut fuir.)

UN BRIGAND se précipite sur la scène.

Prends garde à toi, capitaine! L’endroit n’est pas sûr. Des compagnies entières de cavaliers bohèmes battent la forêt en tout sens.... Il faut qu’un espion du diable leur ait fait des bavardages....

d'autres brigands.

Capitaine, capitaine! Ils ont découvert nos traces.... Ils sont plusieurs milliers qui cernent d’un cordon le milieu de la forêt. d’autres brigands.

Malheur! malheur! malheur! nous sommes pris, roués, écartelés! Des milliers de hussards, de dragons, de chasseurs, tournent au galop la hauteur et ferment les issues.

(Moor s’éloigne.)

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