ACTE V, SCÈNE I
coucheriez dans l’enfer , il est encore là! et si vous dites à la nuit : « Enveloppe-moi! » et aux ténèbres : ■ Cachez-moi, » il faut que les ténèbres brillent autour de vous , et qu’il fasse jour à minuit autour du damné.... Mais votre esprit immortel se révolte contre cette parole et triomphe de cette aveugle pensée.
FRANZ
Mais je ne veux pas être immortel.... Le soit qui voudra , je ne m’y oppose pas. Je veux le forcer de m'anéantir , je veux le pousser à la fureur, pour que, dans sa fureur, il m’anéantisse. Dis-moi , quel est le plus grand péché et celui qui excite le plus son courroux?
MOSER
Je n’en connais que deux. Mais les hommes ne les connaissent pas , aussi ne sont-ce pas les hommes qui les punissent.
FRANZ
Ces deux?...
moser , (T un ton très-significatif.
L’un se nomme parricide , l’autre fratricide.... Qu’est-ce qui vous fait pâlir ainsi tout à coup?
FRANZ
Quoi, vieillard ? as-tu fait un pacte avec le ciel ou avec l'enfer? Qui t'a dit cela?
MOSER
Malheur à celui qui les a tous deux sur le cœur ! Il vaudrait mieux pour lui de n’étre jamais né! Mais tranquillisez-vous! Vous n’avez plus ni père ni frère !
FRANZ
Ah!... comment? tu n’en connais aucun au-dessus? Réfléchis encore.... La mort , le ciel , l’éternité , la damnation flottent sur cette parole de ta bouche.... Aucun au-dessus?
MOSER
Pas un seul au-dessus.
franz tombe sur un siège.
Anéantissement ! anéantissement!
MOSER
Réjouissez-vous, réjouissez-vous donc! Estimez-vous donc heureux!... Avec tous vos méfaits, vous êtes encore un saint en'
LES BRIGANDS
comparaison du parricide. La malédiction qui vous frappera est , auprès de celle qui l’attend , un chant d’amour.... L’expiation....
franz , se levant d'un bond.
Va-t'en, chouette, dans mille caveaux funèbres ! Oui t'a dit de venir ici ? Va , te dis-je , ou je te traverse de part en part.
MOSER
Le bavardage de la prêtraille peut-il mettre ainsi un philosophe hors des gonds? Dissipez-le donc d’un souffle de votre bouche! (Il sort.)
franz se démène sur son siège, dans un étal d'affreuse agitation.
( Profond silence.)
UN DOMESTIQUE accmirt.
LE DOMESTIQUE
Amalie s’est échappée , le comte a disparu tout à coup.
DANIEL entre , en proie à une vive anxiété.
DANIEL
Gracieux seigneur , une troupe de cavaliers furieux descend au galop par le sentier; ils crient : « Meurtre et carnage! » Tout le village est en alarme.
FRANZ
Va , fais sonner toutes les cloches , que tout le monde aille à l’église.... et se jette à genoux.... et prie pour moi.... Qu'on lâche et délivre tous les prisonniers; je veux rendre aux pauvres le double et le triple , je veux.... mais va donc.... appelle donc le confesseur, pour qu’il m’absolve de mes péchés.... Tu n’es pas encore parti l (Le tumulte devient plus bruyant. )
DANIEL
Que Dieu me pardonne mes péchés mortels! Comment accorder tout cela? N’avez-vous pas toujours rejeté bien loin, pardessus les toits , la sainte prière? tant de fois vous m’avez lancé à la tête ma Bible et mon sermonnaire, quand vous me surpreniez en prière....