ACTE III, SCÈNE I
doute Franz ne se courbe pas devant toi comme un Céladon qui roucoule.... Sans doute il n’a pas appris, comme le languissant berger d’Arcadie, à soupirer ses plaintes d'amour à l’écho des grottes et des rochers.... Franz parle, et, si l’on ne répond pas, il.... commandera.
AMAL1E.
Toi, ver de terre, commander! me commander, à moi?... et si l’on repousse ton ordre avec un rire moqueur?
FRANZ
C’est ce que tu ne feras pas. Je sais encore des moyens trèspropres à plier tout doucement l'orgueil d’une tète opiniâtre et présomptueuse.... Un cloître et des murs!
AMALIE.
Bravo! à merveille! Et par le cloître et les murs préservée à jamais de ton regard de basilic, et force loisirs pour penser à Charles, être unie à lui. Sois le bienvenu avec ton cloître! Vite, vite, des murs!
FBANZ.
Ha! ha! c’est ainsi?... Prends garde, tu viens de m’enseigner l'art de te tourmenter.... Cet éternel caprice de Charles, je veux que mon aspect, comme le fouet d’une furie aux cheveux de flammes, le chasse de ta tête; je veux que, derrière l’image de ton favori, cet épouvantail de Franz soit toujours là, épiant en embuscade, pareil au chien magique, couché sur des trésors souterrains.... je veux te traîner par les cheveux à la chapelle; L’épée à la main, t’arracher de l’âme le serment conjugal; escalader d'assaut ta couche virginale, et triompher de ton orgueilleuse pudeur par un orgueil plus grand encore.
amalie lui donne un soufflet.
Prends d'abord ceci pour dot.
fbanz, furieux.
Ah! comme ceci sera châtié, dix fois et dix fois encore! Tu ne seras pas mon épouse.... Je ne veux pas que tu aies cet honneur.... tu seras ma maîtresse, pour que les honnêtes femmes des paysans te montrent au doigt quand tu te risqueras à passer dans la rue.... Va, grince des dents.... vomis de tes yeux le feu et le meurtre.... La colère d’une femme me ravit.... elle ne fait oue te rendre plus belle, plus désirable. Viens.... cette résistance
LES BRIGANDS
parera mou triomphe, et assaisonnera ma volupté dans des embrassements conquis.... Viens dans ma chambre.... Je brûle de désir.... C’est à l’instant même qu’il faut me suivre. (Il veut l'entraîner.)
amalie se jette à son cou.
Pardonne-moi, Franz! (Comme il veut F embrasser, elle lui arrache son épée et recule vivement.) Vois-tu, scélérat, ce que je puis faire de toi maintenant!... Je suis une femme, mais une femme furieuse.... Ose me toucher maintenant.... Ce fer traversera d’un seul coup ta poitrine impudique, et l’esprit de mon oncle guidera ma main à te punir. Fuis à l’instant! (Elle le chasse.)
AMALIE.
Ah! comme je me trouve bien!... Je puis maintenant respirer en liberté.... Je me sentais forte comme le coursier qui fait jaillir des étincelles, furieuse comme la tigresse poursuivant le ravisseur de ses petits qui hurle victoire.... « Dans un cloître, » dit-il.... Merci pour cette heureuse découverte.... A cette heure, l’amour déçu a trouvé son lieu de refuge.... Le cloître.... la croix du Rédempteur est le lieu de refuge de l’amour déçu. (Elle veut sortir.)
HERMANN entre timidement.
HERMANN
Mademoiselle Amalie! Mademoiselle Amalie!
AMALIE.
Malheureux! Pourquoi viens-tu me troubler?
• HERMANN
Il faut que ce quintal soit ôté de dessus mon âme, avant que sous ce poids elle descende dans l’enfer. (Il se jette à ses pieds.) Pardon! pardon! Je vous ai cruellement blessée, mademoiselle Amalie.
AMALIE.
Lève-toi! va-t'en! Je ne veux rien savoir. (Elle veut sortir .) hermann la retient.
Non! demeurez! Au nom de Dieu! du Dieu éternel! Vous saurez tout.