SCÈNE Iï
Contrée voisine du Danube.
LES BRIGANDS, campés sur une hauteur, sous des arbres; les chevaux paissent sur la pente de la colline.
MOOR
Il faut que je reste couché ici. {Il se jette sur la terre.) Mes membres sont comme rompus; ma langue, sèche comme une brique. ( Schweizer s'éloigne sans être aperçu.) Je voulais vous prier d’aller me chercher, dans le fleuve, de l’eau plein la main; mais vous êtes tous exténués jusqu’à la mort.
SCHWARZ
Et avec ça plus une goutte de vin dans nos outres.
MOOR
Voyez donc comme ce blé est beau!... Les arbres rompent presque sous leurs fruits.... La vigne est de la plus belle apparence.
GRIMM
Ce sera une année féconde.
MOOR
Crois-tu? Et il y aurait donc alors dans ce monde une sueur qui serait payée. Une...? Mais il peut tomber une grêle cette nuit, qui ruinera tout.
SCHWARZ
C’est très-possible. Tout peut périr peu d’heures avant la récolte.
MOOR
C’est ce que je dis. Tout périrait. Pourquoi l’homme verrait-il réussir ce qu’il a de la fourmi , et échouer ce qui le rend semblable aux dieux?... Ou bien est-ce ici qu’est le terme de sa destinée ?
SCHWARZ
Je ne la connais pas.
MOOR
Tu dis bien, et tu as encore mieux fait, si tu n’as jamais aspiré à la connaître.... Frère!... j’ai vu les hommes, leurs soins d’abeilles et leurs projets de géants.... leurs plans de dieux et